La technologie au service de l'inclusion financière des femmes

©Reuters/Thomas Mukoya

Consommatrices, créatrices et dirigeantes d’entreprises, agricultrices, salariées : les femmes dépendent des mécanismes du marché et doivent avoir accès aux financements nécessaires à leurs activités.

Les inégalités hommes-femmes en termes d’accès aux services financiers formels sont considérables. Dans les économies en développement, les femmes ont 20 % moins de chances que les hommes d’être titulaires d’un compte en banque et 17 % de moins à avoir obtenu un prêt auprès d’une institution formelle au cours de l’année précédente. Cette disparité, plus marquée à la base de la pyramide socio-économique, crée un cercle vicieux : sans accès aux financements, les femmes ne peuvent saisir les opportunités offertes par le marché, ce qui amplifie les inégalités entre les sexes.

Le cadre juridique et les normes culturelles conditionnent la dynamique du marché et peuvent restreindre le champ d’action et d’interaction des femmes. Une analyse de l’OCDE a montré que dans de nombreux pays, notamment au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, le cadre juridique et les coutumes exigent la signature d’un homme lors de l’ouverture d’un compte en banque par une femme.

De plus, les femmes ont souvent de moins bonnes connaissances et moins confiance en elles que les hommes dans le domaine financier, ce qui peut leur poser de sérieuses difficultés lorsqu’elles doivent prendre certaines décisions concernant leurs revenus ou leur patrimoine.

Pour remédier à ces inégalités en matière d’inclusion financière et améliorer l’accès des femmes aux financements, il est primordial que les responsables politiques et les prestataires de services financiers cherchent à comprendre ce qui importe aux femmes dans le domaine des produits et services financiers. Simplicité, fiabilité, sécurité et confidentialité sont quatre mots clés très souvent mentionnés : leur prise en considération s’avère considérablement bénéfique pour les femmes en termes de participation aux activités économiques, d’autonomisation, de nombre d’ouvertures de comptes bancaires et d’augmentation du patrimoine.

Les femmes ayant souvent recours aux systèmes financiers informels, ceux-ci peuvent être une source de renseignements fort utiles pour les prestataires de services financiers, pour mieux comprendre les besoins et préférences de leur clientèle féminine. À cause des garanties et autres exigences imposées par les institutions financières formelles, les services informels comme le microcrédit sont une source de financement plus accessible pour les femmes, qui sont moins susceptibles de posséder des terres ou un patrimoine. Selon l’édition 2014 de l’indice institutions sociales et égalité homme-femme (SIGI) de l’OCDE, il existe dans les deux tiers des pays étudiés des lois ou des pratiques discriminatoires limitant l’accès des femmes aux terres, aux avoirs et aux services financiers.

En ce sens, la viabilité commerciale des offres destinées aux femmes est un critère déterminant pour répondre à une demande croissante et l’accompagner durablement, d’autant plus que les prestataires de services financiers continuent à percevoir les femmes comme des clients moins rentables et présentant davantage de risques, malgré le fait qu’elles fassent la preuve de leur fiabilité dans de nombreux cas.

Les services financiers numériques ont le potentiel d’apporter de nouvelles solutions enthousiasmantes pour répondre aux attentes des femmes tout en réduisant les coûts et délais des prestations. Au Malawi, par exemple, Women’s World Banking et NBS Bank ont conçu, avec le soutien de l’UNCDF, le compte d’épargne Pafupi pour que les clients aient l’esprit tranquille (« mtima myaa ») : dans les zones rurales, les téléphones portables font office de points de transaction pour effectuer dépôts et retraits, et il est possible, avec l’assistance de l’équipe commerciale mobile, d’ouvrir un compte en dix minutes, où que l’on se trouve. Simples et visuelles, les informations sont accessibles même aux usagers sans instruction.

Au Niger, le programme social de transferts monétaires a montré que les transferts mobiles, comparés aux transferts manuels d’espèces, offrent au client une confidentialité accrue et une meilleure maîtrise des transactions, déplaçant, au sein du foyer, le pouvoir de décision au profit de la femme.

Au Kenya, l’arrivée des transferts monétaires mobiles a accru l’autonomisation économique des femmes dans les zones rurales en leur facilitant la tâche lorsqu’elles demandent à leurs maris, qui ont migré en ville pour y travailler, de leur envoyer de l’argent.

En Inde, les formations et l’assistance procurées aux utilisatrices ont été essentielles, car les femmes avaient besoin de gagner en confiance face à une technologie qui ne leur était pas familière.

Les services financiers numériques peuvent prendre diverses formes : distributeurs de billets, terminaux point de vente, cartes (prépayées ou de paiement), téléphones portables. Toutefois, il faut tenir compte du « fossé numérique » entre les sexes, car les technologies sont souvent moins accessibles et moins familières aux femmes. Par exemple, parmi les abonnés à la téléphonie mobile dans le monde, on compte 300 millions de femmes de moins que d’hommes. Dans les pays en développement, les femmes sont 21 % moins nombreuses que les hommes  à posséder un téléphone portable. Autant de disparités dont les prestataires de services financiers devront tenir compte pour tenir leurs promesses faites aux femmes.

Au Pakistan, les concepteurs du Benazir Income Support Programme (BISP) pensaient que dans les zones reculées, le téléphone portable serait une solution pratique et bon marché pour mettre en contact les femmes et leur banque. Mais l’expérience a montré que de nombreuses femmes n’avaient pas de téléphone ni se savaient s’en servir.

Les gouvernements ont un rôle essentiel à jouer pour mettre en place un environnement réglementaire favorable, un cadre de protection du consommateur approprié et un écosystème numérique. Il ont également la responsabilité de supprimer toute pratique ou loi discriminatoire à l’égard des femmes en matière d’accès aux financements.

Les Objectifs de développement durable post-2015 présentent l’inclusion financière comme un instrument clé pour atteindre de multiples objectifs.

Références

Lehrer, Rachel et West, Harry (2014), « Working with the poorest women in Pakistan », CGAP (Groupe consultatif d’aide aux populations les plus pauvres), cgap.org/blog/working-poorest-women-pakistan

Morawczynski, Olga et Pickens, Mark (2009), « Poor people using mobile financial services: Observations on customer usage and impact from M-PESA », CGAP, www.cgap.org/publications/poor-people-using-mobile-financial-services

Banque internationale pour la reconstruction et le développement et Banque mondiale (2014), « The opportunities of digitizing payments », www.gatesfoundation.org/~/media/GFO/Documents/What%20We%20Do/G20%20Report_Final.pdf

OCDE (2013), Women and Financial Education: Evidence, Policy Responses and Guidance, Éditions OCDE

OCDE (2013), « OECD/INFE policy guidance on addressing women’s and girls’ needs for financial awareness and education », Éditions OCDE

OCDE (2012), Inégalités homes-femmes : il est temps d’agir, Éditions OCDE

Indice « Institutions sociales et égalité homme-femme » de l’OCDE, voir http://genderindex.org/resourcesassets

Pour plus d’informations sur l’éducation et l’inclusion financières, consulter www.oecd.org/daf/fin/financial-education et pour les données sur l’inclusion de la Banque mondiale, voir http://datatopics.worldbank.org/financialinclusion

Voir www.oecd.org/fr/parite

©L'Observateur de l'OCDE n°303, Septembre 2015




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