Vers une économie de l’égalité hommes-femmes

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Un rôle de composition : l’actrice Judy Davis dans le film tiré de Ma brillante carrière en 1979 AFP/Kobal/The Picture Desk

L’une des priorités du G20 consiste à accroître le taux d’emploi des femmes. L’OCDE, l’OIT et d’autres organisations ont recensé plusieurs moyens pour surmonter les obstacles liés aux inégalités entre hommes et femmes.

« Je ne suis qu’une femme ! » ironise Sybylla Melvyn, dans le classique de la littérature australienne Ma brillante carrière. Lorsqu’elle écrit ce roman en 1901, à l’âge de 19 ans seulement, Miles Franklin commence sa vie active avec succès, mais se heurte à de nombreux obstacles d’ordre social, économique et culturel.

Aujourd’hui, si les femmes sont beaucoup plus nombreuses à travailler qu’il y a un siècle, leur taux d’activité reste inférieur à celui des hommes dans tous les pays du G20 et de l’OCDE. Pourtant, plusieurs millions de femmes supplémentaires pourraient travailler si certains obstacles étaient levés.

Les responsables publics s’y attellent. Dans son programme pour le G20, l’Australie estime qu’en réduisant de 25 % l’écart hommes-femmes en matière d’emploi d’ici à 2025, plus de 100 millions de femmes pourraient rejoindre le marché du travail dans les pays du G20, avec un effet positif sur le PIB pouvant atteindre 1,6 %.

Les stratégies nationales de croissance doivent désormais intégrer des mesures en faveur de l’égalité hommes-femmes, allant de l’accès à une éducation de qualité et aux financements à des emplois productifs et gratifiants. De nombreuses initiatives du G20 visent à accroître le taux d’activité des femmes, notamment les réformes structurelles et les activités du Groupe de travail sur l’emploi du G20 consacrées à l’intégration des populations sous-représentées.

Ce sont ces objectifs que soutiennent la Recommandation du Conseil de l’OCDE sur l’égalité hommes-femmes en matière d’éducation, d’emploi et d’entrepreneuriat et les conventions et recommandations de l’Organisation internationale du travail (OIT) sur la protection de la maternité (voir références).

Mais accroître le nombre de femmes qui travaillent ne suffit pas : il faut lutter contre la discrimination dont elles sont victimes en matière de rémunération et empêcher qu’elles soient cantonnées dans des emplois à temps partiel, précaires ou subalternes. Pour qu’elles soient pleinement intégrées dans la société et dans la population active, il faut non seulement réformer la réglementation, mais aussi bouleverser les comportements sociaux et culturels.

L’écart de taux d’activité entre hommes et femmes est important : pour la population d’âge actif, il est passé, en moyenne dans la zone OCDE, de 23 points de pourcentage en 1990 à 13 points en 2012. Dans les pays du G20, la fourchette est comprise entre 7 points au Canada, plus de 20 points en Italie, au Japon et en Corée, et bien au-delà de 50 points en Inde et en Arabie saoudite. Depuis 2000, le taux d’emploi des femmes augmente dans la plupart des pays, et atteignait 60 % ou plus dans la moitié des pays du G20 en 2012. Néanmoins, l’écart hommes-femmes restait supérieur à 10 points dans 15 pays du G20.

Dans tous les pays, les femmes sont moins susceptibles que les hommes de travailler à temps plein ou de progresser dans leur carrière. Les jeunes femmes sont généralement plus nombreuses que leurs homologues masculins à être déscolarisées et inactives, surtout en Inde, au Mexique et en Turquie.

L’écart salarial entre hommes et femmes, lui aussi considérable, tient notamment au fait que de nombreuses femmes travaillent dans l’action sociale, l’éducation, la santé ou l’administration, et qu’elles sont surreprésentées dans l’emploi informel, particulièrement dans les économies émergentes. Cependant, des écarts de salaires peuvent exister même sans raison apparente, pour un même emploi.

Alors qu’on loue leurs qualités entrepreneuriales – certaines ayant même souligné avec humour qu’un « Lehman Sisters » ne se serait jamais effondré – les femmes ne représentent que 25 % des chefs d’entreprise employant des salariés dans les pays du G20. Les femmes sont rarement à la tête de grandes entreprises et, en tant que travailleurs indépendants, leurs revenus peuvent être inférieurs de 60 % à ceux des hommes.

Il est difficile de croire, sur la base des résultats scolaires des garçons et des filles, que de tels écarts peuvent exister. Les filles de 15 ans ont de meilleurs résultats que les garçons en compréhension de l’écrit et de moins bons résultats en mathématiques, mais leur retard en mathématiques est inférieur à celui qu’accusent les garçons à l’écrit. Et les femmes entre 25 et 34 ans sont plus nombreuses à être diplômées du supérieur. Toutefois, des différences hommes-femmes persistent en matière d’orientation, les femmes étant ainsi trop rares à choisir des filières scientifiques.

Les mesures à prendre

Différents facteurs économiques et socio-culturels déterminent les inégalités hommes-femmes, que seules des mesures ambitieuses pourront résorber. Heureusement, les pays peuvent s’inspirer de nombreux exemples de bonnes pratiques recensés par l’OCDE, disponibles dans les références ci-après. Dans un rapport préparé avec le Fonds monétaire international (FMI), l’OIT et la Banque mondiale, l’OCDE recense quatre grands domaines d’action.

