Libérer l’investissement pour une croissance et des emplois durables

Cette année, la Réunion du Conseil de l’OCDE au niveau des ministres, que nous avons l’honneur de présider, traitera de l’investissement. Le moment ne pourrait être mieux choisi. Si les perspectives de croissance se sont améliorées, il reste encore  beaucoup à faire. L’investissement a été particulièrement touché par la crise et doit encore se remettre. Or, le besoin d’investissement n’a jamais été aussi impérieux, à une époque où nous sommes confrontés à des enjeux complexes dans les domaines du climat, de l’infrastructure, de l’eau, de l’économie numérique et du capital humain. Heureusement, le contexte est assez propice à l’investissement. Tous les acteurs, publics et privés, doivent agir ensemble pour libérer l’investissement à l’appui d’une croissance et d’emplois durables. Le Forum de l’OCDE, qui se tient juste avant la réunion ministérielle, offre une occasion unique de définir la stratégie à suivre.

Dans les économies avancées, l’investissement privé a baissé de 25 % en moyenne, et il a perdu jusqu’à 40 % dans certains des pays les plus touchés par la crise. Il s’agit de reculs sévères, d’autant que l’investissement reste faible et ne fait qu’amorcer une reprise timide.

L’une des raisons en est la réticence des entreprises à investir face à des perspectives économiques qu’elles estiment moroses. Une autre raison, plus structurelle, tient à ce que les économies de l’OCDE se détournent de plus en plus de la production de biens pour aller vers celle de services, qui peuvent sembler requérir moins d’investissements. Les services numériques se multiplient, les entreprises assoient de plus en plus leur compétitivité sur la recherche-développement ou sur leur marque commerciale, et régulièrement, de jeunes entreprises prometteuses annoncent la « prochaine révolution industrielle ». La valeur en est plus difficile à mesurer, mais il s’agit là aussi d’investissement.

L’investissement se redressera en même temps que l’économie, mais nous devons être plus ambitieux et soutenir la reprise plus activement en procédant à des changements structurels, notamment en veillant à ce que les secteurs public et privé coopèrent : le secteur public en instaurant un environnement favorable, le secteur privé en mobilisant les investissements nécessaires.

Les gouvernements doivent mettre en place une réglementation intelligente qui ne soit pas trop contraignante et un environnement réglementaire stable. Ils doivent également garantir la règle de droit et des règles du jeu équitables. Comme l’ont montré les travaux de l’OCDE, il existe de multiples façons d’améliorer nos politiques, qu’elles portent sur la transition vers une économie numérique et une énergie propre, ou sur l’ouverture des échanges et de l’investissement. Selon l’OCDE, la mise en œuvre de vastes réformes permettrait à ses membres de gagner jusqu’à 10 % de croissance en moyenne ; les retombées potentielles sont par conséquent considérables. Une fois un cadre d’action stable instauré, le secteur privé peut intervenir, notre rôle étant de veiller à ce que chacun contribue aux objectifs publics.

Heureusement, les conditions sont favorables. Les taux d’intérêt sont au plus bas dans la plupart des pays, ce qui représente une aubaine pour l’investissement. Les recherches menées par l’OCDE montrent que sur les marchés de capitaux, le pire est passé, même si certaines petites et moyennes entreprises continuent de rencontrer des difficultés. Les entreprises plus grandes renouent avec la rentabilité et détiennent de nombreuses liquidités. Le financement n’est donc plus une contrainte, comme il l’était au plus fort de la crise. En outre, les entreprises comprennent de mieux en mieux les « justifications commerciales » de la durabilité. Aujourd’hui, elles doivent adopter une conduite responsable pour faire des profits, une stratégie que les chefs d’entreprise sont de plus en plus nombreux à adopter.

Surtout, le besoin d’investissement n’a jamais été aussi impérieux, face aux enjeux que représentent le climat, l’énergie, l’innovation, l’eau et le développement. D’où notre énergie proviendra-t-elle en 2050 ? Comment ferons-nous face aux conséquences du changement climatique ? Comment assurer une alimentation suffisante et saine à une population mondiale en expansion ?

La promotion de l’investissement ne doit pas être une fin en soi. L’investissement sert des objectifs spécifiques et importants. À court terme, il est nécessaire pour créer de la croissance et des emplois, et il est source de retombées majeures à long terme.

En matière de climat, les investissements mondiaux dans la prévention et l’adaptation se chiffrent à plusieurs milliers de milliards. En tant que pays engagé dans une lutte sans fin contre l’élévation du niveau de la mer, nous savons bien, aux Pays-Bas, ce que cela signifie. L’Agence internationale de l’énergie estime que nous devrons investir à l’échelle mondiale plus de 50 000 milliards USD d’ici 2035 pour empêcher que la hausse des températures ne soit supérieure à 2°C.

Il est urgent d’investir dans l’innovation. Le vieillissement démographique exige une hausse de la productivité afin de maintenir la croissance et de garantir la viabilité des systèmes de pensions, de santé et autres services publics. L’innovation nécessite en outre des investissements dans le capital humain – un facteur essentiel, quoique plus difficile à évaluer. Nous devons donner à tous ceux qui souhaitent nous aider à relever ces défis les moyens d’agir. C’est la raison pour laquelle nous devons coopérer, une stratégie que nous suivons aux Pays-Bas dans le domaine de l’énergie : après un dialogue avec tous les acteurs concernés, nous avons élaboré un plan à long terme. S’il est encore trop tôt pour en prédire l’issue, il a été favorablement évalué dans les précieux examens par les pairs de l’OCDE. Je suis persuadé que c’est par des accords comparables à celui-ci que nous résoudrons les défis mondiaux à l’avenir. Ils font partie des pratiques optimales que nous souhaiterions mettre en commun à l’OCDE afin de permettre à tous les pays de profiter de notre expérience.

La Réunion du Conseil de l’OCDE au niveau des ministres est une excellente occasion de poser les premiers jalons vers des accords internationaux et de partager nos meilleures pratiques dans divers domaines. Il s’agit de l’un des principaux atouts de l’OCDE : fournir les connaissances et l’enceinte nécessaires à un débat concret sur les réponses les plus efficaces des pouvoirs publics aux enjeux mondiaux.

Mon ambition est d’investir dans l’avenir. Ensemble, nous pouvons libérer l’investissement au service d’une croissance et d’emplois durables.

Pour aller plus loin:

Présentation du Premier Ministre des Pays Bas

Travaux de l'OCDE sur l'investissement

Travaux de l'OCDE sur la croissance verte et le développement durable

www.oecd.org/fr/paysbas




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