E-Commerce : le commerce international à l'appui du développement durable

Saemundur Finnbogason, Etudiant chercheur, Université de Lund, Suède, et Hanne Melin, Conseillère stratégique politiques publiques EMEA, eBay Inc.

©Charlotte Moreau/OCDE

P. –L. Vézina et H. Melin décrivaient récemment, dans L’Observateur de l’OCDE, la façon dont les plateformes en ligne abaissaient les barrières commerciales et permettaient aux microentreprises et PME de mener des opérations internationales, contrairement au commerce traditionnel, où l’exportation est réservée aux plus grosses entreprises. La technologie remodèle le paysage commercial international de façon réelle et quantifiable, accentuant le rôle potentiel du commerce international dans la promotion du développement durable. 

L’Union européenne en est convaincue : le commerce international doit contribuer à stimuler le développement durable. Cette idée est au cœur des négociations du Partenariat transatlantique sur le commerce et l’investissement (TTIP).

Une étude récente de l’Université de Lund partage ce point de vue, et indique les façons d’atteindre ces objectifs.

On dit, généralement, que le développement durable repose sur trois piliers interconnectés : croissance économique, développement social et protection de l’environnement. Notre analyse, faisant écho à celle de Vézina et Melin, indique que le commerce couplé à internet et aux technologies renforce de manière incomparable le pilier économique, en ouvrant les marchés mondiaux aux petits exportateurs, facilitant ainsi le développement de PME internationales.

Cela devrait suffire à éclairer notre façon d’appréhender le pilier économique et d’élaborer des politiques. Ouvrir des occasions aux PME, en particulier, devient un élément clé de la croissance économique liée au développement durable, et internet et le numérique sont, à cette fin, des outils efficaces.

Mais cela devrait également influencer notre façon de penser les deux autres piliers et nous permettre de nous rendre compte que les impacts négatifs sur un pilier peuvent être compensés par des impacts positifs sur un autre. En bref, comme l’OCDE le dit depuis longtemps, le développement durable ne peut être atteint que par des mesures visant la maximisation de la valeur totale des piliers, sans perdre de vue l’amélioration de chacun d’entre eux.

En s’appuyant sur un pilier économique recentré – dont les services numériques sont une partie intégrante et soutiennent la participation des petites entreprises au commerce mondial – les quatre mesures suivantes maximiseraient la valeur totale, stimulant ainsi le développement durable.

Premièrement, des politiques commerciales modernes sont indispensables. Celles-ci doivent être adaptées au fusionnement de la technologie et du commerce, et à l’implication des PME dans l’activité économique mondiale.

Les exemples de telles politiques sont variés : améliorer et harmoniser les procédures douanières en augmentant les seuils minimaux, mettre en place des normes réglementaires facilitant le paiement en ligne, élaborer un système mondial des droits des consommateurs, mettre les principes d’interconnexion et d’ouverture au cœur d’internet.

De tous les résultats possibles, la croissance inclusive est le plus important. D’aucuns critiquent le libre-échange, qui n’aurait ni réduit la pauvreté, ni relevé le niveau de vie global. Si l’étude de l’Université de Lund ne démontre pas que le commerce couplé aux technologies apporte une amélioration significative, il est intéressant de voir qu’elle souligne l’amélioration des compétences de la main-d’œuvre spécialisée. Or, avec l’appui et la ténacité adaptés, particulièrement grâce à des politiques publiques de soutien de l’emploi et même des salaires, ces compétences peuvent ouvrir à des millions de travailleurs des perspectives de carrières sérieuses et tournées vers l’avenir – ce qui entraînerait une baisse régulière de la pauvreté et une hausse du niveau de vie.

