Pourquoi la réforme est la solution

Secrétaire général de l’OCDE

Angel Gurría Secrétaire général de l’OCDE

« La vie offre de multiples possibilités, mais aucun choix. » Lorsqu’ils seront réunis à Brisbane en novembre pour définir leurs stratégies économiques futures, les dirigeants du G20 devraient méditer cette phrase du Prix Nobel de littérature australien Patrick White.

Malgré les signes de redressement début 2014, l’économie mondiale demeure convalescente. Dans la dernière Évaluation économique intermédiaire de l’OCDE, les prévisions pour 2014 et 2015 concernant les grands pays du G20 ont été revues à la baisse, de près d’un quart de point par rapport à celles d’avril. Six ans après le début de la crise, l’écart de production demeure considérable – situation inédite, traduisant une atonie obstinée de la demande. Les échanges et l’investissement, moteurs essentiels de la croissance mondiale, restent particulièrement amorphes, en-dessous des niveaux d’avant la crise. Dans la zone euro, la contraction du crédit se poursuit, freinant la demande. D’autres facteurs entravent également la reprise, notamment des risques géopolitiques.

Timidité de la croissance oblige, le déficit d’emplois sera un défi colossal : plus de 100 millions de personnes sont privées d’emploi dans les pays du G20. Le taux très élevé de jeunes sans emploi et de chômeurs de longue durée dans de nombreux pays est particulièrement inquiétant. La hausse du chômage a également favorisé le creusement des inégalités observé pendant la crise. Parallèlement, l’emploi informel pèse sur la productivité du travail dans les économies émergentes.

La marge de manœuvre budgétaire et monétaire étant très limitée, les réformes structurelles constituent le seul moyen de surmonter ces difficultés héritées de la crise, et en particulier leurs effets persistants sur la croissance potentielle.

Dans ses scénarios de croissance à long terme, l’OCDE prévient clairement que sans réformes structurelles, la croissance ralentira jusqu’au milieu du siècle. Les dirigeants du G20 n’ont pas le choix : ils doivent élaborer et appliquer un programme de réformes structurelles ambitieux et réaliste.

Comme l’a souligné à juste titre la présidence australienne du G20, ils doivent tout entreprendre pour éliminer les obstacles structurels à l’investissement, à la concurrence, aux échanges et à l’emploi, ce qui devrait également contribuer à libérer l’investissement privé, notamment dans les infrastructures − une priorité pour la présidence australienne.

Pour réduire le chômage et stimuler une croissance inclusive, les États doivent investir dans les compétences et poursuivre des programmes d’activation et d’insertion dans le monde du travail. Les marchés du travail doivent être plus adaptables, accessibles et productifs côté employeurs, et plus dynamiques et gratifiants côté salariés.

De plus, dans un contexte démographique défavorable, les responsables publics doivent lever les obstacles à la participation au marché du travail, en particulier pour les femmes. La réalisation de « l’objectif 25x25 » de la présidence du G20 – réduire de 25 % l’écart entre les taux d’activité masculin et féminin d’ici 2025 –, amènerait 126 millions de femmes de plus dans la vie active et accroîtrait de 1,2 à 1,6 % le PIB réel.

Les réformes visant à stimuler la concurrence sur les marchés de produits et faciliter les échanges, notamment en améliorant l’efficacité de certains services, sont également essentielles.

Ces impératifs sont globalement repris dans les 1 000 engagements de réforme ressortant des Stratégies nationales de croissance présentées par les membres du G20. Celui-ci a chargé l’OCDE et le FMI d’évaluer leur impact et de déterminer si ces engagements peuvent générer 2 % de croissance supplémentaires d’ici à 2018. L’OCDE a également aidé à définir, pour chaque pays, les priorités pouvant produire les meilleurs résultats et son verdict est le suivant : oui, les stratégies peuvent être efficaces, mais tout dépendra de leur application et de la dynamique à l’œuvre.

Les avancées en matière de fiscalité internationale montrent combien cette dynamique compte. Selon le Président Obama, « le G20 a donné le meilleur de lui-même avec les travaux sur la fiscalité ». Chacun sait que l’équité et la transparence fiscales sont fondamentales pour la prospérité, la stabilité et l’inclusivité. Les grandes entreprises ne devraient pas pouvoir utiliser les failles du système pour se soustraire à l’impôt, en jonglant avec les législations fiscales et en transférant leurs bénéfices vers des pays à faible fiscalité. Les États mettront progressivement fin à ces pratiques grâce au projet OCDE/G20 sur l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfice (BEPS).

En septembre, l’OCDE a présenté aux ministres des Finances des pays du G20 un premier ensemble de mesures : déclaration pays par pays pour les multinationales, conseils pour la révision des principes applicables aux prix de transfert des actifs incorporels, et cadre pour la fiscalité de l’économie numérique.

Le G20 a accompli des avancées majeures dans la lutte contre la fraude fiscale et les juridictions non coopératives. Les ministres des Finances ont rapidement approuvé la Norme commune d’échange automatique de renseignements qui leur a été soumise en septembre. Plus de 60 pays, dont des économies en développement, se sont déjà engagés à l’appliquer, dès 2017 pour 45 d’entre eux.

Ces mesures portent leurs fruits : en cinq ans, les programmes de déclaration spontanée ciblant la fraude fiscale extraterritoriale ont permis d’identifier quelque 37 milliards EUR dans 24 pays seulement, et ce n’est qu’un début. Ces progrès rapides montrent ce qui est possible lorsque volonté politique, coopération étroite et excellence technique sont réunies au service du bien commun.

Il faut féliciter la présidence australienne pour son programme ambitieux, et j’invite ses successeurs à entretenir l’élan. Dans un monde marqué par l’incertitude, le G20 peut montrer la direction pour mettre un terme à la crise et façonner des politiques meilleures pour une vie meilleure.

www.oecdobserver.org/angelgurria

www.oecd.org/about/secretary-general

© L’Observateur de l’OCDE n°300, T3 2014




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