Emploi, chômage et action publique

Andre Dobroskok/Licence accordée à Shutterstock.com

L’économie mondiale subit encore les conséquences de la plus longue crise de l’histoire moderne, et cela se voit avant tout dans les chiffres du chômage. Plus de 100 millions de personnes sont sans travail dans les pays du G20, et les taux de chômage atteignent des records historiques dans certains pays. Chômage de longue durée, chômage des jeunes et faible taux d’activité des femmes représentent des défis particuliers.

Même là où la reprise est amorcée, le chômage recule lentement et trop souvent à la faveur d’emplois peu qualifiés et mal rémunérés. Il faudra faire davantage pour bâtir des sociétés résilientes, inclusives et intelligentes.

Les responsables politiques ont un rôle essentiel dans l’application des réformes et mesures nécessaires pour améliorer les marchés du travail et réduire le chômage. Dans cette Table ronde de L’Observateur de l’OCDE, nous avons posé la question suivante à différents ministres : 

« Par quelles mesures entendez-vous créer davantage d’emplois de qualité dans votre économie ? »

Table ronde de L’Observateur de l’OCDE n°12

Australie : Créer le bon environnement

Allemagne : Une stratégie multidimensionnelle

Corée : Vers un taux d'emploi de 70%

Espagne : Des résultats nets

Etats-Unis : Pour une prospérité partagée


Australie

Créer le bon environnement

Gouvernement australien

Eric Abetz, ministre de l’Emploi, Président de la Réunion des ministres du Travail et de l’Emploi du G20 2014

Comme bien des pays, l’Australie se donne pour priorités de soutenir la croissance économique et d’améliorer la situation du marché du travail, étant entendu que ce sont les entreprises et non le gouvernement qui créent les emplois. Notre gouvernement collabore avec ses partenaires du G20 pour une action internationale à cet égard, et prend des mesures pour renforcer le potentiel de croissance du pays et instaurer un environnement économique permettant de créer deux millions d’emplois en 10 ans.

Le secteur privé étant le moteur de la croissance, notre stratégie économique consiste à améliorer les perspectives des entreprises, en renforçant notamment leur capacité à rivaliser avec la concurrence internationale. Nous entendons par ailleurs assainir progressivement nos finances, réorienter la dépense publique vers les infrastructures de qualité et favoriser, par des réformes, l’innovation et l’entrepreneuriat.

Le gouvernement s’emploie également à diminuer la charge fiscale et les contraintes réglementaires pesant sur les entreprises. Il s’agit notamment de simplifier les procédures administratives et environnementales, d’abolir les taxes inefficaces (taxe carbone, taxe minière, par exemple) et d’alléger la fiscalité des entreprises. Nous révisons aussi notre législation applicable aux lieux de travail, dans le cadre de réformes destinées à y rééquilibrer les relations sociales.

Pour endiguer le chômage, le gouvernement s’emploie à rendre les services de l’emploi plus performants. Les services publics de l’emploi, soumis aux lois du marché, sont restructurés pour assurer un meilleur accompagnement des demandeurs d’emplois et une meilleure intégration du principe d’obligation réciproque. Les prestataires seront incités à soigner la qualité des services fournis puisqu’ils seront rémunérés au résultat, les attentes des demandeurs d’emplois seront clairement définies et les employeurs seront eux aussi mieux accompagnés. Les mesures destinées à encourager les jeunes à trouver un emploi ou à poursuivre leurs études sont également renforcées.

L’Australie, comme de nombreux pays, est confrontée au problème du vieillissement de sa population. Pour en limiter les effets et soutenir la croissance, le gouvernement souhaite voir grossir les rangs de la population active. Nous comptons pour cela sur le report progressif de l’âge de la retraite et sur la révision des conditions d’attribution des prestations d’invalidité et des prestations familiales. Le congé parental rémunéré a par ailleurs été réformé pour que davantage de femmes participent à la vie active.

Pour améliorer la productivité, le gouvernement s’emploie à encourager le développement des compétences. Notre stratégie en la matière vise à répondre aux attentes des employeurs, et mise notamment sur une nouvelle déréglementation du système universitaire et sur la formation professionnelle.

Ces réformes porteront leurs fruits sur le long terme, et témoignent de la volonté du gouvernement d’agir en cohérence avec les travaux menés par le G20 sous la présidence australienne.

Pour en savoir plus sur les travaux du G20 2014 : www.g20.org


Allemagne

Une stratégie multidimensionnelle

Gouvernement fédéral
allemand /BMAS/Knoll

Andrea Nahles, ministre fédérale du Travail et des Affaires sociales

Il ne suffit pas de créer plus d’emplois dans des secteurs comme la haute technologie, encore faut-il que la qualité soit au rendez-vous. Il faut aussi que les marchés du travail et la population active soient en mesure d’absorber ces nouveaux emplois. C’est pourquoi l’Allemagne poursuit une approche multidimensionnelle, reflétée dans son Plan pour l’emploi et sa Stratégie de croissance présentés au G20.

