L’avenir du Mali : pourquoi tout le monde devrait s’y intéresser

Président du Comité d’aide au développement de l’OCDE

©REUTERS/Joe Penney

Nombreux sont les pays qui sortent d’un conflit. Pourquoi s’intéresser au Mali ? 

Il y a à peine six mois que le Mali, avec le concours de l’Algérie et d’autres partenaires internationaux, a signé un accord de paix. Seul, ce type d’accord ne garantit jamais une stabilité sur le long terme.

Le Mali a longtemps été présenté comme un exemple pour d’autres pays africains, pour sa démocratie, son développement et son avenir apparemment prometteur. Moi-même, en tant que ministre du Développement de la Norvège, j’ai souvent considéré le Mali comme un modèle de réussite. Lors de ma première visite à Tombouctou, j’ai été surpris par la beauté de sa culture, par la détermination de sa population et par l’histoire que nous raconte cette ville. Un homme, Mansa Musa – ce « Roi des rois » dont certains considèrent qu’il fut l’individu le plus riche de tous les temps – y a vécu au XIVème siècle. Le Mali, autrefois véritable centre du commerce pour tout le désert du Sahara, possède une histoire culturelle unique, vivante et bien visible aujourd’hui.

Mais en 2012, le pays se fige. Des terroristes prennent le contrôle de larges pans du territoire et ne sont stoppés par les troupes françaises et africaines qu’aux portes de la capitale Bamako. Ce pays considéré comme le pilier du développement et de la démocratie en Afrique implose en l’espace de quelques semaines. Il y a eu beaucoup d’avancées depuis. La sécurité est désormais assurée par des forces de maintien de la paix des Nations Unies. Le président Ibrahim Keïta est arrivé au pouvoir à l’issue d’élections libres, et un gouvernement est désormais en place. Mais la plupart des Maliens sont dans une pauvreté effroyable et les besoins du pays en matière de développement sont immenses. Le lien est indiscutable : il n’y a pas de développement sans sécurité, ni de sécurité sans développement.

Plus de 15 millions de personnes vivent au Mali. Dans ce pays grand comme deux fois la France, la majeure partie de la population est concentrée dans le sud du territoire. Beaucoup de ceux qui vivent dans le nord du pays pensent que le gouvernement consacre tout son budget aux régions du Sud et oublie le Nord. J’ai rencontré les représentants des plus grands groupes de rebelles à Bamako ; ils m’ont expliqué que ce décalage est leur principale préoccupation ; ils se sentent marginalisés et ne constatent aucun progrès.

Une telle défiance vis-à-vis de l’État fait le lit de la violence ; et certains, poussés par leur mécontentement, se tournent vers les groupes rebelles. Certains de ces groupes sont autochtones, d’autres relèvent de la mouvance islamiste internationale, d’autres encore se composent de trafiquants en tous genres. La longueur extrême des frontières de la région du Sahel les rend impossibles à surveiller. Dans cette configuration, il existe de multiples possibilités pour qu’une situation d’insécurité au Mali se propage aux pays voisins. Des personnes ont été prises en otage et toutes n’ont pas survécu. La criminalité transnationale organisée s’est développée dans les sociétés où la sécurité n’est pas assurée.

La situation de fragilité perdurera si la sécurité au Mali n’est pas renforcée et si le peuple malien n’a pas accès à l’emploi, à l’éducation, à l’espoir et au progrès.

C’est pourquoi, lorsque les autorités maliennes ont demandé à l’OCDE si, avec d’autres partenaires, nous pouvions les aider à élaborer une stratégie de reconstruction et de paix, nous n’avons pas hésité un seul instant.

Le Mali recèle un formidable potentiel de développement dans de nombreux domaines. Le pays a la capacité d’être l’un des premiers fournisseurs de riz sur le marché de l’Afrique de l’Ouest. Ce pays magnifique peut réaliser des améliorations considérables dans les domaines de l’élevage, des industries extractives et, à long terme, du tourisme, qui est une activité déjà ancienne. Les infrastructures routières et l’éducation doivent être modernisées. Mais pour concrétiser pleinement ce potentiel, la stabilisation du nord du pays est essentielle.

Le 22 octobre, l’OCDE accueille une conférence à haut niveau co-organisée avec le gouvernement du Mali, avec le soutien de ses amis et partenaires internationaux, pour aider le pays à faire face aux défis politiques et de développement qui se posent à lui. Pour qu’un pays se développe, l’impulsion doit venir de ses dirigeants. Seuls le président et le gouvernement du Mali peuvent nous dire, à nous les partenaires internationaux – publics ou privés – quelle est leur vision stratégique ; où ils veulent emmener leur pays d’ici vingt ans ; et ce qu’ils veulent offrir aux enfants du Mali.

L’impulsion des dirigeants, l’expérience l’a montré, est le premier ingrédient de la réussite sur le front du développement.

Viennent ensuite les politiques. Le gouvernement doit faire les bons choix ; prendre les bonnes décisions, celles qui peuvent donner un coup d’accélérateur au développement du pays. Même un pays dont les besoins sont immenses doit se concentrer sur un petit nombre de priorités. C’est là que nous, la communauté internationale, pouvons au mieux apporter notre aide.

Les ressources, pour le Mali, constituent le troisième ingrédient indispensable. Un pays ne peut pas se développer en s’appuyant uniquement sur l’aide. L’aide au développement doit servir de catalyseur, et peut contribuer à rassurer des partenaires privés prêts à investir au Mali. Mais la fiscalité et les investissements privés sont déterminants pour le Mali. Ensemble, nous devons étudier quelles sont les possibilités de générer davantage de recettes fiscales et de développer le secteur privé. La nombreuse diaspora malienne peut être un atout pour l’investissement privé, notamment par les envois de fonds.

Alors, pourquoi s’intéresser au Mali ?

La réponse est simple: parce que les enfants du Mali méritent un bel avenir. Tous les enfants maliens que j’ai rencontrés ont l’optimisme chevillé au corps, comme ce garçon qui nettoyait notre voiture et disait vouloir devenir médecin. Faisons en sorte que leurs aspirations se concrétisent et ne restent pas de vains espoirs.

Mais j’ajouterai : le monde entier a besoin d’un Mali stable et prospère, ne fût-ce que pour empêcher la propagation d’attentats terroristes et de la criminalité transnationale. Ce qui se passe au Mali nous concerne tous.

©L'Observateur de l'OCDE octobre 2015

Pietikainen, Anna (2013), « Sahel : en quête de sécurité », L'Observateur de l'OCDE n°296, T3.

Walther, Olivier (2015), “Eating soup with a knife: Confronting warfare in the Sahara”, OECD Observer No 303, septembre.

Warner, Brian (2014), “The 25 Richest People Who Ever Lived–Inflation Adjusted”, CelebrityNetWorth.com, avril.

 




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