Relever la croissance mondiale : Pourquoi le G20 « pense structurel »

Les pays du G20 prennent des mesures pour relever la croissance économique mondiale. Leurs engagements seront-ils suffisants ?

Le premier Sommet des dirigeants du G20 a été organisé en 2008 pour chercher des solutions à la crise financière mondiale. Depuis, le G20 est confronté à une croissance décevante et à des succès trop rares : les économies tournent au ralenti.

La reprise est loin d’avoir permis la réalisation de l’objectif du G20 d’une croissance plus forte, plus durable et plus équilibrée. La croissance mondiale reste modeste et souvent décevante au regard des prévisions. Le chômage est élevé, et de nombreux foyers peinent à retrouver leur revenu réel d’avant la crise. L’investissement est atone dans de nombreux pays. La progression des échanges atteint des records de faiblesse.

Les politiques de la demande gardent une certaine marge de manœuvre, mais ce n’est pas le cas des politiques monétaires ou budgétaires dans un grand nombre d’économies. Partout, le défi consiste à mettre en œuvre des réformes structurelles pour relever la croissance et créer des emplois de façon durable et inclusive.
En 2014, la présidence australienne du G20 a mis l’accent sur quatre domaines d’action pour stimuler la croissance : l’emploi, les échanges, l’investissement et la concurrence. L’OCDE a étroitement collaboré avec le G20 à la définition de ces priorités, ainsi qu’à la détermination des politiques et pratiques optimales pour maximiser les bénéfices de la réforme, en particulier dans des domaines comme le marché du travail, afin d’ouvrir la possibilité aux investisseurs institutionnels de financer des infrastructures et de favoriser les mesures de facilitation des échanges.

En février 2014, les ministres des Finances des pays du G20 ont fixé un objectif commun ambitieux : relever le PIB de 2 % d’ici à 2018 par rapport à la prévision établie en octobre 2013 par le Fonds monétaire international (FMI). Ceci se traduirait par l’injection de plus de 2 000 milliards USD (1 600 milliards EUR) dans l’économie mondiale et la création de millions d’emplois. Le fait de fixer un objectif quantitatif clair aux réformes souligne la détermination des pays du G20 à travailler ensemble pour relever la croissance.

Cet objectif de 2 % n’a pas été fixé de façon arbitraire, mais d’après une analyse de l’ampleur des résultats que les pays pourraient raisonnablement espérer obtenir grâce aux réformes, réalisée conjointement par l’OCDE et le FMI. Pour simplifier, il repose sur l’hypothèse selon laquelle l’ensemble des pays du G20 mèneraient leurs réformes au même rythme que les pays les plus actifs pendant la dernière décennie. Les pays du G20 ont travaillé ensemble et procédé à des examens par les pairs pour préparer les stratégies de croissance globales nationales pour le Sommet de Brisbane de novembre, afin d’atteindre l’objectif commun de 2 %. Ces stratégies regroupent des politiques macroéconomiques et structurelles en un ensemble cohérent de mesures destinées à stimuler la croissance.

Si l’on tient compte des seules réformes structurelles, les stratégies nationales des pays comprennent près de 1 000 engagements distincts, selon l’analyse de l’OCDE, soit une forte progression par rapport aux présidences antérieures du G20 (voir l’histogramme). Ces chiffres soulignent la détermination avec laquelle les pays du G20 ont collaboré pour rehausser le degré d’ambition de leurs réformes structurelles et parvenir à une reprise durable. Naturellement, les besoins et les stratégies nationales varient considérablement selon les pays. Pour l’ensemble du G20, les réformes prévues portent sur de nombreux domaines (voir le diagramme circulaire), parmi lesquels : les politiques actives du marché du travail et l’investissement dans les compétences ; la mobilisation des investisseurs à long terme pour soutenir l’investissement dans les infrastructures ; les mesures de facilitation des échanges ;
la réduction des obstacles réglementaires à la concurrence.

Certains pays se sont lancés dans des programmes de réforme ambitieux, notamment de grandes économies comme la Chine, la France, l’Italie, l’Inde et le Japon.
Selon de récentes estimations de l’OCDE sur l’impact des réformes actuelles en France, celles-ci pourraient induire une augmentation du PIB de 1,5 % sur cinq ans, notamment sous l’effet des mesures de réduction des coûts du travail et de rationalisation des administrations publiques. L’application des mesures récemment annoncées, dont l’assouplissement des réglementations restrictives dans certains secteurs comme les professions libérales, ajouterait 2 % au PIB.

