Fukushima : leçons de reconstruction

©OCDE/Marco Illuminati

En ce week-end du 30 août, huit immenses ballons venus du Japon flottent à l’ombre de la Tour Eiffel en mémoire de l’une des pires catastrophes naturelles de l’histoire contemporaine, pour marquer la détermination des survivants à reconstruire leur région.

Les ballons ont été installés par des élèves participant au projet pédagogique novateur OCDE-Tohoku, lancé dans le nord-est du Japon après le séisme et le tsunami dévastateurs de mars 2011. Voilà deux ans et demi qu’une centaine de jeunes de la région du Tohoku − la région de Fukushima − travaillent ensemble pour organiser, à Paris, une manifestation destinée à promouvoir leur région et montrer qu’elle se reconstruit.

« Les adultes ne sont pas les seuls à œuvrer pour que notre région redevienne prospère, les jeunes aussi », explique Yurina Sato du collège de Yanagawa, dans la préfecture de Fukushima. « C’est un message clair adressé aux habitants : nous allons de l’avant. »

Aux pieds de la Tour Eiffel, les élèves ont présenté les fruits de leurs travaux. Pendant deux jours, ils ont déroulé sur le Champ-de-Mars, au cœur de Paris, un vaste programme d’activités, articulé autour du séisme et du tsunami du 11 mars 2011, et de l’accident nucléaire de Fukushima-Daiichi, avec la reconstruction de la région du Tohoku comme fil conducteur.

Les visiteurs ont aussi pu découvrir la culture locale, à travers notamment une « danse du cerf » endiablée. Cette danse traditionnelle a acquis une signification nouvelle : les costumes élaborés des danseurs et les tambours donnant la cadence ont en effet réchappé à la catastrophe et sont désormais, dans la région, un symbole de ténacité.

C’est toutefois vers l’avenir qu’étaient tournés la plupart des projets menés par les élèves. Une équipe de l’école Yanagawa a travaillé avec un producteur local pour créer une nouvelle gamme de gelées de
fruits, maintenant commercialisée au niveau local. « Nous en avons vendu au moins 8 000, annonce Yurina, nous voulons soutenir notre industrie locale. »

Rien d’étonnant à ce que les besoins énergétiques de la région aient occupé bien des esprits. Kaoro Kanno fait partie d’un groupe d’élèves du lycée Adachi qui se sont intéressés à la mesure des niveaux de rayonnement aux alentours de l’établissement et aux possibilités offertes par les énergies renouvelables. « La catastrophe a marqué un tournant, déclare Kaoro, nous devons agir sans attendre. Si nous ne saisissons pas notre chance, avons-nous pensé, qui le fera ? ». Des camarades de Kaoro se sont penchés sur l’utilisation des sources chaudes de la région pour produire une énergie durable et espèrent avoir ainsi ouvert la voie à des réalisations concrètes.

En plus d’apporter aux élèves de nouvelles compétences utiles, le projet pédagogique OCDE-Tohoku se révèle riche d’enseignements pour le système éducatif japonais. À contre-courant de l’enseignement et de l’apprentissage traditionnels, ce sont ici les élèves qui tiennent les rênes. « Dans ce projet, l’initiative appartient aux élèves et non aux enseignants ou à l’école, précise Chikato Nakamura. La différence est de taille. »

C’est Chikato et son équipe originaire d’Iwaki qui ont eu l’idée d’installer des ballons au-dessus du Champ-de-Mars. Déambulant en-dessous d’eux, Chikato explique que les quatre ballons bleus s’élèvent à un peu plus de 21 mètres, soit la hauteur du tsunami. En face, quatre ballons rouges symbolisent la détermination des habitants du Tohoku à se relever de la catastrophe.

Chikato est plein d’espoir, non seulement pour l’avenir de sa région, mais aussi pour le retentissement du projet dans les autres écoles du pays : « La pédagogie de projet devrait prendre davantage de place dans le système éducatif japonais, estime-t-il. Étudier avec du papier et un crayon, ce n’est pas vraiment apprendre. Agir en dehors de la classe, voilà qui est formateur. »

Tous nos remerciements à Saki Kinnan, de l’Université d’Osaka, pour l’aide apportée à la traduction.

Article paru en anglais sur le site http://oecdinsights.org le 1er septembre 2014

Voir http://oecdtohokuschool.sub.jp et http://oecdeducationtoday.blogspot.fr

©L'Observateur de l'OCDE n°300, T3 2014

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