Eau : débloquer les financements

©Roy Philippe/HEMIS.FR

L’amélioration des systèmes d’eau est un défi, leur financement en est un autre. Dans la plupart des pays, les autorités publiques assurent la mise en place et le financement des infrastructures hydrauliques. Cependant, entre budgets publics limités et prudence des banques en matière de crédit, ce modèle est soumis à des pressions de plus en plus fortes.

Faute d’un modèle de financement générique convenant à toutes les situations, il faut identifier, examiner et exploiter chaque type d’infrastructure et chaque source de financement, en adéquation avec le type d’investissement requis et les besoins.

Des entrepreneurs locaux créeront des projets à petite échelle, ou de grandes infrastructures verront le jour à des fins diverses, comme la production industrielle ou d’énergie. Certains investissements feront appel à des écosystèmes verts pour fournir, stocker ou filtrer l’eau.

Non seulement ces infrastructures auront des besoins de financement différents, mais elles ne seront pas financées de la même manière : marchés de capitaux, prêts, fonds, dépenses publiques, etc. Les grands barrages et réservoirs, par exemple, représentent des investissements lourds et de longue durée. En Chine, les autorités estiment que le barrage des Trois Gorges pourrait coûter plus de 22 milliards USD, comprenant les coûts de construction, de réinstallation des habitants et de financement. En outre, ces coûts ne seront amortis que dix ans après la mise en service.

Ces grands projets sont souvent financés par de grandes banques de développement, comme la Banque asiatique de développement et la Banque mondiale, et par des investisseurs institutionnels comme les fonds de pension. Mais d’autres sources de financement à long terme apparaissent, notamment des fonds souverains et des philanthropes, ou de nouveaux groupes comme la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures dirigée par la Chine et inaugurée en mars 2015.

Cependant, avant de se lancer dans un projet aussi vaste qu’un barrage, les décideurs doivent se poser plusieurs questions. Pourra-t-on revenir en arrière et l’ouvrage aura-t-il encore de la valeur dans 25, 50 ou 100 ans ? Les exemples d’installations devenues inutiles ou sous-exploitées sont fréquents, comme l’usine de dessalement de Sydney, construite lors d’une sécheresse grave mais temporaire, ou certains barrages sur la Loire qui font l’objet d’un démantèlement coûteux. L’adoption, lors de la planification des projets, d’une approche plus anticipative fondée sur les valeurs d’option aurait peut-être empêché la construction de ces infrastructures.

D’autres questions élémentaires peuvent, si on les néglige, coûter cher : cette station d’épuration flambant neuve est-elle adaptée au réseau, et son bon fonctionnement ne sera-t-il pas conditionné à toute une série de coûts structurels ? Une bonne planification permet de réaliser des économies et de créer plus de valeur.

Les meilleurs projets ne sont pas nécessairement les plus grands. Des projets plus modestes et moins onéreux peuvent se révéler plus performants, plus flexibles et beaucoup plus faciles à financer. Les politiques encourageant les ménages à acheter des appareils hydro-économes, par exemple, ou incitant les agriculteurs à investir dans des cultures et des techniques d’irrigation sobres en eau, sont non seulement économiquement rationnelles, mais offrent une certaine souplesse face au changement climatique.

De fait, il faudrait systématiquement inclure les gains d’efficacité et de flexibilité dans toute politique de l’eau. En outre, en cas de problème, les autorités devraient intervenir dès que possible pour éviter une accumulation des coûts : si Sao Paulo avait cherché à remédier aux pénuries d’eau il y a cinq ans, les solutions auraient probablement coûté moins cher qu’aujourd’hui. De même, l’entretien régulier des équipements hydrauliques existants, comme les canalisations, peuvent permettre des économies à long terme, comme le découvrent actuellement les pays de l’OCDE.

Des solutions « vertes » innovantes pourraient également être plus économiques que les lourdes et coûteuses solutions « grises ». Des villes comme Philadelphie en font l’expérience : plutôt que de construire une nouvelle station d’épuration pour les eaux de ruissellement provenant des rues et des parcs de stationnement, les autorités envisagent de remplacer les surfaces dures par des surfaces poreuses spongieuses dans lesquelles l’eau pourra s’infiltrer, ce qui coûtera cinq fois moins cher.

Pour attirer des financements, il importe que les décideurs publics proposent des projets adaptés réellement bancables, qui soient capables d’attirer divers investisseurs appropriés. Les financiers réfléchissent en termes de ratio risque/rémunération : en général, ils ne se lanceront dans un projet à faible rendement que s’ils jugent ce rendement constant et sans risque, et soutiendront des investissements plus risqués en échange de rendements plus élevés.

Les décideurs publics ne doivent pas oublier que les entreprises privées impliquées dans les systèmes d’eau pourraient contribuer elles-mêmes au financement. Ils seraient bien avisés de créer un environnement économique et règlementaire innovant, propice à la participation des entreprises, qui apporteraient ainsi non seulement leurs compétences techniques et de gestion, mais aussi de précieux actifs financiers. Rory J. Clarke

Pour plus d’information sur l’eau et son financement, veuillez contacter Xavier.Leflaive@oecd.org

Water: Fit to Finance? Catalysing National Growth through Investment in Water Security, rapport du Groupe de haut niveau sur le financement des infrastructures pour la sécurité de l’eau à l’échelle mondiale (High-Level Panel on Financing Infrastructure for a Water Secure World), une initiative conjointe de l’OCDE et du Conseil mondial de l’eau

OCDE (2012), A Framework for Financing Water Resources Management, Éditions OCDE

©L'Observateur de l'OCDE n°302, Avril 2015

Pour aller plus loin:

Programme de l'OCDE sur la gouvernance de l'eau

L'eau, un empire à préserver

Le défi de l'eau : la réponse de l'OCDE




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