Perspectives économiques : Pour une reprise résiliente*

Rintaro Tamaki, Secrétaire général adjoint de l'OCDE et Chef économiste par intérim

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Depuis la Grande Récession, la reprise a été lente et ardue,  et a menacé de dérailler à plusieurs occasions.      

Les grandes économies avancées montrent enfin des signes d’accélération de l’activité. Dans le secteur privé, la confiance se rétablit. Après des années d’anémie, l’investissement et les échanges commencent à se redresser. Si le chômage reste à des niveaux inacceptables, la situation sur le marché du travail s’éclaircit dans la plupart des pays et elle a cessé de se détériorer dans quasiment toutes les économies avancées.     

Dans les grandes économies de marché émergentes en revanche, le rythme de la croissance a ralenti. Pour une part, cette décélération n’est pas alarmante et reflète simplement un ralentissement conjoncturel après une période de surchauffe ; de fait, les taux de croissance désormais observés en Chine sont incontestablement plus soutenables, d’un point de vue économique comme d’un point de vue environnemental, que les taux à deux chiffres d’il y a quelques années. Cela étant, gérer le ralentissement du crédit et les risques qui se sont accumulés pendant la période d’abondance de liquidité à l’échelle mondiale pourrait constituer un défi majeur.     

La probabilité de voir se reproduire certains des événements ayant le plus inquiété les marchés et les responsables de l’action publique ces dernières années s’est atténuée. Les risques sont d’une manière générale plus équilibrés, même si les risques à la baisse restent prédominants. Les tensions financières dans les marchés émergents pourraient bien faire dérailler la reprise mondiale et avoir des retombées plus importantes que prévu. Il ne s’agit en outre pas de la seule menace sur les prévisions. Le recul de l’inflation dans la zone euro pourrait conduire à la déflation. De plus, les risques géopolitiques se sont avivés depuis le début de l’année.   

Désormais, les pouvoirs publics ne sont toutefois plus confrontés à l’urgence d’éviter un désastre et peuvent se consacrer à promouvoir une reprise plus forte et plus résiliente. Il reste encore à s’attaquer à l’héritage de la crise. Elle a en effet laissé des cicatrices sur le marché du travail, sous la forme notamment d’une hausse du chômage et d’une baisse du taux d’activité des populations les plus vulnérables. Les perspectives de croissance sont plus modestes qu’avant la crise. En outre, l’une des principales leçons de cette crise réside dans la nécessité de rendre nos économies et nos sociétés plus résilientes — plus robustes face aux chocs — et plus inclusives, les gains de prospérité résultant de l’affermissement de la croissance devant être mieux répartis au sein de la population. Des mesures ont déjà été prises dans ces deux directions, mais il faut faire bien davantage encore.  

Après des années difficiles, marquées par la faiblesse de la croissance et la rigueur budgétaire, les responsables de l’action publique doivent relever ces défis alors même que leur capital politique est bien érodé. Pour autant, il leur faut saisir l’opportunité d’installer la croissance sur des bases plus solides et plus durables. Cela est indispensable pour renforcer la confiance et pour ce faire, ils doivent s’appuyer sur des mesures macroéconomiques et structurelles, et notamment promouvoir des cadres institutionnels facilitant la mise en œuvre des réformes.  

Compte tenu des risques persistants que la croissance soit finalement plus faible que prévu, du niveau élevé du chômage, d’une inflation bien en deçà des objectifs et de l’ampleur des dettes publiques, les politiques monétaires doivent rester accommodantes dans les grandes zones de l’OCDE. En particulier, nous appelons la Banque centrale européenne (BCE) à prendre de nouvelles mesures pour ramener plus fermement l’inflation vers son objectif, et à se tenir prête à prendre d’autres mesures d’expansion non conventionnelles au cas où l’inflation ne montrerait aucun signe de s’en rapprocher.[…]  

Dans la plupart des pays, réduire la dette publique pour la ramener à des niveaux plus prudents et gérer les tensions sur les dépenses futures de retraite et de santé sera un défi majeur qui nécessitera des réformes budgétaires pour garantir la viabilité des dépenses publiques à long terme sans compromettre la qualité des services publics.  

Le moment est venu de passer à la vitesse supérieure dans les réformes structurelles. Ces réformes, si elles se heurtent souvent à la résistance de groupe d’intérêts, peuvent cependant être bénéfiques pour tous, en augmentant le potentiel de croissance tout en permettant à une grande partie de la population la plus pauvre d’accroître son niveau de vie. Ces politiques sont essentielles à la réussite des Abenomics au Japon, ainsi qu’au rééquilibrage de la zone euro et à la convergence à la hausse des revenus dans les économies émergentes.  

Des efforts de réforme impressionnants ont déjà été déployés dans les pays touchés par la crise, mais il reste une marge substantielle d’amélioration de la productivité et de création d’emplois au moyen de politiques destinées à lever les obstacles à la concurrence nationale et internationale dans les pays avancés et dans les économies émergentes. Une telle évolution stimulerait l’innovation et permettrait de tirer le meilleur profit des chaînes de valeurs mondiales, ainsi que de doper l’investissement à court terme et de favoriser la résilience.  

Alors que le chômage commence à refluer, il est absolument indispensable de prendre des mesures pour s’attaquer au chômage de longue durée et faire en sorte qu’il ne devienne pas structurel ; à cet effet, il faut adopter des réformes qui permettront de supprimer les obstacles à des créations d’emplois plus robustes, ainsi que renforcer et repenser les politiques actives du marché du travail.

*Extraits de l’éditorial initialement publié dans les Perspectives économiques de l’OCDE, n° 95, mai 2014. La version intégrale est consultable ici.




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