Une économie du partage

Entretien avec Frédéric Mazzella, Président-Fondateur de BlaBlaCar
OCDE Observateur

BlaBlaCar

Les technologies internet et mobiles intelligentes favorisent l’émergence rapide de nouvelles plateformes dynamiques qui changent la donne sur les marchés des services immobiliers, des transports et autres. Des entreprises comme Airbnb (aide à la location de logements) et TaskRabbit (aide pour les tâches du quotidien : courses, promenade du chien…) ont fait la une non seulement en raison de leur nouveau modèle économique, mais aussi parce qu’elles bouleversent des marchés et services établis. Pour ses défenseurs, cette « économie du partage » donne plus de choix et de pouvoir aux clients, pour ses détracteurs, elle est synonyme de concurrence déloyale. Pour les gouvernements, la question est de savoir dans quelle mesure elle est équitable et si elle oblige à réécrire certaines règles. Nous avons demandé à Frédéric Mazzella comment BlaBlaCar, l’entreprise de covoiturage qu’il a fondée, est devenue un exemple emblématique de cette économie. 

Pouvez-vous nous décrire BlaBlaCar et son parcours ?
Il y a dix ans, nous avons rêvé d’un service collaboratif abordable, permettant de mettre en relation des automobilistes ayant des places disponibles et d’autres personnes voyageant vers la même destination. Nous y avons vu un moyen de corriger une situation inefficiente où beaucoup de voitures circulent presque à vide alors que, par ailleurs, des millions de voyageurs ne sont pas pleinement satisfaits des autres modes de transport qu’ils jugent trop chers ou trop peu fiables.

Aujourd’hui, BlaBlaCar est devenue la communauté de consommateurs collaborative la plus active au monde, avec plus de 10 millions de membres dans 14 pays allant de la France à la Turquie. Ses services sont accessibles sur application iPhone et Android et en version web mobile et classique. En 2011, nous avons déployé dans certains pays un nouveau modèle de réservation avec transaction, grâce auquel les défaillances et annulations de dernière minute ont été divisées par 10, de plus de 35 % à seulement 3 % des réservations aujourd’hui.

La constitution d’une communauté de membres de confiance a été cruciale pour la croissance de BlaBlaCar. Notre priorité est d’offrir une plateforme fiable où les membres déclinent leur identité, ont un profil certifié et déposent des avis, modérés par nos équipes, sur les autres membres. La confiance est pour nous absolument essentielle à une économie de partage, et nous avons d’ailleurs élaboré un référentiel (et même un super-héros !) pour partager notre vision : www.betrustman.com.

BlaBlaCar ouvre un nouveau segment, largement inexploité, des voyages à bas coût, améliore l’efficience du transport routier et rend les longs déplacements plus abordables.

Votre activité a-t-elle été entravée par la législation ?
Nos membres utilisent BlaBlaCar pour partager leurs frais de déplacement. Les conducteurs ne gagnent pas d’argent. Le partage des frais est parfaitement légal et se pratique tous les jours en famille et entre amis. Pour s’assurer que les conducteurs respectent ce principe, BlaBlaCar définit pour chaque trajet un prix conseillé par passager.

Les conducteurs fixent un prix à l’intérieur de la fourchette conseillée, avec interdiction de dépasser le plafond. Ce prix est une contribution aux frais de carburant et de fonctionnement (et éventuellement de péage). Comme les conducteurs ne réalisent pas de bénéfice, leur police d’assurance automobile n’en est pas affectée et continue de les couvrir normalement. Le covoiturage, qui repose sur le partage des frais, n’est donc pas entravé par la législation.

Le taux d’occupation moyen des voitures est de 2,8 personnes dans la communauté BlaBlaCar, contre 1,6 en Europe. Le covoiturage améliore l’efficience du transport routier, réduit notre empreinte écologique et rend plus accessible et abordable la mobilité sur longue distance, aussi les gouvernements ont-ils tendance à encourager sa pratique.

Comment voyez-vous l’avenir de BlaBlaCar ?
Depuis quelques années, BlaBlaCar offre une vision alternative, en phase avec l’émergence de l’économie du partage connectée. Le plus étonnant pour nous a peut-être été de constater à quelle vitesse les choses peuvent changer quand les autres adhèrent à votre rêve. Avec 2 millions de voyageurs par mois, l’effet démultiplicateur d’une communauté virale en pleine croissance est frappant. Nous savions dès le début qu’il fallait proposer une solution globale pour que les membres soient pleinement satisfaits de notre plateforme. Présent dans 14 pays, BlaBlaCar étend actuellement son rayon d’action pour répondre à la demande latente en dehors de l’Europe, et nos membres ont de plus en plus souvent la possibilité de covoiturer ailleurs dans le monde avec la même application mobile. Ne jamais nous endormir sur nos lauriers mais repousser sans cesse les limites de notre communauté en continuant de servir au mieux nos membres, voilà notre ambition première.

Voir www.blablacar.com

©L'Observateur de l'OCDE n°301, T4 2014

Pour aller plus loin:

L'entrepreneuriat citoyen : créer un espace pour une économie plus collaborative




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