Pour un monde plus sûr

Secrétaire général de l’OCDE

Au-delà du drame humain, les attentats terroristes qui ont coûté la vie à 17 personnes les 7 et 9 janvier à Paris sont une atteinte directe aux valeurs chères à nos sociétés : le vivre ensemble, la liberté, le respect du droit et le pluralisme.

Comme beaucoup d’entre vous, j’ai eu l’honneur de participer à l’hommage rendu aux victimes de ces terribles attaques, aux côtés du Président Hollande, de son gouvernement, de leaders du monde entier, des familles endeuillées et du million et demi de Français descendus dans les rues de Paris pour se joindre à la marche républicaine du 11 janvier et composer une riche mosaïque de toutes religions, cultures et origines. Des rassemblements similaires ont eu lieu un peu partout en France et ailleurs, dans un même élan de foi en nos valeurs démocratiques.

La France, qui nous accueille, ainsi que tous les pays membres et partenaires de l’OCDE peuvent compter sur son soutien indéfectible face à ces actes inhumains, barbares. Si ces événements nous ont bouleversés par leur proximité, nous ne saurions oublier que chaque jour, à travers le monde, tant de personnes craignent pour leur liberté et leurs droits.

Difficile de revenir à l’économie mondiale après l’horreur des attentats. Difficile mais nécessaire : l’OCDE a été créée par ses membres pour que grandissent la paix et l’harmonie entre les peuples grâce à une croissance durable et inclusive, à l’emploi, à l’éducation, à la santé, aux échanges, à l’intégrité et à la confiance. Il ne s’agit pas seulement d’objectifs louables : ce sont les conditions nécessaires à l’édification d’un monde plus sûr.

Il reste que la force de nos économies est mise à l’épreuve. Nombre de nos membres doivent encore tourner la page de la crise économique mondiale, ouverte depuis sept ans, qui a laissé de profondes cicatrices et affecté durablement le bien-être des individus, comme elle a entamé leur confiance à l’égard des gouvernements et des institutions.

Certes, la progression de l’activité aux États-Unis devrait se renforcer jusqu’à plus de 3 % en 2015, mais l’économie demeure languissante dans l’Union européenne, où le risque de déflation existe. De fait, avec des prévisions de croissance à 1,1 % pour 2015 et à 1,7 % pour 2016, la zone euro ne voit toujours pas poindre de reprise tangible. Il lui faut pourtant impérativement retrouver son dynamisme pour résorber un chômage toujours élevé (11,5 % fin 2014), d’autant plus que son atonie risque de peser sur l’économie du Royaume-Uni, qui connaît une relative embellie. Les perspectives de la Chine sont, elles, moins brillantes que les années précédentes.

Fait plus encourageant, l’Indonésie, l’Inde et l’Afrique du Sud devraient retrouver un rythme de croissance soutenu tandis qu’en Europe, l’Irlande et l’Espagne – qui ont le plus pâti de la crise – ont redressé la situation de façon magistrale (voir dans ce numéro l’article de Enda Kenny, Premier ministre irlandais), preuve que les réformes fonctionnent.

Face à la faible marge de manœuvre budgétaire et monétaire, l’OCDE continue de plaider pour les réformes structurelles sans lesquelles ses États membres pourraient encore connaître une croissance anémique pendant de longues années. En 2015, les décideurs devront faire tout leur possible pour appliquer le programme ambitieux mais réalisable adopté à Brisbane en novembre dernier. La présidence australienne du G20 a su remettre la croissance au premier plan, et l’OCDE compte aider la Turquie, qui prend le relais cette année, à continuer sur cette lancée.

Depuis le début de la crise, l’OCDE n’a de cesse de promouvoir des réformes dans différents domaines clés (fiscalité, lutte contre les inégalités, emploi, investissement, gouvernance). Ses efforts portent aujourd’hui leurs fruits. En 2014, nous avons livré un combat contre l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices (BEPS) et pour la transparence, et plus de 90 pays se sont notamment engagés à appliquer la Norme d’échange automatique de renseignements d’ici 2018.

Nous avons aussi continué d’élever le débat sur les politiques à mener, avec nos Nouvelles approches face aux défis économiques (NAEC), établi la première analyse comparative du bien-être au niveau mondial et affiné notre Indice du vivre mieux, initiative novatrice qui se décline désormais également au niveau régional. Nos rapports sur l’impact des inégalités sur la croissance, sur l’importance des compétences et des migrations pour le bien-être et la prospérité, et sur les performances éducatives à travers le programme PISA ont fourni des conseils précieux aux décideurs du monde entier. Notre Organisation a poursuivi sa politique d’ouverture avec le Programme régional pour l’Asie du Sud-Est, lancé lors de la Réunion ministérielle du Conseil présidée par le Japon ; l’adhésion de la Colombie et de la Lettonie est en bonne voie, de même que les plans d’action en faveur de celle du Costa Rica et de la Lituanie.

Nous ne relâcherons pas nos efforts en 2015, qui sera une année décisive pour la communauté mondiale. Trois événements cruciaux se distinguent : la conférence sur le financement du développement à Addis-Abeba, Éthiopie, en juillet ; le Sommet de septembre consacré au lancement des Objectifs de développement durable de l’ONU qui succèderont aux Objectifs du millénaire pour le développement ; et la Conférence sur le climat de l’ONU (COP 21) prévue à Paris en novembre-décembre. Les yeux du monde (et ses espoirs !) seront fixés sur ces sommets, et l’OCDE est déterminée à contribuer à leur succès.

L’année 2015 a débuté de manière tragique. Mais, dans l’esprit de la marche du 11 janvier, nous devons avancer ensemble et construire un avenir plus inclusif, plus prospère et plus pacifique pour notre monde.

Voir www.observateurocde.org/angelgurria et www.oecd.org/fr/apropos/secretairegeneral

©L'Observateur de l'OCDE n°301, T4 2014




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