Un sommet sur le développement durable animé par un esprit d’optimisme

Directrice adjointe, Direction de la coopération pour le développement de l’OCDE

Malala Yousafzai au Sommet de l’ONU ©Jemal Countess/Getty Images North America/AFP

Le Programme de développement pour l’après-2015, adopté lors du Sommet de l’ONU sur le développement durable organisé à New York du 25 au 27 septembre, influera fortement sur les travaux de l’OCDE concernant le développement durant la prochaine décennie et au-delà. 

Les sommets des Nations Unies peuvent être tendus, mais le dernier s’est remarquablement bien passé. Les 17 Objectifs de développement durable (ODD) ayant été longuement et minutieusement préparés avant d’être finalement approuvés en août dernier, il n’a pas été nécessaire de continuer à négocier âprement jusqu’à des heures tardives lors du sommet. De plus, de nombreux dirigeants mondiaux, dont le Pape, étaient présents, signe d’une volonté politique claire d’adopter un vaste programme d’action pour éliminer l’extrême pauvreté et l’exclusion dans tous les pays, riches ou pauvres, tout en préservant la planète.

Trois avancées sont à noter. Premièrement, l’égalité des sexes : pour une fois, l’inégalité des droits et des chances pour les femmes et les filles a soulevé l’indignation générale. Comme l’a rappelé Hillary Clinton en 1995 lors de la conférence des Nations Unies sur les femmes, les droits des femmes sont des droits humains. Cette année, la jeune lauréate pakistanaise du Nobel de la Paix, Malala Yousafzai, avait donné le ton pour placer les femmes au centre des efforts de développement durable lors du sommet. Les spécialistes et militants des droits des femmes n’ont pas non plus déçu. Ayant assisté à la conférence de Pékin il y a 20 ans, j’espère bien voir le monde enfin tenir ses promesses dans ce domaine.

Deuxièmement, j’ai réellement eu le sentiment que les ODD étaient l’affaire de tous. D’ailleurs, je n’avais jamais vu autant d’organismes représentés dans une réunion des Nations Unies. Le rôle du secteur privé dans la concrétisation des ODD était aussi parfaitement admis, et il était encourageant de voir combien les entreprises privées, les entreprises sociales et les fondations philanthropiques privées prenaient ce rôle au sérieux et étaient désireuses d’assumer leurs responsabilités.

Troisièmement, le sommet a affirmé avec force l’importance des données, c’est-à-dire la nécessité de disposer de données exactes, à jour, accessibles et ouvertes pour suivre les progrès et guider les décisions, et de mobiliser d’urgence tous les fournisseurs et utilisateurs de données, qu’ils soient passionnés, statisticiens officiels ou travailleurs des soins de santé primaire équipés d’un téléphone portable. La maîtrise des données mettra les ODD à portée de main, sans paperasserie inutile. La tâche sera complexe mais, comme sur la question de l’égalité des sexes, l’enthousiasme et l’optimisme étaient forts.

Cependant, si ce sommet s’est bien déroulé, certains constats m’ont gênée. D’abord, les pauvres et les catégories marginalisées ne s’y sont pas exprimés. Alors qu’il visait à définir un programme d’action universel et qu’il a réuni d’innombrables partenaires, ses débats sont restés dominés par les gouvernements, les entreprises et les organisations de la société civile de pays relativement riches, tous soucieux de « réaliser » le développement durable au nom des plus démunis. Sans doute est-ce inévitable lors d’une réunion à si haut niveau, mais la réussite des ODD exige que l’application concrète du programme de l’après-2015 se fasse du bas vers le haut et associe les plus pauvres. « Ne laisser personne de côté » doit signifier plus que la devise de cette conférence.

Ensuite, les trois piliers du programme de développement durable – que le Pape pourrait qualifier de « trinité » : économique, social et environnemental – n’ont pas été appréhendés comme un ensemble indivisible. L’attention s’est trop portée sur des sujets ou secteurs spécifiques, sans grand débat sur la façon dont nous devons désormais évaluer les ressources ou assurer la croissance de notre économie tout en protégeant la planète. Cette question est pourtant urgente, car nous devons résister à la tentation de restaurer l’économie mondiale dans son modèle ancien si nous voulons résoudre le problème de l’utilisation des combustibles fossiles ou traiter les réfugiés comme des êtres humains et non comme des chiffres.

Hormis ces réserves, ce sommet de l’ONU a constitué un grand pas en avant. La prochaine étape sera encore plus difficile : nous devons maintenant mettre en œuvre le programme pour l’après-2015. En l’absence d’accord rapide sur des questions comme les indicateurs requis pour en suivre et mesurer les progrès, la concrétisation des ODD deviendra vite problématique. À cet égard, l’OCDE a beaucoup à apporter (voir l’article sur les données).

Nous ne devons pas répéter les erreurs du passé. Il est encourageant de voir tant de nouveaux partenaires se mobiliser pour les ODD, mais il faut que cette dynamique se retrouve au niveau du pays et du village, dans un paysage où les citoyens les plus pauvres puissent aussi trouver leur place. L’histoire est riche d’exemples d’incohérences et de coûts des transactions élevés atténuant les efforts en vue du développement, mais nous pouvons éviter de telles erreurs en suivant les principes adoptés en 2011 à Busan, en Corée, qui ont mené au Partenariat mondial pour une coopération efficace au service du développement. Gardons ces leçons à l’esprit alors que nous tentons de faire en sorte que nos efforts aient le plus d’impact possible.

Voir la vue d’ensemble présentée dans « Beyond the Millennium Development Goals: Towards an OECD contribution to the post-2015 agenda », ainsi que la liste des 11 éléments, dont l’égalité hommes-femmes, les données et la cohérence des politiques, que l’OCDE juge essentiels pour la réussite du programme de développement de l’après-2015 : www.oecd.org/dac/post-2015.htm

©L'Observateur de l'OCDE No 304, Novembre 2015




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