L'eau, source d'un avenir meilleur ?

Secrétaire général de l’OCDE

©OECD

L’eau, comme l’air ou la nourriture, est indispensable à la vie. Si la surface du globe est constituée à 70 % d’eau, seulement 2,5 % de cette eau est de l’eau douce, dont seule une petite partie est disponible à la consommation. Il s’agit d’une ressource fragile, qui nécessite investissements, gestion et entretien. Des océans et des fleuves à la source dans notre jardin, nous devons protéger l’eau, source de bien-être, de prospérité et de progrès.

Pour cela, les défis à relever sont nombreux. Sur plus de sept milliards d’habitants, un milliard consomme quotidiennement de l’eau insalubre et n’a pas accès à des équipements sanitaires de base, ce qui entraîne maladies, handicaps et décès. L'accès à l’eau potable et à l’assainissement est un droit fondamental qu’il nous incombe de faire mieux respecter.

Par ailleurs, la population mondiale sera de neuf milliards d’habitants en 2050, ce qui annonce une intensification de la demande et de la concurrence autour des ressources rares. L’agriculture utilise déjà 70 % de l’eau douce planétaire, seuil qu’elle ne peut dépasser. L’eau est également nécessaire à l’industrie, à la production d’énergie, à la consommation et à l’assainissement.

La pollution de l’eau douce et des océans constitue un troisième défi et une réelle menace pour notre santé et notre environnement : elle nécessite des traitements coûteux et freine le développement.

Les effets du changement climatique, sécheresses, inondations, dérèglement des précipitations et acidification des océans, exacerbent ces défis. Les mégapoles à expansion rapide comme Sao Paulo, actuellement confrontée à de graves pénuries d’eau, en subissent déjà les conséquences.

Nous devons inverser la tendance. Comment surmonter ces défis et saisir les opportunités pour le bien de tous ?

La priorité doit évidemment être l’accès universel à l’eau potable. Jusqu’à présent, les objectifs de développement international ont parlé de sources « améliorées ». Nous pouvons faire mieux et garantir une eau salubre et abordable pour tous. L’accès universel à l’eau potable et aux équipements sanitaires de base à l’horizon 2050 réduirait de plus de 80 000 le nombre annuel de victimes de maladies évitables, diarrhéiques notamment. Cette avancée profiterait également à la pêche, au tourisme et aux moyens de subsistance, notamment dans les pays les plus pauvres.

Deuxièmement, nous devons améliorer l’efficience et la gestion, réduire les déchets et mettre à profit chaque opportunité dans tous les secteurs connexes. Qu’il s’agisse de villes ultramodernes ou de campagnes reculées, de problèmes de raréfaction ou d’inondation, nous devons mobiliser tout l’éventail d’outils économiques et de gouvernance dont nous disposons pour donner corps à ces objectifs.

Troisièmement, nous devons intensifier nos efforts pour réduire la pollution, en particulier les rejets de détergents, de médicaments, d’azote et de phosphore, afin de préserver nos sols, nos rivières et nos côtes, c’est-à-dire notre écosystème tout entier.

Comment atteindre ces objectifs ? Nous devons tout d’abord investir dans les infrastructures, la technologie et les compétences : construire des barrages et en détruire d’autres, implanter des infrastructures pour s’adapter aux inondations, réparer certaines fuites qui coûtent cher et investir dans une irrigation intelligente, la récupération des eaux pluviales, et le traitement des effluents.

Nous avons aussi besoin de financements. Si beaucoup d’investissements, comme la protection des zones humides pour stocker ou filtrer l’eau, sont peu onéreux, d’autres nécessitent des budgets importants. Tous demandent un savoir-faire et une gestion de long-terme. Le secteur public, principal fournisseur d’eau dans la plupart des pays, devra rechercher d’autres sources de financement que les taxes, transferts et droits, en faisant appel aux fonds de pension et fonds souverains, aux obligations vertes et aux philanthropes. Les États devraient aussi ouvrir la distribution de l’eau à des petites entreprises privées qui peuvent apporter capitaux et innovation.

Le marché doit être encadré par une solide réglementation pour empêcher les pollutions toxiques, encourager une consommation plus responsable et produire des revenus. Il faut également régler le problème des subventions néfastes qui incitent à la surconsommation d’eau.

La gouvernance est ici fondamentale. Qu’ils soient locaux ou planétaires, les enjeux liés à l’eau concernent tout le monde et aucune communauté ne devrait rester seule face à ces problèmes. D’autres secteurs comme l’énergie, l’agriculture, l’immobilier et l’industrie, entre autres, doivent aussi adopter des politiques de l’eau intelligentes.

Enfin, notre action doit être immédiate mais conçue pour le long terme. La patience est notre meilleure alliée : Rome n’a pas été construite en un jour, et il a fallu plusieurs siècles pour achever les onze grands aqueducs romains. L’avenir de l’eau repose sur notre clairvoyance, notre flexibilité, l’engagement des parties prenantes, la coopération et les capacités d’initiative. Nous devons prendre conscience que les bénéfices n’en seront certes pas immédiats, mais que les actions initiées aujourd’hui pour la sécurité de l’eau nous permettront de léguer une meilleure planète aux générations futures.

En septembre 2015, les dirigeants politiques adopteront de nouveaux Objectifs de développement durable, qui succèderont aux Objectifs du Millénaire pour le développement. En décembre, lors de la COP21 à Paris, nous devrons aussi trouver un nouvel accord sur la question du changement climatique. La sécurité de l’eau sera un élément essentiel des négociations.

L’OCDE a beaucoup à apporter en termes d’analyses, de conseils et d’idées. Nous avons accumulé une réserve considérable de connaissances sur les questions de l’eau, provenant du monde entier, et j’invite les dirigeants à en tirer parti.

Nous n’avons pas d’excuse. Ensemble, nous avons le devoir de faire de l’eau une source d’opportunités à l’appui d’une croissance verte, inclusive et durable.

www.observateurocde.org/angelgurria

www.oecd.org/fr/apropos/secretairegeneral

©L'Observateur de l'OCDE n°302, Avril 2015

Pour aller plus loin:

Le défi de l'eau : la réponse de l'OCDE

L'eau, un empire à préserver




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