Objectifs de développement durable : l’amorce d’une révolution

Directrice adjointe du Centre de développement de l'OCDE

Alors que les négociations sur les Objectifs de développement durable (ODD) sont sur le point de se conclure, les pays précisent les moyens nécessaires à leur mise en œuvre. On compte actuellement 17 objectifs, et lors du Sommet des Nations Unies de septembre où seront lancés les ODD, la nature « transformative » des objectifs, largement soulignée, pourrait gagner en importance, de même que l’appel à « revitaliser le partenariat mondial pour le développement durable » figurant dans l’Objectif 17.

Cet appel à des « partenariats multipartites permettant de mobiliser et de partager des savoirs » pourrait constituer l’outil le plus efficace pour atteindre les ODD. Les pays ont besoin de connaissances pour éclairer leurs choix. Avec les ODD, la création commune de nouvelles connaissances par les pays, institutions publiques et acteurs non étatiques est un impératif, et de fait, pour la plupart des pays, la concrétisation des objectifs en dépendra.

L’universalité des ODD souligne la réalité à laquelle la majorité des pays sont confrontés ; tel n’était pas le cas lors du lancement, en 2000, des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), qui arrivent maintenant à échéance.

Si, avec les OMD, il s’agissait surtout, comme le formule l’un de leurs architectes Mark Malloch Brown, de cerner le « portefeuille » de problématiques (santé, éducation, eau) auxquelles consacrer des fonds, le but des ODD est plutôt de remplir ce portefeuille. Le débat sur les ODD a replacé l’économie au premier plan.

Cependant, les débats sur la croissance ont fait apparaître un accord large sur l’importance de la qualité de celle-ci. La croissance doit bénéficier aux individus et assurer l’avenir. Force est d’admettre qu’il reste beaucoup à faire dans ce domaine.

L’équité est cruciale. Avec l’évolution du poids respectif des économies – le « basculement de la richesse » –, l’accélération de la croissance dans les pays en développement dans les années 2000 a favorisé une meilleure qualité de vie, l’essor de la classe moyenne et un optimisme plus grand chez les habitants des pays à revenu faible et intermédiaire que chez ceux des pays développés. Si les inégalités entre pays restent préoccupantes, les gouvernants s’intéressent de plus en plus à qui bénéficiera de la croissance au niveau domestique.

Les pays en développement ne sont pas les seuls concernés : beaucoup de pays développés enregistrent aussi un creusement des inégalités – des revenus comme des chances –, notamment chez les jeunes. Au début des OMD, la discussion portait surtout sur l’équité. Aujourd’hui, elle porte également sur ce qui est bon pour l’économie. Des données irréfutables montrent que les pays qui promeuvent l’égalité des chances sont aussi ceux qui prospèrent. Pour atteindre une croissance forte, soutenue et durable, il est indispensable d’éliminer des inégalités de plus en plus marquées.

Ce débat s’étend également à l’éducation. Grâce aux progrès accomplis avec les OMD sur la scolarisation des enfants, en particulier des filles, l’alphabétisation s’est considérablement développée. La qualité des résultats de l’éducation et leur pertinence pour l’économie sont désormais au cœur du débat : les enfants  acquièrent-ils aujourd’hui les compétences nécessaires à la main-d’œuvre de demain ?

Les entreprises sont aussi concernées que les gouvernements sur nombre de ces sujets, pour leur pays comme pour les marchés étrangers où elles voudraient s’implanter. En Amérique latine, les entreprises ont 13 fois plus de chances qu’en Asie-Pacifique d’estimer que le manque de compétences de la population active constitue un frein majeur à leur activité. Il est essentiel de résoudre ces décalages pour réduire les disparités de niveaux de vie et renforcer la capacité des pays à participer à une économie mondiale toujours plus dense.

L’amélioration des données sur les nouvelles tendances des échanges et de la production pourrait aider les États et le secteur privé à identifier les mesures concrètes permettant de promouvoir le développement par une meilleure intégration dans les chaînes de valeur mondiales.

Beaucoup estiment qu’une véritable autonomisation des femmes peut constituer le moteur le plus puissant de la réalisation des ODD. Les résultats mitigés des OMD incitent à porter le débat au-delà de la simple mesure des résultats pour rechercher dans les institutions et les pratiques sociales les causes profondes de la persistance des discriminations à l’encontre des femmes dans les sphères publique, économique et privée. Rares sont les pays qui peuvent affirmer avoir résolu ce problème.

Tout ceci souligne la puissance du programme d’action global et universel incarné par les ODD. Les pays doivent travailler ensemble pour créer les outils qui leur permettront d’adopter une approche multidimensionnelle face à leurs défis et opportunités. Il faut pour cela cibler des objectifs multiples (par exemple durabilité, équité, croissance et bien-être global), adopter une perspective transversale plutôt que sectorielle pour analyser les défis concurrents et leurs déterminants, et examiner les compatibilités et complémentarités entre les diverses options politiques.

Il sera utile d’analyser et d’exploiter l’expérience existante au niveau mondial. Mais les pays doivent également créer ensemble une base commune de connaissances, et façonner une nouvelle sagesse collective et une vision commune pour l’avenir. La conscience et le dialogue en seront améliorés, et la communauté internationale portera une attention accrue aux problématiques critiques.

C’est peut-être là la clé du partenariat revitalisé pour le développement durable de l’Objectif 17.

Voir https://sustainabledevelopment.un.org/sdgsproposal/french

Voir www.oecd.org/fr/dev

©L'Observateur de l'OCDE No 304, Septembre 2015




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