Premièrement, des mesures juridiques doivent éliminer les inégalités de traitement sur le marché du travail. La discrimination à l’encontre des femmes est trop fréquente dans les pays de l’OCDE et du G20, alors que les discriminations liées au sexe, à la maternité, à la paternité et aux responsabilités familiales sont illégales dans la plupart de ces pays. Lorsque ce n’est pas le cas, il est indispensable d’établir des cadres législatifs clairs. Tous les pays doivent veiller à l’application équitable de la loi, de même qu’à l’égalité de traitement des hommes et des femmes, en supprimant par exemple les restrictions à l’embauche de femmes dans certaines professions, y compris manuelles. Le principe « à travail égal, salaire égal » doit aussi être reconnu par la loi et mis en avant dans les négociations collectives. Les pouvoirs publics peuvent agir en définissant des objectifs volontaires et en encourageant les initiatives privées visant, par exemple, à accroître le nombre de femmes occupant des postes à responsabilité. Le suivi, l’inspection du travail, les commissions spécialisées et les tribunaux peuvent contribuer à maintenir la pression en faveur du changement, de même que la publication de données sur les discriminations.

Deuxièmement, il faut instaurer un environnement propice à l’égalité hommes-femmes sur le marché du travail. Diverses mesures s’inscrivent dans ce sens, comme les services de santé maternelle (santé prénatale et postnatale, accouchement et procréation). Les filles doivent bénéficier d’un même accès à une éducation de qualité, des mêmes droits et possibilités de mener à bien leur scolarité et de poursuivre des études supérieures, et de conseils avisés pour leur orientation scolaire et professionnelle.

Il faut aussi aider les femmes comme les hommes à concilier travail et vie de famille. Certains pays de l’OCDE ont adopté des pratiques probantes à cet égard, comme le congé maternité et paternité rémunéré et assorti d’une protection de l’emploi pour tous, y compris les travailleurs informels. La qualité des services d’éducation et d’accueil des jeunes enfants est aussi cruciale.

Les mesures favorables à la vie de famille dans l’entreprise, notamment en faveur des mères qui allaitent, du travail à temps partiel et de la flexibilité du temps de travail, sont également utiles.

Troisièmement, des mesures s’imposent pour valoriser le travail, améliorer la qualité des emplois et réduire le marché du travail informel. Le système de prélèvements et de prestations d’un pays peut dissuader les femmes de travailler : il doit donc être conçu de manière à offrir aux femmes et aux hommes des incitations financières au travail et une couverture comparables.
Il faut améliorer le salaire minimum et la couverture sociale pour les travailleurs à temps partiel faiblement rémunérés, tandis que les transferts en espèces, comme les crédits d’impôt sur les revenus du travail, peuvent inciter davantage de femmes à travailler.

Il faut aussi agir pour améliorer les conditions d’emploi et renforcer l’accès à la formation, notamment pour les autoentrepreneurs informels et les travailleurs domestiques.

Enfin, les décideurs doivent s’engager en faveur de l’entrepreneuriat, en agissant dans différents domaines : égalité d’accès aux financements, aux marchés et aux conseils, et mise en place, dans les entreprises, de cadres juridiques sans discrimination sexuelle. Il convient d’améliorer les conditions de travail dans les PME et de promouvoir la microfinance pour les entreprises informelles. Il faut aussi mener des campagnes de sensibilisation et promouvoir les programmes de formation.

Il faut s’attaquer aux facteurs qui sous-tendent le handicap que continuent de subir les femmes sur le marché du travail. Si hommes et femmes peuvent œuvrer ensemble à faire effectivement changer les choses sur le terrain, l’impulsion donnée par les pouvoirs publics est primordiale.

2014 a marqué le 60e anniversaire du décès de Miles Franklin. Quel meilleur hommage lui rendre, pour les pays du G20 sous la présidence de l’Australie, premier pays à accorder aux femmes de droit de voter et de se présenter aux élections, que de s’engager à résorber les inégalités hommes-femmes en veillant à ce que, partout, les femmes puissent mener de brillantes carrières ?



Pour plus d’informations sur les questions d’égalité hommes-femmes, contacter Willem.Adema@oecd.org

Références

Adema, Willem (2014), « L’égalité hommes-femmes peut stimuler l’économie », L’Observateur de l’OCDE n°298, T1, voir http://oe.cd/Ko, mot clé : Japon

Franklin, Miles (1901), My Brilliant Career, Penguin Classics

OCDE et al (2014), Achieving stronger growth by promoting a more gender-balanced economy,
http://oe.cd/Kg ; nombreux exemples concrets de bonnes pratiques en matière d’égalité hommes-femmes dans divers pays du G20

OCDE (2014), Enhancing Women’s Economic Empowerment through Entrepreneurship and Business Leadership in OECD Countries, http://oe.cd/Kh

OCDE (2013), Recommandation du Conseil sur l’égalité entre hommes et femmes en matière d’éducation, d’emploi et d’entrepreneuriat, Paris, disponible sur http://oe.cd/Ki

Voir www.oecd.org/fr/parite

Voir www.ilo.org/gender

©L'Observateur de l'OCDE n°300, T3 2014

Lire aussi :

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