Y a-t-il autre chose que le foot dans la vie ? « Transformar o Jogo Bonito em Vida Bonita »

Anthony Gooch, Directeur des relations extérieures et de la communication de l'OCDE, et l'un des chefs de projet de l'Initiative du vivre mieux de l'OCDE

Passer la balle : Pelé (à droite) et le ministre brésilien des Sports, Aldo Rebelo ©OCDE

«Certains pensent que le football est une question de vie ou de mort... Je peux vous assurer que c’est bien plus important que ça.» Cette phrase de Bill Shankly, légendaire entraîneur du Liverpool FC, est devenue culte pour les passionnés de football, que les Brésiliens appellent o jogo bonito, « le beau jeu ». 

Sans aller aussi loin, le football et le sport en général jouent un rôle majeur dans la vie des gens, pour de multiples raisons.

Au moment où la fièvre du football s’apprête comme tous les quatre ans à gagner la planète, interrogeons-nous sur l’après, quand le coup de sifflet final aura retenti, sonnant la dispersion générale. Ce n’est pas la première fois que l’OCDE couvre la suite des grandes manifestations sportives. En 2010, nous avions publié un examen de l’héritage que pourraient laisser les Jeux olympiques et paralympiques de 2012 à Londres, et fait valoir que les grands événements peuvent avoir des retombées bénéfiques durables pour leurs organisateurs s’ils mettent à profit les atouts préexistants ; il n’est pas nécessaire de partir de zéro.

Offrir aux gens une vie valant d’être vécue qu’ils n’auraient pu avoir autrement – tout est là. Notre partenaire brésilien, la Fundação Getulio Vargas, a analysé l’impact du football sur le développement socioéconomique du Brésil (FGV Projetos Cadernos 6/13 n° 22). Organiser une Coupe du monde coûte cher. Le Brésil aura dépensé 26 milliards de réals (11 milliards USD) pour ses stades et pour moderniser ses aéroports, ses ports et ses infrastructures de mobilité urbaine. Pourtant, cela représente seulement 0,7 % de l’investissement total programmé dans le pays sur la période 2010-14, et l’essentiel de l’impact s’est déjà fait sentir. Pour les villes et les États accueillant les rencontres, les dépenses liées à la compétition oscilleront entre seulement 0,24 % et 12,75 % des rentrées fiscales attendues en 2014, d’après les estimations officielles.

Onze milliards de dollars reste une somme colossale, et des millions de Brésiliens sortis de la pauvreté ces dernières années peuvent juger démesuré de consacrer autant d’argent au foot. Les classes moyennes inférieures, imposables, sont en pleine croissance, de même que les attentes concernant l’éducation, la santé et les transports. Selon une récente enquête du Pew Research Center, plus de 60 % des habitants pensent que l’organisation du Mondial est une mauvaise chose pour le Brésil car elle engloutit des ressources qui devraient revenir aux écoles, aux soins de santé et à d’autres services publics.

Qu’est-ce qui fait que la vie vaut d’être vécue, comment concilier au mieux des intérêts, des moyens et des objectifs concurrents ? Autant de questions auxquelles les gouvernants doivent répondre en permanence. L’objectif déclaré de l’OCDE est de promouvoir « des politiques meilleures pour une vie meilleure », mais nous savons que, comme dans le débat sur la meilleure équipe de football de tous les temps (le Brésil de 1970 ? le Real Madrid de 1960 ?), il n’existe pas de réponse définitive. Aussi est-il important de doter les citoyens, les électeurs et les contribuables d’informations ainsi que d’une voix au chapitre, pour leur permettre de communiquer leurs priorités aux décideurs politiques partout dans le monde.

C’est dans cette optique que nous avons lancé le 9 juin O Índice para Uma Vida Melhor, version portugaise de l’Indicateur du vivre mieux de l’OCDE, en compagnie du « roi » Pelé, du ministre brésilien des Sports, Aldo Rebelo, et de notre partenaire pour O Indice, la FGV. Cet instrument en ligne permet aux citoyens du monde entier de créer leur propre indicateur du bien-être et de la qualité de vie en notant, par ordre d’importance, 11 critères portant aussi bien sur des aspects matériels (revenu, emploi, logement) que sur des facteurs de qualité de vie (liens sociaux, éducation, environnement, engagement civique, santé, sécurité, équilibre travail-vie et, enfin et surtout, satisfaction ou bonheur). Aujourd’hui, il existe des indicateurs pour 36 pays, et ce nombre est appelé à augmenter avec le temps.

Depuis son lancement en 2011, plus de quatre millions de personnes dans 184 pays ont utilisé l’Indicateur du vivre mieux, qui est devenu une référence et un modèle au niveau international en matière de mesure du bien-être. Après les anglophones, les francophones, les hispanophones, les germanophones et les russophones, plus de 250 millions de lusophones peuvent désormais accéder à l’Indicateur dans leur langue maternelle.

La Coupe du monde au Brésil est le moment idéal pour une campagne mondiale multilingue en ligne sur le thème « Y a-t-il autre chose que le foot dans la vie ? », afin de sensibiliser les habitants du monde entier à ce qui compte vraiment au quotidien, à ce qui fait le bien-être et la qualité de vie au XXIe siècle.

Pour Matias Deodato de Castro e Melo, personnage de l’une des Historias sem data (Histoires sans date) du grand écrivain brésilien Machado de Assis, « a felicidade é um par de botas », le bonheur est une paire de bottes. Après o jogo bonito, construisons a vida bonita.

Adapté d’un blog publié sur www.oecdinsights.org, 9 juin 2014

Références

OCDE (2013), « Après la finale : réflexions sur la Coupe du monde de football en Afrique du Sud », entretien avec Nhlanhla Musa Nene, vice-ministre des Finances de l’Afrique du Sud, L’Observateur de l’OCDE n° 296, T3.

OCDE (2010), Local Development Benefits from Staging Global Events: Achieving the Local Development Legacy from 2012, Éditions OCDE.  

©L'Observateur de l'OCDE, n°299, T2 2014




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