Politique du développement en Afrique : le potentiel des territoires

Centre de développement

De quoi se nourriront la croissance et le développement économiques de l’Afrique ? Les centres urbains en seront-ils le moteur ? Les zones agricoles stimuleront-elles la productivité ? Réponse : les deux.

La population africaine, en plein essor dans les villes et les campagnes, est encore majoritairement rurale (60 % de la population totale en 2015, contre 20 % en Amérique latine et 52 % en Asie) et devrait le rester jusqu’au milieu des années 2030 (51 % en 2035 selon les projections, contre 16 % en Amérique latine et 42 % en Asie). Par ailleurs, en Afrique, l’urbanisation a été plus rapide que l’industrialisation. En conséquence, le manque d’opportunités dans les villes a conduit certains migrants ruraux à retourner chez eux. Enfin, le rôle de l’Afrique dans le commerce international, notamment sa dépendance aux exportations de produits de base et aux importations de produits alimentaires peu chers, a modifié les relations commerciales entre villes et campagnes. À l’inverse, ce sont les campagnes qui ont approvisionné les villes en ressources naturelles et en biens en Asie et en Europe, ce qui a déterminé la transformation structurelle de ces régions.

Cette complémentarité villes-campagnes n’a pas connu le développement attendu en Afrique. Pour favoriser une dynamique de synergie entre villes et campagnes, il faut des stratégies innovantes et audacieuses propres à accélérer une transformation économique durable. 

Une perspective territoriale est donc essentielle pour mieux appréhender l’apparition de modes de vie hybrides et de comportements socio-économiques complexes liés à l’intensification et à la diversification des schémas de migration et des flux de capitaux villes-campagnes, notamment la diffusion de nouvelles technologies. La croissance démographique continue dans les zones rurales recèle un potentiel réel mais implique de créer des opportunités d’emploi productif dans les territoires, et pas seulement dans les grands centres urbains. Des politiques axées principalement sur le déplacement de main-d’œuvre rurale vers des activités productives en ville risquent d’être insuffisantes.

Le choix des politiques – la stratégie – est déterminant. Les mesures visant à favoriser l’industrialisation et la croissance en misant sur les services, les ressources naturelles, l’énergie verte et l’agriculture doivent être agencées stratégiquement, ajustées localement et adaptées aux pays et territoires.

Cette approche leur permettant de tourner à plein régime, les économies africaines pourront libérer le potentiel de leurs nombreux territoires pour favoriser une croissance endogène et accélérer une transformation structurelle adaptée aux capacités et besoins territoriaux. Plutôt que se concentrer sur des interventions du sommet vers la base s’appuyant sur des subventions pour atténuer temporairement les inégalités territoriales, les dirigeants pourront ainsi adopter une approche plus large destinée à accroître la compétitivité des territoires et l’innovation, à mobiliser les ressources sous-exploitées et à promouvoir de nouvelles activités générant richesses et bien-être.

La gestion conjointe (Mali, Mauritanie, Sénégal, Guinée) du bassin du fleuve Sénégal est un excellent exemple de coopération transfrontalière permettant de produire et distribuer de l’énergie, de faciliter l’irrigation et d’améliorer la navigation, entraînant des retombées territoriales considérables. Autre exemple, le Parc régional W (Bénin, Burkina Faso, Niger, Nigéria) permet à ces pays de maximiser leur patrimoine naturel et culturel pour promouvoir le tourisme et les activités à valeur ajoutée de transformation de biens issus des ressources naturelles. En outre, le travail de produits locaux selon un savoir-faire régional (figues sèches ou tissage à Béni Khedache, en Tunisie) est un atout pour le patrimoine territorial et crée des emplois locaux de qualité.

De telles initiatives lancées à l’échelle régionale offrent des perspectives intéressantes aux zones urbaines et rurales. « Décompartimenter » les politiques permet d’exploiter pleinement le potentiel (ressources, compétences, population) des territoires et de donner un nouvel élan à la croissance et au développement économiques du continent africain.

NOTE : Les Perspectives économiques en Afrique 2015 est une publication conjointe de la Banque africaine de développement, du Centre de développement de l’OCDE et du Programme des Nations Unies pour le développement, en collaboration avec le Centre français de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement.

Pour consulter le rapport complet : www.africaneconomicoutlook.org/fr

©L'Observateur de l'OCDE n°303, Septembre 2015




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