Agenda 2030 pour le développement durable : des progrès pour les femmes et les filles

Direction de la coopération pour le développement

©Photosensitive/Reuters

Les Objectifs de développement durable des Nations Unies pourraient réellement changer la donne pour les femmes, car ils intègrent des avancées dans des domaines sensibles comme les droits reproductifs. Il faut s’attendre à des obstacles et à des résistances dans les années à venir.

« Cela paraît toujours impossible jusqu’à ce que ce soit fait ». Peu de mots auraient pu mieux traduire le sentiment qui régnait dans la salle, aux Nations Unies, lorsque le Groupe des 77 (G77) et la Chine ont cité Mandela, avant d’annoncer : « Nous sommes prêts à adopter ! ». Le 2 août, après trois ans d’intenses débats et négociations, les gouvernements des 193 États membres de l’ONU ont approuvé ce qui pourrait bien être un programme d’action historique pour l’humanité et la planète.

Car, à certains moments, l’adoption d’un accord ambitieux a semblé irréaliste. Des clivages étaient apparus sur bien des questions, des droits humains au changement climatique, sans parler du partage des responsabilités. Mais les gouvernements ont longuement débattu, et l’Agenda 2030 – centré sur les Objectifs de développement durable (ODD) – sera officiellement adopté par les dirigeants du monde entier lors de l’Assemblée générale des Nations Unies de septembre. Sa mise en œuvre sera l’épreuve de vérité : pourra-t-il réellement « changer la donne », comme ses tenants l’affirment?

Prenons par exemple la promesse de « ne laisser personne de côté », qui en constitue l’essence même. Aucun objectif ne sera considéré comme atteint s’il ne l’est pour tous, ou presque : dans les dernières heures de l’âpre débat sur cette question, l’expression « tous les groupes sociaux et économiques » a été édulcorée en « toutes les composantes de la société », traduisant le refus de certains gouvernements de reconnaître les droits des LGBT. Le coup a été rude pour beaucoup de pays de l’OCDE et d’Amérique latine, et notamment pour les organisations de la société civile qui ont milité inlassablement pour leur inclusion. L’expression « de toute autre situation » figurant dans la liste des motifs de discrimination prohibés a failli connaître la même impasse mais, dans ce cas, l’UE et d’autres ont tenu bon.

Malgré ces dissensions, l’impératif fondamental d’aider d’abord les plus défavorisés est demeuré intact, et il constitue le principal leitmotiv du nouveau programme. Les engagements forts en faveur des droits humains ont été préservés, signe d’un profond infléchissement par rapport aux précédents Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). La concrétisation de ces derniers, qui expirent cette année, était mesurée d’après les moyennes nationales, et non selon le principe de l’équité, masquant les disparités existant à l’intérieur des pays.

L’Agenda 2030 permettra-t-il de faire mieux ? Cela ne sera pas facile, notamment parce que les objectifs les plus accessibles ont été atteints durant la période des OMD, de sorte qu’il faut maintenant sortir les groupes les plus marginalisés de la pauvreté. L’impact des décisions nationales sur des mesures de lutte contre les inégalités, comme la fiscalité progressive, le financement des services essentiels et des dispositifs de protection sociale, la réforme de la législation et les actions correctives, sera décisif.

À cet égard, l’un des éléments les plus visibles et les plus porteurs de transformations est l’engagement d’atteindre l’égalité des sexes et d’assurer l’autonomisation de toutes les femmes et filles. Le nouveau programme s’attaque aux déterminants structurels des inégalités, peu entamés par les OMD, car il vise notamment à éliminer la violence contre les femmes, le mariage des enfants et les mutilations génitales féminines. Il promet aux femmes les mêmes droits aux ressources économiques et un accès égal aux fonctions dirigeantes, ainsi que la possibilité sans équivoque d’être associées aux efforts de consolidation de la paix et de l’État. Outre l’Objectif 5, 11 des 17 ODD comportent des cibles sur l’égalité des sexes.

La plus grande avancée est sans doute la promesse d’assurer un accès universel aux soins de santé sexuelle et procréative ainsi qu’aux droits reproductifs, question qui fut parmi les plus délicates à trancher. Les forces conservatrices sont de plus en plus visibles et s’opposent aux droits des femmes avec toujours plus de virulence à l’ONU. Si un accord sur la santé sexuelle et procréative a pu être trouvé, c’est surtout grâce à la détermination sans faille de la société civile et au refus de certains gouvernements d’accepter la moindre concession sur l’égalité des sexes.

