L’économie australienne

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L’économie australienne a été l’une des plus performantes de la zone OCDE, mais elle est aujourd’hui confrontée à des défis majeurs.

Le revenu par habitant de l’Australie, même corrigé du coût de la vie, est l’un des plus élevés de la zone OCDE. Ces dernières années, le niveau de vie a été stimulé par l’envolée des prix des produits de base et des volumes d’exportations, qui a renforcé le pouvoir d’achat du dollar australien à l’étranger et suscité des investissements massifs en nouvelles installations de transformation des ressources naturelles, comme en témoignent les marchés ambitieux passés avec des entreprises japonaises du secteur de l’énergie pour la construction d’usines de traitement du gaz naturel liquéfié. Le chômage est par ailleurs relativement bas.

L’Australie obtient aussi des résultats remarquables dans les indicateurs de bien-être, notamment la vie sociale, l’engagement civique et la santé (voir ici).  

Néanmoins, les prix des produits de base ont atteint leur record. Dans les secteurs exportateurs clés du charbon et des minerais de fer, les prix baissent, détériorant les termes de l’échange et dépréciant le dollar australien. En outre, les investissements dans les ressources naturelles arrivent à saturation. L’Australie devra donc s’adapter grâce à d’autres activités économiques comme le tourisme et d’autres services destinés à la région Asie-Pacifique, sous l’impulsion d’un taux de change plus compétitif.

L’explosion des prix des logements dans certaines agglomérations fait craindre un possible réajustement, comme cela s’est produit dans certaines économies de l’OCDE. Cette explosion constitue un bienfait relatif pour l’économie australienne. Elle a certes entraîné la construction de nouveaux logements, contrebalançant de façon opportune le repli d’activité dans le secteur des ressources naturelles, et renforcé la confiance des ménages. Mais elle soulève des questions en termes de coût du logement, et un éventuel effondrement des prix représente un risque macroéconomique. Bien entendu, la Banque centrale et les autorités de règlementation financière suivent de près l’évolution de la situation.

Pour résumer, le rééquilibrage en faveur des secteurs non liés aux ressources risque de ne pas se faire sans heurts. Les scénarios les plus pessimistes font intervenir un événement extérieur. Par exemple, une chute brutale des prix des produits de base pourrait entraîner une très forte dépréciation du taux de change, les investisseurs se débarrassant alors de leurs actifs australiens. Cette situation difficile pourrait empirer si les secteurs non liés aux ressources tardaient à profiter des conditions favorables résultant de la baisse du taux de change. Pour être préparé à de telles éventualités, il faut un arsenal budgétaire fourni pour résister à une récession et appuyer la reprise si nécessaire. C’est pourquoi, alors que la dette publique et le déficit budgétaire australiens soutiennent la comparaison au niveau international, l’objectif public d’un excédent budgétaire d’ici le début des années 2020 est bien accueilli. Cette politique aidera aussi les décideurs australiens à affronter les problèmes à plus long terme, par exemple le vieillissement de la population. Même si ce phénomène n’est pas aussi rapide que dans d’autres pays de l’OCDE, il ne sera pas simple de garantir un revenu suffisant aux retraités et de financer des dépenses de santé toujours plus lourdes.

Pour améliorer le niveau de vie moyen en Australie, il faudra un relèvement de la productivité dans la quasi-totalité des secteurs, et les pouvoirs publics devront déployer des efforts constants et résolus pour instaurer des conditions macroéconomiques et structurelles plus favorables pour les entreprises, renforcer les compétences des travailleurs, et accroître encore l’efficience des services publics.

Il ne suffit pas de relever le niveau de vie moyen, cependant, pour s’assurer du caractère inclusif de la croissance. Sur le plan des inégalités et de la pauvreté relative, les performances australiennes sont moyennes. En particulier, malgré plusieurs décennies d’attention de la part des pouvoirs publics, d’importants écarts socioéconomiques subsistent entre les Aborigènes et le reste des habitants. Les Aborigènes, qui représentent environ 3 % de la population, ont une espérance de vie inférieure d’une dizaine d’années à la moyenne nationale, et leur taux d’emploi est de 25 points de pourcentage plus faible.

L’Australie doit relever plusieurs défis environnementaux. Le changement climatique y menace particulièrement la faune et la flore, ainsi que la production agricole. Les autorités se sont saisies de la question et finissent actuellement d’élaborer un mécanisme de réduction des gaz à effet de serre en remplacement de la taxe carbone, abrogée. De plus, une grande partie de la population vit dans des villes ou des banlieues étendues, organisées en fonction des déplacements en voiture, induisant des embouteillages, une pollution locale de l’air et un gaspillage d’énergie. L’Australie rencontre également des difficultés pour assurer son approvisionnement en eau et atténuer les risques de sécheresse.

Dans l’ensemble, l’Australie est bien équipée pour traiter ces problèmes. Les cadres et mécanismes institutionnels d’élaboration des politiques ont fait leurs preuves, et les réformes des politiques publiques sont habituellement motivées par le pragmatisme de la réflexion économique.

L’Australie est à la pointe de l’action publique dans de nombreux domaines. Sur le front de l’emploi, par exemple, elle a été l’un des premiers pays à recourir à des marchés incitatifs avec des agences de recrutement privées pour aider les chômeurs à retrouver du travail. Mais il existe des domaines où l’Australie doit s’améliorer. Prenons les infrastructures de transport : elles souffrent de lacunes évidentes et, plus généralement, il est difficile d’assurer la rentabilité des investissements existants. Les résultats éducatifs pourraient également être meilleurs. Ainsi, le score obtenu par l’Australie selon l’enquête PISA de l’OCDE, qui compare les résultats des élèves de 15 ans à l’échelle internationale, est supérieur à la moyenne de la zone OCDE mais inférieur à celle des pays les mieux classés.

Dans une Étude économique de l’Australie à paraître, l’OCDE évalue les progrès accomplis. Elle résume l’évolution des politiques monétaire et budgétaire, ainsi que les réformes structurelles menées dans plusieurs secteurs. En outre, elle examine en profondeur le système australien de prélèvements et de prestations, en étudiant les possibilités de modification de la structure fiscale pour favoriser la croissance. Elle étudie également les rôles et responsabilités au sein du système fédéral. Les dépenses des États australiens, notamment, sont largement supérieures aux recettes provenant de leurs propres bases d’imposition, la différence étant comblée par d’importants transferts (dont certains sont assortis de conditions) depuis l’administration centrale. Ce déficit contribue à l’avancement de la mise en œuvre des stratégies nationales, mais implique une moindre autonomie des États.

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L’économie australienne a brillé ces dernières années : elle a fait partie du cercle très restreint des pays de l’OCDE qui ont échappé à une récession lors de la crise financière mondiale de 2008-2009, et a exploité sa situation géographique et mobilisé des ressources pour nouer des relations commerciales et d’investissement en Asie. Avec les bonnes politiques économiques, les Australiens peuvent rêver d’un avenir encore plus radieux au cours des prochaines années.

Références

OCDE (2014), Études économiques de l’OCDE : Australie 2014, Éditions OCDE, Paris

Voir également la page www.oecd.org/fr/australie.

Pour plus d’informations sur le Programme international de l’OCDE pour le suivi des acquis des élèves (PISA), voir la page www.oecd.org/pisa.

©L'Observateur de l'OCDE n°300, T3 2014

Lire aussi :

L'Australie et l'Asie : la force de la proximité

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