Turquie : miser sur la résilience

OCDE Observateur

Les signes d’un ralentissement économique dans de nombreuses parties du monde se multiplient. Il est à craindre que la zone euro n’entre dans sa troisième récession depuis la crise mondiale. Malgré les efforts de la Banque du Japon, l’économie japonaise ne parvient toujours pas à relever son taux de croissance. Les États-Unis de leur côté, forts d’une croissance relativement solide et d’une amélioration de la situation du marché du travail, apparaissent comme l’une des rares lueurs d’espoir dans l’économie mondiale. La Fed, qui prévoit de commencer à relever un taux directeur descendu à un plancher historique, doit cependant tenir compte des effets de l’appréciation du dollar et de la hausse des taux d’intérêt sur une demande mondiale déjà en berne. L’inquiétude grandissante à propos de la croissance économique mondiale a également tiré vers le bas les prix de l’énergie et des matières premières : le recul de plus d’un tiers des prix du pétrole depuis juin 2014 traduit l’ampleur de cette inquiétude.

Dans ce contexte économique plutôt sombre, les interrogations sur les perspectives de croissance des économies de marché émergentes se sont aussi multipliées, sachant que ces dernières risquent de pâtir de la décélération des échanges mondiaux. Les exportateurs de matières premières en particulier, comme la Russie et le Brésil, devraient être les plus touchés.

En revanche, les importateurs nets d’énergie, comme la Turquie, figureront parmi les principaux bénéficiaires du redressement de la conjoncture économique mondiale. Le repli des prix de l’énergie contribuera à contenir les tensions à la hausse du déficit courant de la Turquie, souvent considéré comme le tendon d’Achille de l’économie turque. De fait, le déficit courant est déjà nettement plus faible qu’il y a un an. Les mesures prises par l’Autorité de réglementation bancaire pour endiguer l’expansion des prêts à la consommation et la politique monétaire restrictive de la Banque centrale, en particulier au premier semestre 2014, ont freiné la hausse de la demande intérieure et des importations. Par contre, le rythme des exportations a été soutenu malgré les difficultés traversées par les grands marchés destinataires des exportations turques. L’année 2014 a donc été une année de rééquilibrage économique pour la Turquie. Nous prévoyons en 2015 une progression de la demande intérieure par rapport à 2014, mais une progression modeste qui ne devrait pas peser sur le déficit courant ni compromettre la stabilité financière.

La question centrale pour la période à venir est la suivante : l’économie turque peut-elle surmonter les menaces grandissantes dans l’économie mondiale, dont la principale est le resserrement de la politique monétaire de la Fed ? Tôt ou tard, celle-ci commencera à relever les taux d’intérêt. Le cycle de hausse des taux induira une instabilité accrue sur les marchés financiers mondiaux et des liquidités seront retirées des marchés émergents. L’ampleur des retombées de la politique de la Fed dépendra du calendrier et du rythme des relèvements de taux.

La montée des tensions géopolitiques dans les pays voisins de la Turquie, en particulier l’Irak et la Syrie, est également un facteur de risque notable pour l’économie turque.

Le fait que celle-ci ait remarquablement résisté ces dernières années à divers chocs externes et internes nous donne confiance dans sa capacité de faire face aussi aux répercussions des risques actuels. Deux paramètres peuvent expliquer sa résistance. L’un est la discipline budgétaire, principal pilier des politiques macro-économiques menées depuis les crises de 2000-2001. La Turquie a en effet réussi à ramener sa dette publique de 74 % du PIB en 2002 à environ 33 % du PIB en 2014.

L’autre paramètre est la santé et la solidité de son secteur bancaire. Les bilans sains des banques turques ainsi que l’approche prudente et les politiques proactives de l’Autorité de réglementation bancaire ont permis au secteur de conserver des ratios de fond propres élevés et des actifs de bonne qualité malgré des conditions difficiles sur le marché. Depuis septembre 2014, le ratio de fonds propres est fixé à 16 % pour le secteur et le pourcentage de prêts improductifs à 2,7 %. Grâce à leur bonne réputation, les banques turques n’ont eu aucune difficulté à accéder aux concours d’investisseurs institutionnels étrangers, malgré le sentiment que la situation des marchés émergents risquait de se détériorer.

En résumé, l’économie mondiale entre dans une période de ralentissement de la croissance, et les risques pour les économies de marché émergentes augmentent. Bien que les fondamentaux économiques et sa flexibilité lui assurent une certaine immunité face à ces risques, l’économie turque devrait néanmoins afficher une croissance inférieure à son niveau potentiel dans les prochaines années. Pour se rapprocher de la tendance potentielle, stimuler la productivité et éviter de tomber dans le « piège du revenu intermédiaire », la Turquie doit maintenant axer son effort sur les réformes micro-économiques, en particulier dans des domaines essentiels comme l’éducation, l’environnement de l’entreprise, le marché du travail et l’énergie. Elle se donnera ainsi les moyens d’améliorer sa réputation de destination attrayante et de marché fiable.

Voir www.isbank.com.tr/en/

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©L'Observateur de l'OCDE n°301, T4 2014

Pour aller plus loin:

www.oecd.org/fr/turquie




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