Les ODD constituent un programme d’action indivisible pour l’humanité, la planète, la prospérité et la paix, qui sont inséparables. Ils amènent donc l’OCDE à se demander comment aider ses pays membres à définir des politiques qui reflètent leur caractère global et transversal plutôt que d’être enfermées dans 17 compartiments distincts. Quels « intégrateurs » prévoir, par exemple dans la conception des mécanismes de financement ou de suivi ?

Le caractère universel des ODD et de leurs cibles en constitue un trait fondamental, qui traduit l’abandon progressif du vieux paradigme Nord-Sud. Il reste cependant beaucoup de chemin à faire pour saisir pleinement l’impact de cette universalité sur la mise en œuvre du programme, surtout dans les pays membres de l’OCDE. Le simple fait d’avoir à rendre compte des progrès accomplis dans la concrétisation de ces objectifs au niveau tant national qu’international pourrait aider ces pays à faire évoluer leurs mentalités. Trois actions pourraient aussi faciliter la concrétisation des engagements :

1.            Premièrement, définir des plans d’action nationaux indiquant comment les pays appliqueront les ODD, lesquels pourraient comporter des cibles à plus court terme comme autant d’étapes vers 2030. Ils seront notamment essentiels pour concrétiser les engagements de la troisième Conférence internationale sur le financement du développement, tenue à Addis-Abeba en juillet 2015, dans des engagements financiers précis assortis d’échéances. Cela vaut autant pour les pays développés que pour les pays en développement, qui devront montrer qu’ils prévoient de mettre en œuvre leurs engagements par des politiques et actions énergiques, chez eux et à l’extérieur. Citons, par exemple, le Plan d’action d’Addis-Abeba pour un financement transformateur en faveur de l’égalité des sexes, élaboré par l’OCDE, ONU Femmes et les États membres afin de  vraiment remédier au manque chronique d’investissement en faveur de l’égalité des sexes (les deux rapports sont disponibles, en anglais, sur www.oecd.org/dac/gender-development).

2.            Deuxièmement, renforcer les systèmes nationaux de données et accélérer les efforts à tous les niveaux pour combler les lacunes dans les données et déterminer des niveaux de référence pour toutes les cibles. Respecter l’engagement de ne laisser personne de côté exigera des données bien plus nombreuses et précises pour suivre la situation des femmes et des filles, ainsi que des groupes économiques et sociaux les plus marginalisés, pour chaque cible.

3.            Enfin, il faut un cadre plus clair pour le suivi et l’examen des progrès, qui indique quelles responsabilités incombent aux gouvernements et aux autres parties prenantes. Le flou règne encore sur ce sujet, mais un rapport du Secrétaire général des Nations Unies apportera des éclaircissements en 2016. En attendant, l’OCDE pourrait initier une discussion entre ses pays membres sur les manières de tirer parti des processus et plateformes existants d’apprentissage par les pairs, par exemple sur l’égalité des sexes, l’éducation et la gouvernance. 

L’Agenda 2030 offre une assise solide pour améliorer profondément la vie des individus, en particulier celle des femmes et des filles. L’enjeu est de taille. Des organisations comme l’OCDE doivent faire en sorte que leurs travaux soient « adaptés aux ODD », afin d’optimiser leur contribution et de faciliter la concrétisation des aspirations politiques de l’Agenda 2030. Car celui-ci peut réellement changer la donne.       

Références

Donald, Kate (2015) « Strong commitments to human rights survive in final SDG text, despite sordid final compromises », publié sur le site du Center for Economic and Social Rights (CESR), 5 août, http://cesr.org/article.php?id=1758

Nations Unies (2015), Programme d’action d’Addis-Abeba issu de la troisième Conférence internationale sur le financement du développement (Programme d’action d’Addis-Abeba), juillet, www.un.org/ga/search/view_doc.asp?symbol=A/69/L.82&Lang=F

Nations Unies (2015), « Transformer notre monde », août, version préliminaire non éditée : www.un.org/ga/search/view_doc.asp?symbol=A/69/L.85&Lang=F

OCDE (1015), « From commitment to action: Financing gender equality and women’s rights in the implementation of the Sustainable Development Goals », document d’orientation du Gendernet, mars, http://oe.cd/17b

Watkins, Kevin (2015), « Leaving no one behind–it won’t be easy », publié sur le site Post2015.org, Overseas Development Institute, 21 juillet

Voir également www.oecd.org/fr/cad/ocdeetlapres-2015.htm et https://sustainabledevelopment.un.org/post2015/transformingourworld

©L'Observateur de l'OCDE n° 303 Septembre 2015




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