Nous misons sur différentes politiques de l’emploi et institutions du marché du travail pour agir sur l’offre et sur la demande, et favoriser l’adéquation entre les compétences disponibles et les emplois à pourvoir.

Nous prenons l’initiative d’un dialogue social authentique, indispensable à la cohésion sociale et à une croissance économique durable.

Nous consolidons nos stabilisateurs automatiques tels que nos régimes de sécurité sociale. Dernièrement, nous avons adopté une nouvelle réforme des retraites, qui valorise les travailleurs ayant de longues années de cotisation derrière eux ainsi que ceux ayant consacré du temps à l’éducation de leurs enfants. Cette réforme accroît en outre la protection sociale des bénéficiaires de pensions d’invalidité et le financement des programmes de réadaptation.

Pour une rémunération équitable des travailleurs, nous avons institué récemment un salaire minimum — une première dans notre histoire — qui garantit un revenu décent à quelque quatre millions de travailleurs modestes. Avec l’Office fédéral de sécurité et santé au travail, nous nous employons à lutter contre les maladies professionnelles et à améliorer le bien-être des travailleurs.

Pour que les entreprises créent des emplois, nous devons garantir l’accès au crédit, en particulier pour les jeunes entreprises innovantes, et soutenir l’entrepreneuriat.

Compte tenu de l’évolution démographique du pays, nous avons lancé une initiative en faveur de l’emploi qualifié pour préparer les chômeurs de longue durée à réintégrer le marché du travail grâce à des programmes de conseil et d’accompagnement individuels. Par ailleurs, afin d’encourager la pleine participation des femmes à la vie active, nous encourageons les structures de garde d’enfants et les aménagements innovants du temps de travail, qui favorisent un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie de famille.

Enfin, nous continuons d’améliorer notre modèle dual d’apprentissage, qui a fait ses preuves, et mettons l’accent sur l’entrée dans la vie active, en particulier pour les jeunes ayant des difficultés d’apprentissage, avec des programmes de soutien ciblés et individualisés.

Voir www.bmas.de


Corée

Vers un taux d’emploi de 70 %

Ministère de l’Emploi et du
Travail, Corée

Lee Ki-kweon, ministre du Travail et de l’Emploi

Dans sa politique nationale, le gouvernement coréen a choisi l’emploi, de préférence à la croissance, comme priorité absolue, répondant ainsi aux attentes de la population qui souhaite trouver son épanouissement par le travail. Il lui faut pour cela opérer un changement de paradigme qui l’amène à réviser l’ensemble des politiques publiques à travers le prisme de la création d’emplois. C’est ainsi que la « Feuille de route pour 70 % d’emploi » a été dévoilée en juin 2013. L’objectif de ce plan ambitieux est de faire passer le taux d’emploi à 70 % d’ici 2017.

La particularité de notre Feuille de route est qu’elle mise sur l’économie créative et la réduction du temps de travail pour créer des emplois. Le gouvernement s’efforce aussi de créer des emplois à temps partiel de qualité et de promouvoir la formation en apprentissage pour une meilleure employabilité de la population inactive, en particulier des jeunes et des femmes.

Il est tout aussi important d’améliorer la qualité des emplois que leur quantité. Nous prenons des mesures pour améliorer les conditions de travail des travailleurs non réguliers et réduire le fossé entre les employés des entrepreneurs principaux et ceux des sous-traitants.

En termes de résultats quantitatifs, le taux d’emploi a atteint un niveau record de 65,2 % (en moyenne annuelle entre janvier et août). L’aspect qualitatif n’est pas en reste puisque la création d’emplois réguliers a gagné du terrain.

Face au vieillissement rapide de la population et à l’évolution de la structure industrielle, parvenir à un taux d’emploi de 70 % s’avère indispensable pour pérenniser la croissance et le système social. C’est pourquoi le gouvernement, les employeurs et les travailleurs ont conclu en 2013 un Pacte tripartite pour l’emploi. Sur la base d’un tel dialogue social, le gouvernement coréen entend poursuivre ses efforts pour créer davantage d’emplois de qualité.


