Des politiques environnementales sans risque pour la productivité

OCDE Observateur

Face aux pressions environnementales croissantes, gouvernements et entreprises ne sont pas restés inactifs. Le durcissement des politiques s’est généralement intensifié dans la zone OCDE, en particulier sur le front de la pollution et du changement climatique. Mais quelles en sont les conséquences pour la productivité ? 

De nouvelles données de l’OCDE montrent que les mesures prises récemment pour renforcer les politiques environnementales n’ont pas eu d’effets négatifs sur la croissance générale de la productivité. Certes, il se peut qu’elles aient fait des gagnants et des perdants, mais ces effets n’ont pas perduré.

Selon les résultats, la croissance de la productivité nationale a ralenti avant la mise en œuvre des politiques environnementales, peut-être parce que les entreprises anticipaient les changements annoncés et se préparaient à la nouvelle donne. La croissance de la productivité n’a cependant pas tardé à rebondir, et aucun recul net n’a été enregistré.

En outre, les entreprises les plus productives et technologiquement avancées ont vu leur productivité temporairement dopée après le durcissement des règles, parce qu’elles ont pu exploiter de nouveaux créneaux plus écologiques, puiser dans leurs réseaux d’approvisionnement et mettre à profit des innovations antérieures. Les entreprises moins avancées ont vu leur productivité diminuer, et certaines ont même dû mettre la clé sous la porte.

L’effet global produit s’est révélé neutre en raison de l’intervention des pouvoirs publics et de la possibilité de redéployer les ressources dans des entreprises à croissance rapide. Le durcissement des politiques environnementales peut donc, s’il est bien orchestré, bénéficier à l’environnement sans perte de productivité.

Ce point est important, car nos économies, alors qu’elles sont à peine sorties de la crise et cherchent à relancer la croissance et l’emploi, doivent redoubler d’efforts pour s’attaquer au changement climatique, à la pollution et aux autres problèmes environnementaux. Ces impératifs peuvent paraître difficilement conciliables.

Or les dernières données montrent qu’il n’y a pas d’antagonisme entre durcissement des politiques environnementales et productivité. Au contraire, les efforts déployés pour stimuler la croissance et atteindre des objectifs environnementaux ambitieux peuvent aller de pair et devraient être intensifiés. De fait, les politiques environnementales peuvent et doivent être façonnées pour faire jaillir des idées nouvelles, mobiliser des technologies plus propres et promouvoir de nouveaux modèles commerciaux économiquement et écologiquement avantageux.

Si l’action publique ne doit pas faiblir face aux problèmes environnementaux, des ressources sont nécessaires pour concevoir des politiques adaptées. Les procédures administratives devront être autant que possible simplifiées pour ne pas freiner la marche de l’économie. Il conviendra aussi d’éviter d’accorder des avantages injustifiés aux entreprises en place et de privilégier, dans l’arsenal des mesures retenues, les instruments de marché, plus souples, notamment les taxes.

L’objectif est d’orienter la politique au profit de technologies nouvelles plus propres et de laisser le jeu de la concurrence éliminer les technologies et procédés polluants périmés qui pèsent sur la croissance et l’environnement.

BEEP, un nouvel indicateur !

Pour aider les décideurs à trouver un juste équilibre, l’OCDE a mis au point l’indicateur de la rigueur des politiques environnementales (EPS), qui synthétise et compare le degré de rigueur des instruments entre pays et dans le temps. Cet indicateur se concentre actuellement sur le climat et la pollution atmosphérique imputable à l’énergie et aux transports, et couvre des instruments tels que les taxes, les tarifs d’achat, les certificats verts, les subventions à la recherche-développement et les plafonds d’émission. Bien qu’il s’agisse d’une mesure indirecte, l’EPS est l’indicateur le plus large et le plus complet de ce type ; il rejoint en outre la perception des entreprises.

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Pour tester la fiabilité des divers indicateurs environnementaux, les utilisateurs peuvent se référer à une autre innovation : l’indicateur BEEP de l’OCDE, qui mesure le poids des politiques environnementales sur l’économie. Bien qu’encore en développement, BEEP montre qu’il existe plusieurs façons de concevoir et d’appliquer des politiques environnementales exigeantes, et que des ajustements sont possibles en fonction des obstacles à la concurrence ou des coûts administratifs.

Le diagramme illustre la position des pays de l’OCDE à cet égard. L’Autriche, les Pays-Bas et la Suisse, par exemple, appliquent des politiques environnementales strictes relativement favorables au jeu de la concurrence. Les pays nordiques et l’Allemagne ont aussi fait le choix de politiques exigeantes, mais au détriment de la concurrence, du fait de leur lourdeur administrative. Ils pourraient donc revoir leur action sans pour autant sacrifier aux exigences environnementales. Le Royaume-Uni pourrait quant à lui envisager un durcissement de sa politique environnementale sans compromettre le jeu de la concurrence.

L’OCDE entend élargir l’analyse de l’impact économique de la rigueur des politiques environnementales à certains domaines tels que l’investissement, l’emploi, la structure des échanges et l’implantation géographique des entreprises – notamment pour voir si la sous-traitance crée ici ou là des « paradis des pollueurs » sans bénéfice environnemental global pour la planète. Les indicateurs devraient ainsi couvrir plus de pays membres et non membres, ce qui permettra aussi de vérifier la robustesse des résultats obtenus.

Les décideurs seront ainsi mieux armés pour adopter des politiques environnementales plus strictes, sans craindre de nuire à la productivité.

Références

Albrizio, S., E. Botta, T. Koźluk et V. Zipperer (2014), “Do Environmental Policies Matter for Productivity Growth? Insights from new Cross-Country Measures of Environmental Policies”, OECD Economics Department Working Paper No. 1176, Éditions OCDE.

Koźluk, T. et V. Zipperer (2014), “Environmental Policies and Productivity Growth: A Critical Review of Empirical Findings”, OECD Journal: Economic Studies, Vol. 1, 2014, Éditions OCDE.

OECD (2014) Green growth: Environmental policies and productivity can work together, Éditions OCDE.

Voir également www.oecd.org/policy-briefs

©L'Observateur de l'OCDE n°301, T4 2014

Pour aller plus loin:

Travaux de l'OCDE sur la croissance verte




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