Un nouveau paradigme pour la croissance

Dennis George

Économie émergente au parcours hors norme, l’Afrique du Sud se retrouve depuis peu en proie à des difficultés économiques. Nous avons interrogé Dennis George, Secrétaire général de la FEDUSA, au sujet de leurs conséquences et des dispositions que le G20 et le gouvernement sud-africain devraient prendre pour que le pays renoue avec une croissance vigoureuse.

L’Observateur de l’OCDE : Le contexte économique mondial vous préoccupe-t-il ?

La Fédération syndicale d’Afrique du Sud (FEDUSA) est préoccupée par les dangereux écueils qui guettent l’économie mondiale. Ses perspectives sont incertaines et inégales, et la sortie progressive de l’assouplissement quantitatif aux États-Unis pourrait bien détourner les flux de capitaux des économies émergentes – ce qui serait cause d’instabilité pour l’Afrique du Sud – et se traduire par une très forte volatilité, voire porter un rude coup aux économies comme la nôtre. Depuis le début 2014, le ralentissement de l’activité en Afrique du Sud est tel que le ministre des Finances, Nhlanhla Musa Nene, a ramené à 1,4 % sa prévision de croissance du PIB pour cette même année. Des vents contraires soufflent sur notre économie : croissance atone, chômage de masse, instabilité des relations professionnelles, pressions inflationnistes, creusement du déficit public et aggravation du déficit de la balance courante.

Le ralentissement de la croissance a découvert les faiblesses et contraintes structurelles de l’économie sud-africaine. Les problèmes d’alimentation en électricité, le déficit de compétences, l’inadéquation des transports ou encore la piètre qualité des relations professionnelles et le manque de considération pour la négociation collective ne pourront être résolus qu’avec l’adoption d’un nouveau modèle de gouvernance par le gouvernement, les employeurs, les travailleurs et la société civile. L’éradication de la pauvreté, des inégalités et du chômage, enjeu essentiel s’il en est, doit s’engager d’urgence. Il faut sans tarder rendre la croissance plus inclusive et créer des emplois de qualité, et le secteur privé doit jouer un rôle plus actif à cet égard à travers l’investissement, pour renforcer l’intensité de main-d’œuvre de cette croissance.

Quelles sont les conséquences pour les Sud-Africains ?

À en croire le rapport Statistics South Africa, le chômage a légèrement fléchi au troisième trimestre 2014, passant de 25,5 % à 25,4 %. Toutefois, le taux de chômage seul ne suffit pas à dépeindre la situation du marché du travail. La durée du chômage est également révélatrice, surtout dans un pays où les prestations de substitution sont limitées. La progression du chômage de longue durée est symptomatique des problèmes structurels du marché du travail, et il est à craindre que les chômeurs ne se découragent et perdent petit à petit leurs compétences et, partant, leur employabilité.

L’Afrique du Sud compte environ 5 millions de chômeurs, dont 1,7 millions de courte durée (entre trois mois et un an) et 3,3 millions de longue durée (entre un et cinq ans). L’économie pourrait s’en ressentir, aussi bien à court terme, du fait du recul de la demande globale avec la baisse de la consommation, qu’à long terme, puisque la croissance en est d’autant moins inclusive.

Quelles devraient être, selon vous, les priorités du G20 en général et de l’Afrique du Sud en particulier ?

Les partenaires sociaux, en Afrique du Sud, doivent unir leurs forces pour lever les contraintes structurelles et ainsi encourager l’investissement et créer des emplois de qualité grâce au développement de l’apprentissage et des programmes de développement des compétences destinés spécialement aux chômeurs de longue durée et aux femmes. Le cadre consultatif devrait répondre à un nouveau modèle de gouvernance, reposant sur un dialogue social constructif, la confiance et la collaboration pour donner des relais viables à un pacte social renégocié. Formaliser l’emploi par l’instauration de salaires minimums sectoriels, le respect des droits des travailleurs et les socles de protection sociale est, dès lors, indispensable pour élargir la classe moyenne et assurer une distribution équitable des revenus. L’aménagement du territoire est essentiel pour créer des emplois là où vivent les populations et réduire les coûts de transport pour les travailleurs.

L’Afrique du Sud jouit d’un immense potentiel sur le plan de l’économie verte et du développement rural, et doit soutenir l’un et l’autre pour inverser les flux migratoires, des villes vers les zones rurales, où le gouvernement devrait réaliser des investissements d’infrastructures pour attirer les fonds du secteur privé. La faiblesse de la demande en Union européenne, au Japon et aux États-Unis, nos traditionnels marchés d’exportations, met en difficulté nos entreprises orientées vers l’international, qui sont le moteur de notre économie. Ces entreprises doivent impérativement se tourner vers les pays d’Afrique subsaharienne pour trouver de nouveaux débouchés et ainsi redynamiser la croissance ; c’est ce que révèle la récente envolée des exportations de produits manufacturés vers les pays de la Communauté de développement de l’Afrique australe. La re-réglementation du secteur financier et l’interdiction des prix de transfert permettraient de protéger la base d’imposition nationale, de réduire le déficit budgétaire et de stabiliser la dette publique.

Voir www.fedusa.org.za.

© L'Observateur de l'OCDE n°300, T3 2014




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