La Présidence australienne du G20 et l’OCDE: Unir nos forces pour relever le défi de la croissance

Gabriela Ramos, Directrice de Cabinet du Secrétaire général de l’OCDE et Sherpa pour le G20 OCDE

La présidence australienne a apporté une contribution décisive à l’accroissement de l’efficacité et de l’impact du G20 dont les travaux ont gagné en cohérence et en force, ce qui devrait dynamiser nos efforts conjoints pout stimuler et alimenter la croissance future. Notre Organisation est fière d’avoir apporté un concours déterminant à son action.

Forte des résultats obtenus par la présidence russe au Sommet de Saint-Pétersbourg, la présidence australienne a totalement recentré le programme du G20 sur la nécessité de relancer la croissance et de conforter la reprise amorcée – certes encore timide – en privilégiant quatre domaines prioritaires : concurrence, échanges, investissement et emploi. Ce programme a été très bien accueilli et, un an plus tard, est encore (malheureusement) totalement d’actualité : les quatre moteurs de la croissance cités par le Secrétaire général de l’OCDE dans l’éditorial – investissement, échanges, crédit, économies de marché émergentes – tournent encore au ralenti par rapport aux tendances antérieures. Plus important peut-être, le coût social de la crise est devenu insupportable et mine la confiance des citoyens dans les gouvernements, les marchés, les entreprises et les institutions en général. On dénombre encore 100 millions de chômeurs dans les pays du G20, deux fois plus dans le monde.

Le chômage des jeunes atteint des sommets et le nombre de jeunes déscolarisés et inactifs a augmenté de 5 %, soit 2 millions d’individus, depuis 2007. Ces chiffres sont les affreux stigmates de la tragédie sociale et humaine du chômage de masse. De plus, le fossé entre les riches et les pauvres n’a jamais été aussi large depuis 30 ans.

La croissance, principe et objectif suprêmes de l’action publique


Dans ce contexte, il était primordial de consolider et développer le scénario de croissance élaboré par la présidence russe, mais l’Australie est allée encore plus loin : la croissance est désormais au cœur de tout le processus technique et politique du G20. Conjuguée à une rationalisation rigoureuse des nouvelles activités du G20, cette démarche a donné naissance à un programme axé sur la croissance extrêmement solide, cohérent et ciblé.

C’est principalement la définition de stratégies nationales exhaustives de croissance qui a abouti à ce résultat. L’Australie a, de fait, été le premier pays présidant le G20 à rechercher systématiquement la convergence entre les différents axes de travail − politiques macroéconomiques et structurelles, fiscalité, réglementation financière, échanges, emploi, investissement, etc. − pour bâtir des stratégies de croissance globales, destinées à mobiliser toutes les sources de croissance disponibles et actionner l’ensemble des leviers des pouvoirs publics. Cette méthode a produit des avancées notables en direction du décloisonnement des divers champs d’activité du G20, et a permis de réunir les multiples pièces du « puzzle de la croissance » en un programme économique transversal, cohérent et efficace.

Les stratégies nationales de croissance, qui seront approuvées par les dirigeants du G20 au Sommet de Brisbane et formeront l’ossature du Plan d’action de Brisbane sur la croissance et l’emploi, associent, en fonction des circonstances et particularités propres à chaque pays, tous les « ingrédients » d’une politique favorisant la croissance : soutien à la demande, renforcement des filets de sécurité et aide ciblée pour les plus vulnérables ; accroissement de la productivité grâce à une concurrence accrue sur les marchés de produits et de services ; rationalisation du cadre réglementaire ; facilitation du commerce, notamment par l’amélioration de l’efficacité des services concernés ; et suppression des obstacles à l’investissement et promotion de marchés du travail plus inclusifs grâce à des politiques de retour à l’emploi, la lutte contre le chômage et l’investissement dans les compétences et l’éducation.

Des engagements ambitieux et chiffrés


La démarche novatrice imaginée par la présidence australienne ne se résume pas à un simple renforcement des procédures suivies au sein de l’architecture complexe du G20. Elle vise également, et c’est peut-être le plus important, à éveiller une ambition et intensifier les engagements. L’approbation par les ministres des Finances, en février à Sydney, d’un objectif central mesurable, consistant à obtenir, par des réformes ambitieuses mais réalistes, 2 % de croissance supplémentaires d’ici à 2018 par rapport à un scénario de référence défini en octobre 2013, a marqué un tournant.

Ce fut tout simplement un coup de maître ! Avoir un engagement et un objectif de croissance précis et chiffrés à moyen terme a permis de concentrer l’attention, d’imprimer une dynamique et une orientation et de galvaniser l’action des membres, mais aussi d’accroître la visibilité du G20. L’objectif de 2 % est devenu un puissant catalyseur de la mobilisation des pays autour d’engagements ambitieux dans le cadre de leurs stratégies nationales de croissance. Autrement dit, il est devenu la pierre angulaire de l’architecture du G20 et de son action.

