Financement des PME par fonds propres : culture et vérités nationales

OCDE Observateur

Problème culturel? ©REUTERS/Kai Pfaffenbach

Les petites et moyennes entreprises (PME) restent en général financées par le crédit bancaire. Alors que celui-ci devient plus difficile à obtenir au sortir de la crise, le développement d’alternatives pourrait aider à remédier au déficit de financement des PME. L’OCDE étudie ces questions en utilisant les contributions du secteur privé à ses tables rondes financières.

L’enjeu consiste à stimuler la prise de participation dans un secteur économique caractérisé par un faible taux de survie et une grande diversité des entités, deux facteurs qui compliquent l’évaluation des risques. Le débat porte davantage sur l’analyse d’un environnement peu propice au financement des PME par capitaux propres que sur les solutions.

Il faut cependant tenir compte d’un élément plus fondamental de la motivation des investisseurs pour assurer un flux durable d’investissements par fonds propres des PME : le changement culturel.

L’absence de culture de la prise de participation à risque en Europe est un obstacle de taille. En Allemagne, 13,8 % seulement de la population investit dans des actions cotées, contre 50 % aux États-Unis. Les États-Unis et l’Allemagne ont tous deux observé une légère diminution de l’actionnariat depuis 2000, en raison des effets à long terme de la bulle Internet dans les années 2000 et du comportement pro-cyclique des investisseurs individuels et institutionnels, qui a conduit à une baisse de leur exposition par suite de la Grande Récession.

Comment inverser cette tendance à la baisse de la participation aux entreprises en Allemagne et dans les pays voisins ? Analysons d’abord ce qui a fait passer le nombre d’actionnaires allemands de 3,9 millions en 1992 à 6,2 millions en 2000, puis à 4,5 millions en 2013. Deux facteurs principaux peuvent expliquer la hausse : une attitude politique favorable à l’actionnariat et la tendance des investisseurs à privilégier les entreprises nationales.

Avec l’éclatement de la bulle Internet, le premier a été mis à mal, et les hommes politiques ont condamné les marchés boursiers, jugés trop dangereux. La Grande Récession a confirmé leur position. Certains, comme l’Autriche avec sa taxe sur les opérations boursières, ont même adopté des mesures énergiques d’assèchement de la liquidité.

La bulle Internet a aussi incité des millions d’Allemands à renoncer à la préférence accordée aux entreprises nationales. Celle-ci, bien documentée dans la finance comportementale, répond à des facteurs à la fois rationnels et irrationnels. La préférence locale dans le cas des investissements en faveur des PME est motivée par : la fierté associée à la participation locale ; l’aversion à l’ambiguïté (les investisseurs sont plus susceptibles de choisir une option aux risques connus plutôt qu’aux risques inconnus, et comportant peu d’éléments inconnus plutôt que beaucoup) ; l’identification au produit, au service ou à l’entrepreneur ; et la réduction des asymétries d’information grâce aux connaissances locales.

Il est facile de se renseigner sur les entreprises cotées, car l’information numérique est diffusée mondialement, mais pas de s’identifier à elles. Le biais national commun aux investisseurs institutionnels et particuliers peut servir de point de départ à une culture nouvelle de la prise de participation en Europe.

Extrait : la version complète de cet article a été publiée sur oecdinsights.org le 3 décembre 2014.

M. Schuller a participé aux tables rondes sur les marchés financiers à l’OCDE en 2014. 

©L'Observateur de l'OCDE n°301, T4 2014




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