Les échanges mondiaux au secours de la reprise

Il y a un peu plus d’un an, l’OCDE et l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ont présenté une nouvelle base de données sur les échanges mesurés en valeur ajoutée (ÉVA). Les observations faites grâce à ÉVA révolutionnent notre connaissance des échanges, de l’investissement et de la production dans le monde. Prenons par exemple les chaînes de valeur mondiales (CVM), qui occupent maintenant une place prépondérante dans l’économie mondiale. Un article produit dans l’Union européenne et exporté vers les États-Unis peut englober des matières premières venues de Chine et de Malaisie et des services fournis au Japon ou en Inde. Les biens et services ne sont plus produits par une entreprise dans un pays donné et vendus aux consommateurs d’un autre pays ; la production est fragmentée, les composants franchissent de multiples frontières, tandis que la valeur ajoutée du produit s’accroît à chaque étape.

Quelle importance pour les décideurs ?

Tout d’abord, les procédures douanières peu efficaces entraînent des coûts inutiles à chaque fois qu’un produit échangé traverse une frontière : l’OCDE estime qu’une réduction de 1 % de ces coûts se traduirait par des bénéfices de 40 milliards USD environ. L’Accord sur la facilitation des échanges (AFE) conclu par l’OMC à Bali permet dès maintenant de limiter ces coûts inutiles. L’OCDE a estimé récemment que la mise en œuvre de l’AFE pourrait faire baisser le coût des échanges de 15 % dans certains pays. Chacun a donc intérêt à agir sans tarder (voir le graphique).

En outre, les intrants intermédiaires sont désormais majoritaires dans les échanges, puisqu’ils représentent plus de 50 % des échanges de biens et près de 75 % des échanges de services. Les entreprises veulent accéder à des intrants de première qualité pour accroître leur productivité, améliorer leur compétitivité et exporter avec succès. Dans le monde actuel, interconnecté, il est non seulement important d’éviter de nouvelles formes de protectionnisme, mais aussi de renoncer aux mesures restrictives pour aider les entreprises à importer et à exporter. L’activité et la croissance économique seront ainsi renforcées.

Par ailleurs, les analyses de l’OCDE montrent que les secteurs des services jouent un rôle fondamental dans les CVM performantes. Ils représentent en effet 80 % de l’emploi, 75 % du PIB et 50 % des exportations à valeur ajoutée dans les économies émergentes et avancées. De la finance à la logistique, les services contribuent aussi de manière essentielle aux secteurs manufacturiers concurrentiels. Le nouvel Indice de restriction des échanges de services (IRES) permet aux grands fournisseurs de services d’évaluer leurs résultats par rapport aux meilleures pratiques mondiales et d’étudier les possibilités de progresser (voir le graphique).

Enfin, nous devons reconnaître que certains pays moins avancés et petites entreprises, absents des CVM, risquent de se trouver distancés. L’ouverture des échanges et de l’investissement doit s’accompagner de politiques efficaces, qui pourront varier selon le stade de développement et la dotation en ressources des pays, par exemple. Mais un élément au moins leur sera commun : l’investissement dans les personnes, dans l’éducation et les compétences, dans les politiques actives du marché du travail qui contribuent à l’adéquation entre l’offre et la demande de main-d’œuvre, et dans des filets de sécurité sociale adéquats pour ceux qui rencontrent des difficultés d’ajustement. L’ouverture des échanges offre des possibilités nouvelles, que des réformes plus larges des politiques structurelles peuvent contribuer à concrétiser. Les mesures de soutien à des secteurs particuliers, en revanche, qui visent souvent à « sélectionner les gagnants », ont tendance à fausser la concurrence internationale et ne donnent guère de résultats probants.



Pour toutes ces raisons, l’OCDE soutient fermement les efforts du G20 pour mieux intégrer les échanges et l’investissement, et en faire les éléments essentiels d’un cadre solide, équilibré et durable pour une croissance inclusive, des emplois plus nombreux et de meilleure qualité, et un développement généralisé.

Au-delà des réformes nationales des politiques structurelles et des travaux du G20, l’OMC joue un rôle central en veillant au bon fonctionnement d’un système commercial multilatéral fondé sur des règles, qui constitue clairement la solution optimale pour stimuler les échanges, la croissance et l’emploi.

Cependant, avec l’arrêt des négociations à l’OMC, de nombreux pays se tournent en second choix vers des accords commerciaux régionaux (ACR) et plurilatéraux pour ouvrir les marchés. L’OCDE a constaté que beaucoup d’ACR allaient au-delà des règles multilatérales sur l’investissement, les mouvements de capitaux et de personnes, la concurrence et les entreprises publiques, le commerce électronique et la lutte contre la corruption. On observe une nette tendance à la hausse de ces engagements « OMC-plus » parmi les membres de l’OMC. Cette convergence croissante des intérêts est de bon augure, au moins sur le plan technique, car elle laisse pressentir des engagements similaires au niveau multilatéral. Des initiatives méga-régionales récentes, comme le Partenariat transpacifique, le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement et le Partenariat économique régional entre les pays de l’ASEAN, permettent aussi de répondre aux questions essentielles de politique commerciale dans une zone géographique beaucoup plus étendue.


