Des liens entre eau, énergie et alimentation

Un bénéficiare inattendu ©AFP/Biosphoto/Minden Pictures/Fotonatura/Ingo Arndt

Dans Rule of Experts: Egypt, Techno-Politics, Modernity, Timothy Mitchell raconte comment une épidémie de paludisme s’est déclenchée en Égypte en 1942 à la suite d’une cascade exceptionnelle d’interactions entre fleuves, barrages, engrais et réseaux trophiques, et des influences de la Seconde Guerre mondiale. 

Tout d’abord, la construction du barrage d’Assouan et de ses retenues autour du Nil crée de nouveaux lieux de reproduction du moustique anophèle. Ensuite, grâce aux barrages, l’irrigation pérenne remplace l’irrigation par bassins et favorise la densification démographique, les habitants n’ayant plus besoin de fuir les crues.

Le protectionnisme contribue alors au développement de la production de canne à sucre au détriment des cultures vivrières, tandis que de nouvelles techniques d’irrigation appauvrissent les sols. En outre, à cause de la Seconde Guerre mondiale, l’ammoniac réquisitionné pour la production d’explosifs  ne sert plus à fabriquer des engrais : s’ensuit la malnutrition de la population, très concentrée, qui devient la proie facile de ce moustique particulièrement sociable.

La vision parcellaire des considérations technologiques, agricoles, épidémiologiques et géopolitiques a été, du moins partiellement, à l’origine de l’épidémie. En construisant le barrage, les ingénieurs n’auraient jamais pu imaginer une telle onde de choc. Aujourd’hui, nous en savons plus (quoiqu’il faille noter le lien étroit établi entre déforestation et Ebola). Or, comme des estimations prévoient que la demande mondiale d’eau, d’énergie et de produits alimentaires  croîtra respectivement de 55 %, 80 % et 60 % d’ici à 2050, les répercussions en chaîne seront d’autant plus préoccupantes – surtout entre ces trois secteurs.

Souvent, il y a corrélation des risques entre secteurs. Mais l’atténuation des risques dans un secteur entraîne aussi souvent une aggravation spectaculaire dans d’autres. Trouver le moyen de fournir assez d’eau pour cultiver du blé, produire de l’hydroélectricité et préserver les écosystèmes locaux tout en réduisant les émissions de carbone n’est pas une tâche aisée.

Le monde est aujourd’hui soumis à des pressions sans précédent, et nous devrons y apporter des réponses inédites. À l’OCDE, nous mettons tout en œuvre pour contribuer à élaborer ces solutions. En novembre 2014, nous avons accueilli le Forum mondial sur l’environnement : Nouvelles perspectives sur le lien entre eau, alimentation et énergie, axé sur les politiques de gestion concrète des interactions, synergies et arbitrages entre ces ressources. Les acteurs qui ont participé à ces deux journées de réflexion avec des experts et des responsables publics seront de plus en plus importants pour traduire en actes les résultats des analyses dans les années à venir.

Il importe de rappeler que le combat contre le paludisme a souvent été présenté comme celui de l’intelligence contre la nature. Mais les « solutions » n’ont pas été imposées de l’extérieur : elles ont plutôt surgi du progrès technologique en relevant les défis par interactions successives. Il en ira certainement de même dans ce cas.

Mis à jour et adapté de : www.oecdinsights.org, mars 2015

©L'Observateur de l'OCDE n°302, Avril 2015

Pour aller plus loin:

Environnement

L'eau, un empire à préserver

Le défi de l'eau : la réponse de l'OCDE




Données économiques

Courriel gratuit

Recevez les dernières nouvelles de l’OCDE :

Flux Twitter

Abonnez-vous dès maintenant

Pour recevoir notre édition papier en anglais par courrier


Edition en ligne
Editions précédentes

Ne manquez pas

  • G20: « Le temps est venu d’accroître les dépenses publiques » (Le Monde)
  • En France, les inégalités salariales se réduisent chaque année. Les salaires des femmes cadres de moins de 30 ans sont « seulement » inférieurs de 5 % à celui des hommes, selon l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) dans une étude publiée en mars 2015.Les réseaux féminins ont-ils encore un rôle à jouer dans le monde du travail ? (Le Monde)
  • Pourquoi les fils d’immigrés ne réussissent-ils pas à l’école aussi bien que leurs sœurs? Un article du journal Le Monde.
  • L'intégration rapide des réfugiés est la clé de la croissance économique en Europe, selon le FMI et l'OCDE, présents à Davos, le forum économique mondial qui se déroule du 20 au 23 janvier. Lire l'article du Monde ici.

  • Expliquez-nous... l'OCDE par FranceInfo
  • "Nous avançons à une vitesse d'escargot" sur le climat, estime Ban Ki-moon. Le secrétaire général des Nations Unies confie au journal Le Monde son optimisme sur la conclusion d’un accord international permettant de contenir le réchauffement en cours, en dépit des obstacles.
  • La France est "l'un des pays où l'anxiété en classe est la plus fortement ressentie" explique Eric Charbonnier, analyste à l'OCDE.
  • Après le vote des mesures sociales demandées par l'Union européenne et le FMI, prévu pour le 22 juillet au soir, le gouvernement grec "va reprendre immédiatement les négociations avec les institutions, UE, BCE et FMI, qui doivent durer jusqu'au 20 août au plus tard".
  • Peut-on réduire l'immigration légale? Le député français de l’Yonne Guillaume Larrivé, membre de l'opposition, a proposé que les parlementaires fixent des plafonds d’immigration annuels. Thomas Liebig, spécialiste des migrations internationales à l’OCDE, analyse cette proposition pour le journal La Croix.
  • "Les 40% les plus pauvres, les classes moyennes, manquent de moyens pour investir dans le capital humain", explique à L'Express l'économiste Michael Förster, spécialiste des inégalités à l'OCDE.
  • La lutte contre le travail au noir franchit un nouveau seuil. Selon le bilan 2014 publié par Les Echos, le montant total des redressements imposés par les Urssaf pour « travail dissimulé » s’est élevé à 401 millions d’euros, contre 320 millions l’année précédente.
  • Le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon rallie le soutien de l’OCDE: « 2015 est une année des plus cruciales pour l’humanité ».

Articles les plus lus

Blog OECD Insights

NOTE: Les articles signés expriment l’opinion de leurs auteurs
et pas nécessairement celle de l’OCDE ou de ses pays membres.

©Tous droits réservés. OCDE 2016