L’OCDE, un partenaire essentiel


L’OCDE a apporté un appui essentiel aux efforts et initiatives de l’Australie. Avec le FMI, elle a recensé les lacunes qui, dans les pays du G20, empêchent l’instauration d’une croissance forte, durable et équilibrée, tracé les scénarios de relèvement de la croissance de 2 % envisageables en comblant ces lacunes, et évalué la contribution de près de 1 000 engagements présentés par les membres du G20 à la réalisation de l’objectif de 2 %. Cette tâche immense et complexe a été fructueuse : c’est en tenant compte, notamment, de nos analyses et recommandations que les membres du G20 se sont ardemment employés à consolider leurs stratégies. Selon les estimations OCDE/FMI, leurs efforts, s’ils se concrétisent, feront la différence et nous amèneront assurément très près du chiffre visé.

Si l’objectif de croissance est devenu la pierre angulaire de l’architecture du G20, les travaux menés et les résultats obtenus dans ses divers domaines de travail – emploi, échanges et investissement en particulier – en sont les poutres maîtresses. Dans tous ces domaines, le concours de l’OCDE a été déterminant.

Nous avons produit des chiffres afin d’étayer, par des données factuelles solides, notre plaidoyer pour la réduction de 25 %, d’ici à 2025, de l’écart entre les taux d’activité masculins et féminins : selon nos estimations, exploiter pleinement le potentiel que recèle l’impressionnante réussite des femmes ces dernières décennies sur le plan de la scolarité, des qualifications et des compétences permettrait de rehausser la productivité et de gagner 1,2 % à 1,6 % de croissance supplémentaire. Cet objectif stratégique « 25x25 » a été approuvé à Melbourne en septembre par les ministres du Travail et de l’Emploi, et les dirigeants du G20 les suivront très probablement à Brisbane.

Notre approche des échanges, sous l’angle des chaînes de valeur mondiales, a déclenché une réflexion visant à mieux comprendre la dynamique du commerce international et a influencé les débats au sein du G20 sur ce thème. Nous continuerons à déployer et approfondir nos analyses pour que les pays puissent tirer le meilleur parti de l’évolution du paysage des chaînes de valeur. Nos travaux sur le financement des investissements à long terme et dans les infrastructures par des investisseurs institutionnels ont également été salués et constitueront une composante essentielle du programme de la future Plateforme mondiale sur les infrastructures.

Enfin, l’OCDE a été un acteur majeur du véritable bond en avant dans le domaine de la fiscalité internationale. L’érosion de la base d’imposition résultant de la planification fiscale agressive, de la fraude et de l’évasion fiscales menace sérieusement non seulement les recettes publiques, mais aussi la souveraineté et l’équité fiscales dans l’ensemble des pays du G20. Il est fondamentalement injuste et économiquement inefficace que dans ces pays, le taux maximum d’imposition des revenus des particuliers soit en moyenne de 43 % alors qu’il est de 1 % à 2 % pour certaines multinationales. Les initiatives du G20/de l’OCDE dans ces domaines – les sept points du Plan d’action BEPS et la norme commune d’échange automatique de renseignements – représenteront des réalisations majeures qui seront présentées au Sommet de Brisbane, ainsi qu’une contribution essentielle au programme pour la résilience économique, au même titre que nos travaux sur ces questions et sur la sécurité alimentaire avec les pays en développement.

Excellence et pertinence


Que la présidence australienne se soit fiée à nos travaux témoigne, une fois encore, de leur excellence technique et de leur pertinence ainsi que du dévouement, de la disponibilité et de la réactivité de nos agents et experts. J’aimerais également rendre un hommage appuyé à Pier Carlo Padoan, ancien Secrétaire général adjoint, nommé au poste de ministre des Finances en Italie, qui a joué un rôle de premier plan entre 2009 et 2014 en tant que représentant de l’Organisation auprès du G20 et Chef économiste. Je voudrais également remercier Rintaro Tamakide lui avoir succédé avec talent et enthousiasme. Je tiens en outre à accueillir chaleureusement notre nouvelle Chef économiste, Catherine Mann, qui reprend désormais le flambeau.

Je tiens enfin, à titre personnel, à saluer les progrès remarquables réalisés grâce à l’équipe australienne du G20, très investie, solide et visionnaire, conduite par Heather Smith et Christopher Langman – ancien ambassadeur auprès de l’OCDE ! – dans la filière sherpa, et Barry Sterland dans la filière finance. La présidence australienne a réalisé des avancées considérables en mettant l’accent sur les mesures concrètes que les pays doivent s’engager à prendre pour dynamiser la croissance et l’emploi. L’OCDE est fière et honorée d’avoir été pour elle un partenaire et d’avoir œuvré à des réformes et changements significatifs, dont le monde entier bénéficiera.

Nous entendons mettre notre savoir-faire sans équivalent et nos analyses de qualité au service de la Turquie pendant qu’elle assurera la présidence, et façonner et défendre ses priorités – croissance inclusive, développement, développement des PME – afin d’aider le G20 à bâtir une économie mondiale plus prospère et des sociétés dynamiques et inclusives.

Voir www.oecd.org/g20

© L’Observateur de l’OCDE n°300, T3 2014




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