Au niveau unilatéral, régional ou multilatéral, les efforts à accomplir pour que les politiques commerciales ou d’investissement et les mesures complémentaires donnent l’élan nécessaire à l’activité économique mondiale suscitent un vif intérêt. Il reste à traduire cet intérêt en actions.

Références

Voir www.oecd.org/fr/echanges 

La banque de données OCDE-OMC sur les Échanges en valeur ajoutée (ÉVA) peut être consultée à partir du portail statistique de l’OCDE http://stats.oecd.org sous l’onglet « Échanges internationaux et balance de paiements », ou par le site de l’OMC www.wto.org/miwi


Ash, Ken (2013), « De l’importance des négociations UE/États-Unis sur les échanges et l’investissement », L’Observateur de l’OCDE n°  297, T4 2013

Ash, Ken (2012), « Échanges : les faits », L’Observateur de l’OCDE n° 293, T4 2012

Lord Green (2013), « Made in the world : Une nouvelle vision des échanges », L’Observateur de l’OCDE
n° 294, T1 2013


Pour tous ces articles, voir www.observateurocde.org

OCDE (2013), Économies interconnectées : Comment tirer parti des chaînes de valeur mondiales, Éditions OCDE

OCDE, OMC et Groupe de la Banque mondiale (2014), Global Value Chains: Challenges, Opportunities and Implications for Policy, rapport à l’intention du G20

OCDE (2014), Multilateralising Regionalism: Strengthening Transparency Disciplines in Trade, OECD Trade Policy Paper n° 152

© L’Observateur de l’OCDE n°300, T3 2014




Données économiques

Courriel gratuit

Recevez les dernières nouvelles de l’OCDE :

Flux Twitter

Abonnez-vous dès maintenant

Pour recevoir notre édition papier en anglais par courrier


Edition en ligne
Editions précédentes

Ne manquez pas

  • G20: « Le temps est venu d’accroître les dépenses publiques » (Le Monde)
  • En France, les inégalités salariales se réduisent chaque année. Les salaires des femmes cadres de moins de 30 ans sont « seulement » inférieurs de 5 % à celui des hommes, selon l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) dans une étude publiée en mars 2015.Les réseaux féminins ont-ils encore un rôle à jouer dans le monde du travail ? (Le Monde)
  • Pourquoi les fils d’immigrés ne réussissent-ils pas à l’école aussi bien que leurs sœurs? Un article du journal Le Monde.
  • L'intégration rapide des réfugiés est la clé de la croissance économique en Europe, selon le FMI et l'OCDE, présents à Davos, le forum économique mondial qui se déroule du 20 au 23 janvier. Lire l'article du Monde ici.

  • Expliquez-nous... l'OCDE par FranceInfo
  • "Nous avançons à une vitesse d'escargot" sur le climat, estime Ban Ki-moon. Le secrétaire général des Nations Unies confie au journal Le Monde son optimisme sur la conclusion d’un accord international permettant de contenir le réchauffement en cours, en dépit des obstacles.
  • La France est "l'un des pays où l'anxiété en classe est la plus fortement ressentie" explique Eric Charbonnier, analyste à l'OCDE.
  • Après le vote des mesures sociales demandées par l'Union européenne et le FMI, prévu pour le 22 juillet au soir, le gouvernement grec "va reprendre immédiatement les négociations avec les institutions, UE, BCE et FMI, qui doivent durer jusqu'au 20 août au plus tard".
  • Peut-on réduire l'immigration légale? Le député français de l’Yonne Guillaume Larrivé, membre de l'opposition, a proposé que les parlementaires fixent des plafonds d’immigration annuels. Thomas Liebig, spécialiste des migrations internationales à l’OCDE, analyse cette proposition pour le journal La Croix.
  • "Les 40% les plus pauvres, les classes moyennes, manquent de moyens pour investir dans le capital humain", explique à L'Express l'économiste Michael Förster, spécialiste des inégalités à l'OCDE.
  • La lutte contre le travail au noir franchit un nouveau seuil. Selon le bilan 2014 publié par Les Echos, le montant total des redressements imposés par les Urssaf pour « travail dissimulé » s’est élevé à 401 millions d’euros, contre 320 millions l’année précédente.
  • Le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon rallie le soutien de l’OCDE: « 2015 est une année des plus cruciales pour l’humanité ».

Articles les plus lus

Blog OECD Insights

NOTE: Les articles signés expriment l’opinion de leurs auteurs
et pas nécessairement celle de l’OCDE ou de ses pays membres.

©Tous droits réservés. OCDE 2016