Un examen mutuel entre pays du G20 axé sur les politiques publiques et leurs résultats peut jouer un grand rôle pour inciter ces pays à se montrer plus ambitieux dans leurs programmes de réforme. Par rapport aux précédentes initiatives du G20, les stratégies de croissance globales nationales présentées au Sommet de Brisbane sont plus concrètes, permettant ainsi aux organisations internationales, dont l’OCDE, de mieux évaluer les mesures prises par les gouvernements et déterminer dans quels cas les pouvoirs publics pourraient renforcer leur action.

Comme le montre la longue expérience de l’OCDE en matière d’examens mutuels, l’obligation de rendre des comptes à ses pairs favorise non seulement la transparence, mais permet également le progrès. Au cours de l’année 2014, le dialogue entre pairs a conduit de nombreux pays du G20 à élargir la portée de leur programme de réformes structurelles et à aller plus loin dans leurs engagements.

La question est la suivante : les pays du G20 ont-ils atteint leur objectif commun ? L’OCDE et le FMI ont été chargés de voir si les engagements inscrits dans les stratégies de croissance globales permettraient d’atteindre l’objectif de 2 %. Il s’agit d’une entreprise d’envergure, compte tenu de la diversité des mesures de réforme et des situations économiques nationales. Les travaux de modélisation de l’OCDE reposent en grande partie sur un système mis au point pour la publication annuelle phare, Objectif croissance.

À l’évidence, les pays du G20 ont notablement progressé dans la réalisation de leur objectif. Selon les estimations de l’OCDE et du FMI, les mesures chiffrables donneraient lieu à une augmentation de 1,8 % du PIB dans les pays du G20 en 2018. Le chiffre réel pourrait être supérieur, car certains engagements sont difficiles à chiffrer.

L’avancée est réelle, mais il reste du chemin à parcourir, et trois défis majeurs doivent encore être relevés.
Tout d’abord, les engagements de réforme doivent être concrétisés. De fait, beaucoup de mesures n’ont toujours pas été intégrées dans la législation. Les difficultés politiques et de mise en œuvre seront nombreuses. Les futures présidences du G20 devront suivre ces engagements, et les pays du G20 doivent s’encourager mutuellement à maintenir le cap.

Ensuite, la croissance mondiale a continué de décevoir. Même si l’objectif de 2 % était atteint, le PIB demeurerait inférieur au chiffre visé par le G20 lorsque cet objectif a été fixé en février 2014. En résumé, les pays devront peut-être redoubler d’efforts simplement pour ne pas perdre de terrain. Les réformes axées sur l’offre, dans les domaines de la concurrence et des compétences par exemple, seraient plus efficaces dans un contexte de forte demande. À cet égard, il faudrait utiliser toute la marge de manœuvre macroéconomique disponible afin de soutenir les réformes structurelles.

Enfin, la réforme structurelle n’est pas une liste finie de mesures assorties d’une échéance, mais un processus permanent visant à bâtir des économies plus productives, plus inclusives et plus durables pour nos citoyens. Le G20 a présenté d’autres solutions ; par exemple, des politiques destinées à renforcer la participation des femmes à la population active pourraient permettre la création de dizaines de millions de nouveaux emplois dans les prochaines années (en particulier dans les pays émergents), et améliorer le potentiel de croissance global des économies concernées.

L’OCDE se tient à la disposition du G20 et de ses membres pour continuer à les faire bénéficier de son expérience et de son expertise en matière de suivi et de chiffrage du déploiement des réformes. Les pays du G20 représentant près de 90 % du PIB mondial, poursuivre les progrès sur la voie du relèvement de la croissance et de l’établissement d’une reprise durable nous importe à tous.

Références

FMI et OCDE (2014), Quantifying the Impact of G-20 Members’ Growth Strategies, fichier PDF consultable sur www.g20.org


OCDE (2014), Réformes économiques 2014 : Objectif croissance rapport intermédiaire, Éditions OCDE, Paris, http://dx.doi.org/10.1787/growth-2014-fr

© L’Observateur de l’OCDE n°300, T3 2014




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