L'enjeu économique

Passer à la vitesse supérieure et relancer les moteurs de la croissance
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Globalement, l’économie mondiale continue de tourner au ralenti. À 3 % depuis sept ans, la croissance du PIB mondial est inférieure de plus d’un point de pourcentage à son rythme de 2000- 2007, et d’environ trois quarts de point à la moyenne des 15 années qui ont précédé la crise financière. L’expansion du commerce mondial reste elle aussi en deçà de sa tendance de moyen terme et l’investissement productif n’est guère plus dynamique. Rien que dans la zone OCDE, on compte aujourd’hui 11 millions de chômeurs de plus qu’en 2007. De nouvelles données montrent une demande mondiale atone, malgré le stimulus lié à la chute récente du prix du pétrole. 

Cependant, si l’ensemble manque toujours d’allant, les mesures prises par certains pays leur ont permis de regagner du terrain. Les injections de liquidités, notamment aux États-Unis et au Royaume-Uni, ont relancé la demande intérieure, et un passage à la vitesse supérieure avec une vraie reprise de l’investissement productif, ainsi qu’une croissance de l’emploi et des hausses de salaires plus rapides, commence à se dessiner. Au Japon, les moteurs de l’investissement et de la consommation commencent à monter en régime, et l’emploi augmente. Le relèvement de la taxe sur la consommation en avril a interrompu l’élan de la reprise, mais il faut espérer que l’extension des mesures d’assouplissement quantitatif et le paquet fiscal permettront à l’économie de maintenir le cap. Dans la zone euro, les pays qui ont engagé de vigoureuses réformes commencent à remonter la pente. Dans l’ensemble, cependant, la zone euro est quasiment en panne et fait peser un risque majeur sur la croissance mondiale, avec un chômage élevé et une inflation très en deçà de l’objectif.

Dans les marchés émergents également, certaines économies tournent à haut régime et d’autres au ralenti. L’Inde et la Chine restent en tête du peloton. En Chine, l’investissement a commencé à ralentir pour revenir à un rythme soutenable, mais le contexte hérité d’une expansion rapide du crédit reste préoccupant. Les réformes de grande envergure en Inde pourraient renforcer le passage de la croissance à la vitesse supérieure, mais leur mise en oeuvre reste confrontée à des défis. Le Brésil émerge d’une brève récession au premier semestre de 2014, mais la fin de l’incertitude politique devrait créer un environnement propice à des politiques permettant de remettre l’économie sur la bonne voie. Confrontée à de nombreux obstacles, parmi lesquels la faiblesse des prix du pétrole, l’économie russe, quant à elle, piétine.

Dans ce contexte économique morose se profilent des risques d’instabilité à court terme, des préoccupations concernant les niveaux d’endettement et la récente expansion du crédit à moyen terme, et des inquiétudes quant au rythme de croissance de la production potentielle à plus long terme.

À court terme, l’instabilité financière associée au changement de perception de l’évolution probable de la politique monétaire dans les grandes économies (comme en mai 2013) risque de se reproduire alors que le rythme de la reprise diverge d’une grande région à l’autre. Les marchés de capitaux ont souvent tendance à sous-évaluer le risque incorporé au prix des actifs, causant ensuite une correction brutale en sens inverse. Certaines économies de marché émergentes sont davantage exposées à des flux de capitaux à court terme et volatils, ce qui accroît leur vulnérabilité face à de tels retournements.

Par ailleurs, les bilans des agents économiques nationaux restent fragiles. Dans les économies avancées, on ne voit guère de progrès dans la réduction des dettes publique et privée considérables héritées d’avant la crise, sans doute en partie en raison de la faiblesse de la croissance et de l’inflation. Dans certains pays, la dette immobilière s’est accumulée et en Chine, la dette privée a fortement augmenté. Toutes les économies sont confrontées au risque de voir l’accumulation des dettes, en particulier liées à l’immobilier et à des montages de prêts problématiques, aboutir à des accidents financiers avec des retombées sur l’économie réelle. Des instruments macroprudentiels, notamment des critères quantitatifs comme les quotités de financement, seraient utiles pour protéger les bilans des emprunteurs comme ceux des prêteurs.