Deuxièmement, les gouvernements devraient travailler ensemble pour simplifier et rationaliser le transport, le rendre aussi « vert » et efficient que possible, en encourageant par exemple la standardisation des conteneurs et de l’étiquetage, et en suivant l’évolution de la terminologie des données. La numérisation complète des procédures douanières réduirait l’attente aux frontières, limitant les retards dans les systèmes logistiques et renforçant les avantages économiques et environnementaux du commerce international moderne. L’utilisation, dans les procédures douanières, des données en temps réel et des outils d’optimisation permettrait également à une infrastructure mondiale reposant sur l’information et les technologies de la communication de jouer un rôle encore plus important dans la réduction des impacts du transport et de la distribution sur l’environnement. Un soutien politique international sera indispensable. L’OCDE pourrait avoir un rôle déterminant, aux côtés d’institutions comme l’Union postale universelle des Nations Unies, pour faciliter la coopération internationale sur la réglementation des services postaux et de livraison.

Troisièmement, les décideurs politiques devraient donner un coup de pouce aux détaillants en ligne. Les PME peuvent être des moteurs du changement, grâce à leur capacité d’adaptation aux nouveaux environnements opérationnels et aux nouveaux modèles d’entreprise. Cependant, elles sont souvent limitées par des contraintes financières, de temps ou de compétence. Ces problèmes pourraient être surmontés grâce à des structures de soutien, allant des services numériques aux coopérations public-privé – par exemple, en sensibilisant vendeurs et consommateurs aux problématiques de fabrication et d’approvisionnement. Deux exemples parlants d’une transparence qui encourage la curiosité, instaure la confiance et soutient la mise en place de normes industrielles : les « Chroniques de notre empreinte », qui exposent en détail la chaîne d’approvisionnement de Patagonia, et la transparence totale d’Honest By quant à chaque élément composant ses produits.

Il existe un aspect politique important à la transparence des flux commerciaux : les règles d’origine doivent refléter les schémas des petits exportateurs à l’international, et être moins pesantes au niveau administratif afin que les PME et microentreprises soient capables de s’y reporter. Les informations que ces règles (règles non préférentielles incluses) font ressortir pourraient être combinées à des analyses de données massives et bénéficier ainsi aux consommateurs, tout en permettant aux flux commerciaux d’être plus efficients et transparents.

Quatrièmement, un ensemble d’initiatives doit être mis en place pour rendre la charpente elle-même plus verte. Les PME tirant de plus en plus avantage des possibilités commerciales offertes par la technologie, l’intensité énergétique des échanges va augmenter. Les centres de traitement des données alimentés par des sources d’énergie plus vertes se développent.

Le problème, c’est que les énergies propres sont souvent plus coûteuses que les énergies fossiles, entraînant des coûts d’exploitation plus élevés pour les entreprises respectueuses de l’environnement. Les gouvernements pourraient, par exemple, soutenir les politiques d’énergie propre en rendant les énergies renouvelables plus abordables.

Références

Ahmed, Usman, et al. (2013), « Can the WTO adapt to a world where everyone is empowered to engage in global trade? » dans Building on Bali: A Work Programme for the WTO, Centre for Economic Policy Research, Londres, www.voxeu.org/content/building-bali-work-programme-wto

Ash, Ken (2013), « De l’importance des négociations UE/États-Unis sur les échanges et l’investissement » L’Observateur de l’OCDE, n° 297, T4.

Finnbogason, Saemundur K. (2013), Sustainability Within Online and Mobile-Enabled Commerce: How Is Sustainability Being Affected in This Form of Commerce Conducted via Small and Medium-Sized Enterprises?, Université de Lund, International Institute for Industrial Environmental Economics (IIIEE), Suède

Flatters, Frank (2001), Modern Trade Policies for the Global Economy, présenté à la conférence de la Queen’s University et du MIER financée par l’ACDI sur la mondialisation et l’économie de la connaissance, Kuala Lumpur, Malaisie.

OCDE (2010), Mondialisation, transport et environnement (ressources électroniques), OCDE, Paris.

OECD (2012), Toujours plus d’inégalité : Pourquoi les écarts de revenus se creusent, Éditions OCDE, Paris.

Vézina, Pierre-Louis, et Hanne Melin (2013), « eBay et l’essor des micro-multinationales », L’Observateur de l’OCDE, n° 295, T2 2013




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