La sagesse est plus utile que jamais

Sage remise en question au Forum 2014 de l'OCDE; plus de photos sur www.flickr.com/photos/oecd/sets © OCDE/ Julien Daniel

Gabriel García Márquez a écrit un jour : « La sabiduría nos llega cuando ya no sirve para nada » ( « La sagesse vient à nous lorsqu’elle ne sert plus à rien » ). Ce Forum de l’OCDE sera l’occasion de prouver le contraire. Après six années de crise, le monde a d’urgence besoin de notre sagesse, de notre inspiration et de nos idées novatrices. Plusieurs milliards de personnes sont dans l’attente de cette idée nouvelle, qui pourrait naître ici, à l’OCDE. 

L’économie mondiale montre de nets signes d’amélioration. Mais cela ne suffit pas. Cela ne suffit pas à donner un emploi convenable aux 202 millions de chômeurs. Cela ne suffit pas, alors que 73 millions de jeunes sont aujourd’hui sans travail. Cela ne suffit pas face à des inégalités qui se creusent encore plus rapidement qu’avant la crise dans de nombreux pays. Et cela suffit encore moins à rétablir la confiance, aujourd’hui au plus bas, à l’égard des décideurs, des gouvernements, des parlements, des entreprises, des banques, des agences de notation, des autorités de réglementation et des médias.

La crise doit changer la donne : nous ne pouvons pas agir comme si de rien n’était et retomber dans la même inertie, où les individus et les multinationales les plus riches ne contribuent pas à hauteur de leurs moyens à la société, où l’on camoufle les faiblesses du système financier, où la spéculation et l’endettement restent au plus haut et où certains décideurs et économistes s’accrochent encore à des modèles économiques qui se sont révélés obsolètes, faux ou non tenables.

Il est temps d’imaginer une nouvelle croissance, axée sur le bien-être, sur les bienfaits d’une société équitable et sur les arbitrages et complémentarités entre différentes politiques publiques en faveur du progrès. Je parle de ce que nous appelons à l’OCDE une croissance inclusive, l’un des trois thèmes principaux de ce Forum de l’OCDE et un sujet central des discussions de la Réunion du Conseil au niveau des ministres 2014.

L’Initiative de l’OCDE sur la croissance inclusive vise à relever ce défi, en aidant les décideurs à mieux comprendre les retombées négatives du creusement des inégalités sur la croissance et en faisant de l’inclusivité un moteur de l’amélioration des performances économiques.

Le deuxième thème du Forum est l’emploi, qui reste le principal enjeu de la crise. Près de 14 millions d’emplois ont été détruits dans la zone OCDE et, malgré les améliorations récentes, le taux de chômage est encore bien trop élevé dans de nombreux pays. Une grande partie des chômeurs a moins de 25 ans, et le nombre de chômeurs de longue durée est inquiétant. Les défis à relever pour remédier à cette situation désastreuse sont des plus complexes : l’OCDE aide les gouvernements à améliorer la capacité d’adaptation du marché du travail et à s’attaquer à l’inadéquation des compétences. Nous surveillons le marché du travail, les actions menées sur le front de la formation et les tendances migratoires. Et nous redoublons d’efforts pour lutter contre le chômage des jeunes grâce au Plan d’action de l’OCDE « Aider les jeunes à prendre un meilleur départ ».

Si l’éducation et la formation ne permettent pas d’améliorer la vie des jeunes, condamnés au chômage en dépit de tous ces efforts, alors nous aurons mis en péril la valeur la plus importante de toute démocratie et de toute économie de marché : la confiance.

Troisième thème abordé lors du Forum, l’érosion de la confiance des citoyens, qui est au plus bas, est la plus lourde conséquence de la crise. D’après le baromètre de confiance Edelman 2014, la moyenne mondiale de confiance envers les pouvoirs publics s’élève à 44 %, avec les plus bas records en France (32 %), au Mexique (28 %) et en Pologne (19 %). Ces chiffres sont alarmants. Cette « évaporation de la confiance » à l’égard des institutions clés affaiblit la démocratie et la cohésion sociale, complique les réformes et nuit à la croissance économique. L’OCDE a le devoir et la responsabilité de rétablir cette confiance. Comme l’affirmait Diane Coyle dans L’Annuel de l’OCDE : « Pour pouvoir prendre les décisions qui s’imposent, il faut avoir confiance en ceux qui nous dirigent. »

Notre savoir traditionnel doit être remis à plat, pour trouver de nouvelles façons de penser et d’agir sur le plan économique. L’OCDE a lancé l’initiative Nouvelles approches face aux défis économiques (NAEC) afin de repenser notre économie, remettre en question les modèles en place et améliorer nos conseils sur l’action à mener. Après tout, à quoi sert l’économie, sinon à améliorer la vie des gens ? À quoi sert la politique économique, si ce n’est à construire des sociétés plus inclusives et harmonieuses ? À quoi sert la coopération internationale, sinon à partager nos savoirs pour rehausser le niveau de vie des plus vulnérables ? Prouvons que Gabriel García Márquez avait tort et que la sagesse est utile dès maintenant !

Extrait du discours d’ouverture du Secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría, lors du Forum de l’OCDE « Une économie résiliente pour une société inclusive » à Paris, le 5 mai 2014. Discours complet disponible sur : www.oecd.org/about/secretary-general/ publicationsdocuments/speeches

Voir aussi:

www.oecd.org/fr/forum/annuel-ocde 

www.oecd.org/fr/forum

©L'Observateur de l'OCDE, n°299, T2 2014




Données économiques

PIB +0,7% T2 2017
Échanges exp +1.4% ; imp +1.7% T1 2017
Inflation annuelle 2,2% août 2017
Chômage 5.8% août 2017
Mise à jour: 20 oct 2017

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