Jean Tirole : un hommage

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Pascal Le Segretain/Getty Images

« Quelle semaine extraordinaire. […] Je fais de mon mieux pour redescendre sur terre et me remettre au travail. » C’est ainsi, en moins de 140 caractères, que le Français Jean Tirole (@ JeanTirole) a exprimé sur Twitter son enthousiasme après avoir appris qu’il avait remporté le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel. 

Tirole est le troisième économiste français à gagner ce prix, après Maurice Allais en 1998 et Gérard Debreu en 1983, année où celui-ci était d’ailleurs également devenu citoyen des États-Unis. C’est aussi le deuxième économiste français à accaparer l’attention de la presse internationale en 2014, après que Thomas Piketty a fait les gros titres avec son livre à succès Le capital au XXIe siècle.

Né en 1953, Tirole fut un étudiant remarquable, diplômé des plus prestigieux établissements scientifiques de France, l’École polytechnique et l’École nationale des ponts et chaussées, avant d’obtenir un PhD au Massachusetts Institute of Technology. Avec une rigueur scientifique et mathématique caractéristique, Tirole s’est employé à faire de l’économie une science pure comme les autres. Il a repoussé les frontières de la recherche en réalisant d’importantes avancées théoriques dans le domaine de l’organisation industrielle, notamment avec son analyse des structures et de la concurrence entre entreprises. Les économistes appréhendaient bien les marchés fondés sur une concurrence parfaite, d’une part, et les marchés dominés par des monopoles, d’autre part, mais Tirole a apporté un éclairage nouveau sur une zone intermédiaire plus floue : comment les entreprises collaborent pour asseoir leur position dominante, en tant qu’oligopoles, comme observé fréquemment dans des secteurs comme les technologies de l’information et les télécommunications. Selon Tirole, il n’existe aucune solution universelle pour la régulation des oligopoles, qui exige au contraire des approches sectorielles spécifiques.

De fait, voilà maintenant un certain temps que les meilleures pratiques de régulation sont sectorielles – autrement dit, des approches distinctes pour les télécommunications, les médias, les transports et d’autres secteurs – permettant d’adapter la réglementation pour favoriser l’entrée de nouveaux acteurs, renforcer la concurrence, accroître le bien-être et rendre l’innovation plus dynamique.

Ses travaux sont aujourd’hui plus pertinents que jamais, et grâce à Tirole, les gouvernants et les organismes comme l’OCDE disposent maintenant d’un cadre rigoureux pour analyser les positions dominantes sous différentes formes, des sociétés géantes comme Google et Apple à l’effet des journaux « gratuits » sur la presse traditionnelle, en passant par la concurrence entre fournisseurs de cartes de crédit. En outre d’être un excellent chercheur, Tirole est aussi un enseignant remarquable, l’une de ses principales réalisations étant l’École d’économie de Toulouse, qui jouit aujourd’hui d’une notoriété mondiale, créée avec le regretté Jean-Jacques Laffont dans l’une des villes les plus innovantes de France. L’OCDE en bénéficie également, puisque plusieurs de ses agents y ont été formés. Alors, merci beaucoup, Professeur Tirole !

Voir l’École d’économie de Toulouse sur www.tse-fr.eu/fr

©L'Observateur de l'OCDE n°301, T4 2014




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