Voir http://m.moel.go.kr/EngNewsList


Espagne

Des résultats nets

Gouvernement espagnol

Fátima Báñez, ministre de l’Emploi et de la Sécurité sociale

Depuis 2012, l’Espagne a introduit tout un ensemble de mesures de fond pour réformer la réglementation du marché du travail et les politiques de l’emploi, et ces mesures commencent maintenant à porter leurs fruits. Le deuxième trimestre 2014 a vu l’emploi progresser pour la première fois, en glissement annuel, après 23 trimestres consécutifs de recul : plus de 400 000 emplois ont été créés en Espagne entre avril et juin, alors même que le taux de croissance annuel du PIB y est tout juste de 1 %.

La réforme de 2012 a été la pierre angulaire de la transformation du marché du travail espagnol. Axée sur la « flexisécurité », elle consistait à décentraliser la négociation collective, à rationaliser la protection juridique des travailleurs et à promouvoir la flexibilité interne comme remède au licenciement. Elle comprenait également des mesures temporaires — périodes d’essai d’une année dans les PME, assorties de généreuses aides à l’embauche ou, plus récemment, forfait de cotisations sociales de 100 EUR pour tout nouveau contrat permanent — destinées à encourager l’emploi permanent et à rompre ainsi la dualité du marché du travail.

Une modernisation des politiques actives du marché du travail doit accompagner la refonte de notre cadre juridique. L’Espagne s’emploie maintenant à renouveler son architecture institutionnelle pour que l’action régionale, mieux coordonnée et planifiée, réponde à un impératif d’efficacité, et que l’octroi de fonds aux régions se fasse sous condition de résultats mesurés par différents indicateurs. Un programme d’échange de bonnes pratiques a également vu le jour, ainsi que de nouveaux outils d’activation dont un site web national rassemblant, sur un portail unique, les offres d’emploi publiques et privées. Nous comptons sur le concours du secteur privé et sur les nouvelles technologies, y compris les réseaux sociaux, pour aller plus loin.

Nous nous efforçons par ailleurs d’offrir davantage de débouchés aux jeunes, avec la Garantie européenne pour la jeunesse et la Stratégie nationale pour l’entrepreneuriat et l’emploi des jeunes, qui recouvre plus de 100 mesures. La formation est par ailleurs l’un des piliers de notre stratégie à long terme, qui doit nous permettre d’offrir de réelles perspectives aux chômeurs et de rapprocher offre et demande de compétences. La création d’emplois de qualité est selon nous la meilleure politique sociale qui soit.

Voir www.empleo.gob.es



États-Unis

Pour une prospérité partagée

Services du gouvernement
américain

Thomas E. Perez, secrétaire d’État au Travail

Depuis qu’elle est sortie des affres de la Grande Récession, l’économie américaine connaît une solide reprise. L’emploi privé a progressé en septembre pour le 55e mois consécutif, tandis que le chômage atteignait son plus bas niveau depuis juillet 2008. Nos investissements dans l’énergie et l’éducation, la réforme de notre système de santé, la réduction de notre déficit, parmi d’autres mesures, ont jeté les bases de la croissance future.

Nous devons cependant faire davantage. Nous voulons relever le salaire minimum national, l’un des plus faibles de la zone OCDE si on le rapporte au salaire médian. Refonder notre système d’immigration, devenu inopérant, nous ferait gagner quelque 1 400 milliards USD (1 100 milliards EUR) de PIB au cours des 20 prochaines années. Moderniser nos infrastructures nous permettrait de créer des emplois de qualité tout en favorisant le commerce national et international. Tout cela nécessite une action législative, et nous voulons croire que le Congrès coopérera avec l’administration Obama sur ces projets qui sont à même de doper la croissance.

Le congé familial rémunéré est un autre dossier sur lequel nous pouvons et devons aller plus loin. Représentant le gouvernement des États-Unis à la réunion des ministres du Travail et de l’Emploi du G20 en septembre, j’ai pu mesurer notre retard en la matière par rapport au reste du monde. Aider davantage de personnes à concilier le travail qui leur est nécessaire avec la famille qu’ils chérissent est une question de bon sens ; c’est aussi une décision qui a d’importantes retombées économiques.

Le taux d’activité diminue aux États-Unis, notamment chez les femmes. Le congé familial rémunéré encouragerait nombre de ces dernières à reprendre un travail. De fait, si le taux d’activité des femmes « d’âge très actif » (25-54 ans) était identique aux États-Unis à celui relevé au Canada, le PIB progresserait de 3,5 %, ce qui générerait 500 milliards USD d’activité économique supplémentaire.

Nous sortons de la pire crise économique que nous ayons connue, mais je souhaite redoubler d’efforts pour bâtir une prospérité partagée et une économie au service de chacun.


Voir www.dol.gov

©L'Observateur de l'OCDE n°300, T3 2014

Lire aussi:

Table ronde : Conduite responsable des entreprises, quelle voie suivre ?

Table ronde : Croissance durable, équité et équilibre budgétaire




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