Enfin, la période prolongée de faible croissance aura des conséquences durables. Le fléchissement de l’investissement réel, la chute des taux d’activité, le tassement des gains de productivité et le ralentissement de l’activité économique mondiale ont réduit la vitesse de croisière à long terme de presque toutes les économies. Globalement, une baisse de 4 % à 3 % du rythme de croissance de la production potentielle a des conséquences réelles pour le bien-être des jeunes générations : il faudra 23 ans au lieu de 17,5 pour voir le PIB mondial atteindre le double de son niveau actuel.

Ce pronostic souligne l’urgence de poursuivre des politiques macroéconomiques accommodantes ainsi que des réformes structurelles adaptées pour accroître la demande et l’offre dans l’ensemble de l’économie mondiale. Les réglages spécifiques de ces politiques peuvent varier dans les pays où la croissance a déjà redémarré. Un retrait trop rapide des mesures de relance monétaire ou un regain d’austérité budgétaire, par exemple, pourrait freiner le rythme de la reprise au lieu de l’accélérer.

En ce qui concerne la politique monétaire, le lien entre assouplissement monétaire et augmentation de l’investissement productif réel a été faible, voire inexistant. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, un resserrement prématuré des conditions financières risquerait d’inverser la hausse des prix des actifs et de l’investissement réel. Les nouvelles mesures de relance annoncées par la Banque du Japon, destinées à stimuler l’investissement réel, l’emploi et la consommation dans le pays, soutiendront les prix des actifs dans le monde entier. Dans la zone euro en particulier, un soutien monétaire intensifié est vital pour soutenir la croissance, sans quoi l’économie pourrait plonger dans la déflation.

En ce qui concerne la politique budgétaire, les États-Unis et l’ensemble de la zone euro, particulièrement certains pays, ont déjà donné un bon tour de vis. Dorénavant, il faudra mettre en balance les efforts de rééquilibrage des finances publiques avec leurs effets négatifs éventuels sur la croissance à court terme et sur la confiance, car ceux-ci pourraient faire déraper l’économie. Il faudra aussi être très attentif aux caractéristiques de la dette, de même qu’aux types de dépenses et recettes à privilégier. Dans l’immédiat, les dépenses budgétaires en faveur de l’innovation, de l’éducation et des infrastructures permettront non seulement de soutenir la croissance, mais aussi de renforcer la production potentielle, tombée à de faibles niveaux ces dernières années, parallèlement au redressement des échanges et de l’investissement.

La hausse du PIB qu’un pays peut espérer grâce à de vastes réformes du marché du travail et des marchés de produits, des échanges et de la fiscalité, est considérable. Mais si différentes réformes sont importantes pour chaque économie, ce sont des réformes à l’échelle du système tout entier qu’il faudra pour faire monter en régime l’économie mondiale. L’espoir de succès de l’Accord de facilitation des échanges de Bali est particulièrement encourageant à cet égard car la participation aux chaînes de valeur mondiales a soutenu la croissance dans de nombreuses économies. Pour tenir le cap, les pays membres du G20 se sont engagés à appliquer des stratégies nationales de croissance. D’après les estimations de l’OCDE et du FMI, si ces stratégies sont mises en œuvre, elles devraient permettre d’accroître leur PIB global de 2 % environ d’ici 2018 (soit plus de 1 600 milliards USD) par rapport à un scénario de référence de 2013. Comme le G20 représente environ 90 % de l’activité économique mondiale, ces réformes de la fiscalité, des échanges, du marché du travail et des marchés de produits seront bénéfiques pour l’investissement intérieur et le commerce mondial, et contribueront à renforcer l’emploi et la consommation dans le monde entier. Mesdames et Messieurs, le moment est venu de faire chauffer vos moteurs !

Cet article est une mise à jour de janvier 2015 de l’éditorial des Perspectives économiques de l’OCDE n° 96, novembre 2014

©L'Observateur de l'OCDE n°304, T4 2014

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