Le G20 doit remettre l’économie mondiale en marche pour les travailleurs !

©Andrew Biraj/Reuters

Alors que les dirigeants du G20 observent, désemparés, une économie mondiale alliant croissance faible, chômage élevé et creusement des inégalités, ils devraient se répéter que cette réalité n’est pas une fatalité. Le FMI, revoyant à la baisse ses prévisions de croissance, a admis que la reprise était trop lente et fragile, tout en reconnaissant le problème des inégalités de revenus. L’OCDE, dans son rapport sur les Nouvelles approches face aux défis économiques (NAEC) et dans son édition 2014 des Perspectives de l’emploi, constate que l’aggravation des inégalités affecte la croissance économique et la cohésion sociale, sapant la confiance dans les marchés et les institutions.

Depuis que la crise a éclaté, le Labour 20 (L20) appelle à tourner le dos à l’austérité. Si les pays du G20 veulent atteindre l’objectif, convenu par les ministres des Finances, d’une hausse supplémentaire de 2 % du PIB sur les cinq prochaines années, ils devront infléchir leur stratégie. Pour combler le déficit d’emplois dû à la crise en créant les 81 millions d’emplois nécessaires d’ici à 2018, il faut changer. Telle est la réalité, qui appelle des réponses claires.

Selon les modélisations du L20, relever les salaires et l’investissement dans les infrastructures dans les pays du G20 pourrait, par rapport au statu quo, créer jusqu’à 5,84 % de croissance supplémentaire et
33 millions d’emplois. L’économie mondiale est globalement tirée par les salaires : mieux les gens sont rémunérés, plus ils dépensent en biens et en services. À l’inverse, chaque baisse d’un point de pourcentage de la part salariale ôte 0,36 points au PIB mondial.

Médiocrité des salaires, manque de compétences et emplois précaires ne déboucheront pas sur une reprise économique saine.

Le G20 doit cesser de penser qu’en baissant les salaires et en maximisant les profits des entreprises à court terme, on retrouvera la croissance. En résumé, le monde a besoin d’une augmentation de salaire.

Nous devons investir : dans des emplois de qualité, dans des projets d’infrastructures durables et dans notre jeunesse. Il n’est pas acceptable qu’un jeune sur quatre ne puisse pas trouver un emploi rémunéré plus de 1,25 dollar par jour.

Les organisations syndicales appellent sans relâche à des mesures favorables à une croissance inclusive : renforcement des droits des travailleurs, salaires minimums, négociations collectives et seuils de protection sociale. Nous devons donner aux femmes et aux jeunes les moyens de la sécurité de l’emploi, et offrir aux jeunes assistance et formation en multipliant les apprentissages de qualité.

De la même façon, les politiques doivent favoriser des investissements plus productifs et consacrer 1 % du PIB aux infrastructures dans chaque pays. L’investissement, notamment par les fonds de pension des travailleurs, doit être conforme aux Principes de haut niveau G20/OCDE sur le financement des investissements à long terme par les investisseurs institutionnels.

Il n’y aura pas non plus d’emploi ou de croissance sur une planète morte. Les dirigeants du G20 doivent s’engager à prendre une part ambitieuse et juste dans la réduction des émissions pour garantir la réussite de la Conférence climat de Paris en novembre 2015. De plus, un accord sur les stratégies de « Transition juste » sera indispensable pour protéger les moyens de subsistance et l’emploi des travailleurs.

Nous attendons aussi du G20 une détermination à promouvoir des lieux de travail plus sûrs, pour empêcher d’autres tragédies comme celle du Rana Plaza au Bangladesh où, en 2013, plus de 1 000 travailleurs ont péri dans l’effondrement d’un atelier textile ne répondant pas aux normes. L’ascension sociale dans les chaînes de valeur mondiales n’est pas acquise : les Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales pourraient aider les entreprises et les travailleurs à tirer profit des CVM. Dans les pays en développement et à revenu moyen, il n’est pas acceptable que la production s’appuie sur une main-d’œuvre précaire, dont les salaires ne permettent pas une vie décente. Tous les travailleurs se tournent vers le G20 pour qu’il assume cette responsabilité.

Enfin, il faut soutenir les efforts visant à empêcher les entreprises multinationales de délocaliser leurs bénéfices, sans égard au lieu d’exercice de leurs activités, pour se soustraire à l’impôt. Le Plan d’action BEPS lancé en 2013 montre qu’au niveau du G20, élan institutionnel et détermination politique peuvent produire des résultats concrets. Le Plan actuel présente cependant encore certaines défaillances à corriger en autorisant la diffusion publique des déclarations fiscales des multinationales par pays, en apportant un soutien institutionnel à la participation des pays en développement au processus et en collaborant avec le Conseil de stabilité financière sur l’imposition du système bancaire parallèle et des fonds d’investissement privés.  

Les crises actuelles de l’emploi, des inégalités, du changement climatique ou de l’investissement doivent être abordées avec la même détermination que pour le plan BEPS. Le Plan d’action de Brisbane, fondamental, doit viser la création d’emplois et l’investissement dans chaque pays, et son suivi doit être assuré en consultation avec les partenaires sociaux.

Le L20 tiendra son propre Sommet à Brisbane, deux jours avant la réunion des dirigeants. Nous appelons ceux-ci à mettre fin à des années de stagnation et à adopter des politiques structurelles propices à un investissement durable et riche d’emplois, auxquels les travailleurs pourront adhérer.

Le monde a besoin d’une augmentation – maintenant !

Références

Résultats de la modélisation du L20 :
www.tuac.org/en/public/e-docs/00/00/0F/17/document_news.phtml

OCDE (2013), « Pas de précipitation : Entretien avec John Evans », L’Observateur de l’OCDE, n° 295 T2

Lectures complémentaires sur le Rana Plaza et travaux de l’OCDE sur la conduite responsable des entreprises : www.observateurocde.org, sections, dossiers

Voir aussi www.tuac.org

© L'Observateur de l'OCDE n°300, T3 2014




Données économiques

PIB +0,43% T1 2017
Échanges exp +3,0% ; imp +4,0% T1 2017
Inflation annuelle 2,4% avril 2017
Chômage 6,008% mars 2017
Mise à jour: 22 juin 2017

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