Philanthropie, transactions numériques et inclusion financière

OCDE Observateur

Bill Gates, soutien de l'Alliance Better than Cash ©Bernd Von Jutrczenka / DPA Picture-Alliance/AFP

L’accès au financement peut être un vecteur de développement social et économique inclusif. Quel rôle pour les transactions numériques ? 

Qu’ont en commun une fondation familiale basée au Canada, une fondation semi-publique établie dans les Émirats arabes unis (EAU) et une fondation d’entreprise créée par l’une des plus grandes banques mondiales ? A priori, pas grand chose, sinon leur statut d’associations caritatives. Toutefois, en y regardant de plus près, on s’aperçoit que toutes mobilisent du temps et des ressources au service d’une même cause : l’inclusion financière.

Le développement du secteur financier s’impose peu à peu comme un vecteur de lutte contre les inégalités, par le biais d’actions faisant rimer croissance économique avec réduction de la pauvreté et création d’emplois. De quoi apaiser les inquiétudes de ceux qui considèrent que l’intégration économique et la libéralisation des marchés financiers favorisent l’émergence d’îlots de croissance spectaculaire, isolés au milieu d’un océan de pauvreté. Selon un rapport du Groupe de recherche sur le développement de la Banque mondiale, le passage d’un système de paiement en espèces, particulièrement onéreux en termes d’administration, de traitement, de sécurité et de distribution, à un programme de paiement électronique, peut permettre aux gouvernements d’économiser jusqu’à 75 %.

L’inclusion financière complète l’action des pouvoirs publics en offrant aux ménages démunis des perspectives à long terme en matière d’éducation et de santé. Elle permet également de capitaliser sur le dividende démographique en s’appuyant sur une jeunesse instruite et en meilleure santé pour accroître la productivité et attirer de nouveaux investissements dans l’économie réelle.

Nombre de fondations viennent en aide aux populations des pays en développement qui n’ont pas accès à des services financiers officiels de crédit, d’assurance ou d’épargne, et ne bénéficient pas toujours des compétences nécessaires pour gérer durablement leurs actifs financiers. En favorisant l’inclusion financière, elles les aident à sortir de la pauvreté, à améliorer leurs moyens de subsistance et éviter le surendettement.

Quels sont les atouts de ces fondations ? En premier lieu, elles sont davantage disposées à prendre des risques et sont plus flexibles que les organismes d’aide traditionnels. En outre, elles innovent davantage : on leur doit notamment la mise au point de nouveaux systèmes de paiement numérique accessibles aux populations défavorisées. D’ailleurs, une étude du Centre de développement de l’OCDE consacrée à la philanthropie-risque dresse un tableau globalement positif de leurs approches.

La fondation Lundin travaille avec des agriculteurs et des petites entreprises d’Afrique subsaharienne pour stimuler l’emploi et aider à la commercialisation des produits. Elle met à leur disposition des services financiers auxquels ils n’ont d’ordinaire pas accès, ce qui freine leur développement. Lundin a investi récemment dans Agriculture and Climate Risk Enterprise Ltd. (ACRE), qui propose aux agriculteurs une assurance abordable contre les risques climatiques, et a parrainé le développement du premier fonds de capital-risque dédié aux PME agroalimentaires en Afrique de l’Ouest.

Dans les EAU, où 70 % des Émiriens de moins de 30 ans sont endettés, l’augmentation des cas de dépression parmi les jeunes est souvent attribuée aux difficultés financières. Le surendettement semble également responsable de la hausse du taux de divorce. Face à l’ampleur du problème et en l’absence de mesure nationale, la Fondation des Émirats pour le développement de la jeunesse a décidé de consacrer l’un de ses six programmes prioritaires à l’inclusion et l’éducation financières. Baptisé Esref Sah (« Dépenser mieux »), il vise à sensibiliser les jeunes Émiriens à la gestion des actifs et à mettre en place des formations pour renforcer les compétences appropriées. En 2014, 2 434 participants, jeunes et parents, ont participé aux ateliers organisés par la Fondation à travers le pays.

La Fondation Citi s’attache quant à elle à « dépasser la philanthropie » en proposant non seulement des financements, mais aussi un accompagnement et des formations destinés à renforcer les compétences de ses bénéficiaires. Outre les programmes d’éducation financière dispensés dans le monde entier, la fondation cherche à renforcer les institutions de microfinance (IMF) qui proposent des crédits à petite échelle à des personnes à faible revenu. Objectif : les aider à développer leurs compétences institutionnelles et opérationnelles.

Ces fondations, qui bénéficient d’une dynamique importante, sont désormais rejointes par d’autres acteurs du développement qui conjuguent leurs avantages comparatifs au service de l’inclusion financière. Par exemple, l’Alliance Better Than Cash est une initiative unique menée sous l’égide des Nations Unies et financée par trois grandes fondations (Bill et Melinda Gates, Ford et Omidyar Network), trois prestataires de services financiers (Fondation Citi, MasterCard et Visa) et un donneur bilatéral (USAID).

L’Alliance, hébergée par le Fonds d’équipement des Nations Unies, met son expertise de la transition vers les paiements électroniques au service des objectifs d’autonomisation des populations et de croissance des économies émergentes. Outre sa mission de sensibilisation aux avantages des transactions électroniques, elle accompagne les pouvoirs publics, la communauté du développement et le secteur privé dans cette transition. Si les paiements en espèces s’avèrent plus efficaces que la distribution de biens en nature, l’expérience montre que la dématérialisation des transactions peut conférer des avantages durables aux populations, aux communautés et aux économies. De fait, elle offre une solution plus rentable, efficace, transparente et sûre pour le versement et la collecte des paiements.

Le soutien des trois fondations et leur engagement à collaborer avec les pouvoirs publics, le secteur privé et les partenaires de développement trouvent leurs racines dans leur propre vision de l’inclusion financière dans les pays en développement. Bill Gates, coprésident de la Fondation Bill et Melinda Gates, prédit qu’à l’avenir, toutes les « transactions seront numériques, universelles et quasi gratuites ». Favoriser l’inclusion financière à l’échelle nationale est un défi complexe nécessitant l’intervention de nombreux acteurs afin de mettre en place les différents produits, services, politiques et réglementations, ainsi que les infrastructures idoines. Rien ne pourra se faire sans des compétences techniques, un capital humain suffisant pour conduire le changement et des ressources financières solides. De multiples acteurs seront donc nécessaires pour impulser le changement sectoriel multidimensionnel à l’échelle nationale, et les fondations ont un rôle primordial à jouer dans le renforcement de l’inclusion financière au niveau mondial.

Cet article a été initialement publié sur oecdinsights.org le 19 décembre 2014.

Voir www.oecd.org/fr/dev/developpement-philanthropie

©L'Observateur de l'OCDE n°301, T4 2014




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