Surveiller la déflation

Il ne faut pas permettre aux bas prix du pétrole de ralentir les efforts de réforme

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En octobre  2014, nous écrivions que les risques déflationnistes avaient augmenté dans la zone euro, et mettions en garde contre les dangers de la déflation pour l’économie.  Où en sommes-nous aujourd’hui ? La déflation a-t-elle été évitée, ou commence-t-elle à sévir ? 

Certes, l’inflation globale est négative depuis décembre 2014 dans la zone euro, dont tous les membres sauf l’Autriche et l’Italie affichaient en février 2015 des variations négatives des prix en glissement annuel, alors qu’en octobre 2014 l’inflation n’était négative qu’en Grèce et en Espagne. Cette chute des prix résulte pour beaucoup des baisses des cours pétroliers, les plus fortes de ces dernières décennies. Malgré un rebond partiel en février-mars, ces cours sont encore inférieurs de 30 % environ au niveau atteint lors de la parution des Perspectives de l’OCDE de novembre.

En conséquence, le risque de voir l’inflation rester longtemps très en-deçà de l’objectif de la Banque centrale européenne (BCE) s’accroît, et avec lui les dangers d’une inflation excessivement faible.

Cependant, le risque d’une déflation prolongée est loin d’être avéré. Après tout, les bas prix du pétrole dopent la croissance dans la zone euro en augmentant le revenu réel des ménages. De fait, le moral des consommateurs et les ventes au détail s’améliorent depuis quelques mois. Ces facteurs, conjugués à l’assouplissement quantitatif (AQ) plus agressif de la BCE, ont amené l’OCDE à revoir à la hausse ses prévisions de croissance  pour la zone euro, de 1,1 % à 1,4 % en 2015 et de 1,4 % à 1,7 % en 2016. Ce regain d’activité, s’ajoutant à l’AQ, devrait atténuer les pressions déflationnistes, et la croissance réduira la marge de ressources inemployées. De plus, cette marge diminuera encore avec la forte dépréciation de l’euro, qui renforcera la compétitivité des exportations et renchérira les importations. L’indice des prix à la consommation pourrait en conséquence repartir à la hausse avant la fin de l’année.

L’audace de la BCE a été vivement saluée parce que l’inflation était inférieure à l’objectif et que la faiblesse de la production persistait, mais aujourd’hui, les taux d’intérêt anormalement bas et l’AQ pourraient induire des prises de risques excessives avec les nouvelles liquidités, propulsant les prix des actifs vers de nouveaux sommets. La conjoncture est certes exceptionnelle : en témoigne la multiplication notable des possibilités qu’ont les gouvernements nationaux de vendre des obligations à moyen terme à des taux d’intérêt nominaux négatifs – signe qu’en fait les investisseurs payent pour investir dans ces titres. D’autant que ces conditions et primes de risque anormales ne se cantonnent pas à la zone euro.

Une politique monétaire très accommodante reste nécessaire pour combattre les pressions déflationnistes, mais vu l’augmentation des risques financiers que cette orientation entraîne et l’échec de l’assouplissement monétaire à réellement dynamiser l’investissement des entreprises à lui seul (pour l’heure, en tout cas), il faudrait des ensembles équilibrés de mesures budgétaires, structurelles et monétaires qui se renforcent mutuellement. En somme, si la baisse des prix pétroliers et de l’euro offre à la zone euro une échappatoire à la stagnation, elle ne doit pas pour autant ralentir les réformes visant à stimuler les performances et à s’attaquer aux causes de la crise.

« Risque de déflation en Europe », L’Observateur de l’OCDE n° 300, T3 2014, octobre, voir www.observateurocde.org

Cet article a été préparé par le Département des affaires économiques de l’OCDE pour L’Observateur de l’OCDE, mars 2015. Pour plus d’informations, veuillez contacter Stephanie.Guichard@OECD.org.

©L'Observateur de l'OCDE n°302 avril 2015




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