Le prêt-à-porter au Bangladesh : Un secteur sorti de l'oubli

Khadija Farhana, journaliste indépendante, Dacca, Bangladesh*

L’effondrement du Rana Plaza à Dacca, tuant plus d’un millier d’ouvriers, n’a pas été qu’un drame humain. Au Bangladesh, le secteur de l’habillement occupe une place considérable, tant au niveau économique que social. Il est donc d’autant plus important de faire face aux conséquences de cette tragédie. 

Le prêt-à-porter représente environ trois quarts des recettes totales d’exportation. Il emploie quelque 4,2 millions de personnes, principalement des femmes, dont la moitié vient des zones rurales et de villages reculés. En 2013, ce secteur comptait environ 5 000 usines et rapportait au Bangladesh 19 milliards USD par an.

En juin 2013, le gouvernement bangladais a chargé un conseil des salaires de revoir la rémunération des ouvriers. En novembre, celui-ci a fixé le salaire minimum à 5 300 BDT (68,40 USD) par mois, avec une base de 3 000 BDT (39 USD) pour les ouvriers débutants. Les propriétaires des usines ont commencé à appliquer le nouveau barème en décembre 2013.

Au cours des 15 dernières années, le secteur de l’habillement a bouleversé le pays par sa contribution à la croissance du PIB, à l’autonomisation des femmes, à la production de revenus chez les immigrés des zones rurales et au développement socio-économique. Environ la moitié des devises qu’il rapporte vient des ventes à l’UE et aux États-Unis, le reste provenant notamment du Canada, du Japon, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et de la Russie. Des marchés s’ouvrent aussi au Moyen-Orient, en Amérique latine et en Afrique.

Cependant, les marques mondiales ont commencé à subir d’énormes pressions de la part des consommateurs alors que des controverses éclataient aux États-Unis, au Canada et dans les pays de l’UE sur la possibilité d’acheter en toute confiance des vêtements produits au Bangladesh.

Les usines du pays ont en effet été qualifiées de pièges mortels pour les ouvriers. Le Rana Plaza en est un exemple tragique. Des détaillants européens ont réagi en instituant l’Accord sur la sécurité des bâtiments au Bangladesh, et leurs homologues d’Amérique du Nord,  l’Alliance pour la sécurité des travailleurs, afin d’évaluer la conformité aux normes des ateliers de confection. Les autorités bangladaises ont aussi chargé une commission d’examiner les conditions de fonctionnement de plus de 3 500 usines d’habillement.

L’Accord vise à vérifier les conditions de travail dans 1 619 usines, et l’Alliance, dans 700 autres. Ces établissements produisent 86 % des vêtements dans le pays, qui sont exportés vers l’Europe et les États-Unis. Des rapports ont été élaborés au titre des deux dispositifs après l’inspection d’environ 700 sites.

Grâce notamment à ces rapports, les autorités ont fermé 13 usines dans quatre immeubles de Dacca et Chittagong.

Parallèlement au relèvement du salaire minimum, les pouvoirs publics ont pris d’importantes mesures parmi lesquelles la vérification préliminaire de la sécurité des bâtiments par des inspecteurs et  l’enregistrement de davantage de syndicats. En 2013, 96 nouveaux syndicats du secteur de l’habillement ont été inscrits auprès du ministère du Travail bangladais, contre deux seulement les deux années précédentes. Actuellement, 222 syndicats sont enregistrés auprès du ministère pour ce secteur.

L’indemnisation ne va pas sans difficulté. Les autorités bangladaises ont certes prélevé 235,5 millions BDT dans le fonds de secours du Premier ministre pour les victimes du Rana Plaza, mais une étude du Centre for Policy Dialogue montre que seulement 41 des 333 rescapés gravement blessés ont reçu des indemnités. Environ 88 % d’entre eux n’ont donc pas encore obtenu d’aide financière du fonds du Premier ministre.

Les effets de la tragédie du Rana Plaza vont continuer à se faire sentir. Selon Zaid Bakht, chercheur au Bangladesh Institute of Development Studies (BIDS), le secteur de l’habillement a enregistré une croissance de 13 % malgré le drame. Pour lui, cet événement a attiré l’attention du monde entier sur le problème de la sécurité sur le lieu de travail et des droits des travailleurs dans le pays, amenant ainsi les autorités nationales, les enseignes, les organisations internationales et les ouvriers à unir leurs efforts de façon inédite pour améliorer la situation dans le secteur.

Hafiz Ahmed Mazumder, propriétaire d’une usine de vêtements, estime que « le secteur du prêt-à-porter était surtout en proie à un grand désordre. Ses responsables prennent [maintenant] des mesures constructives pour faire progresser les droits des travailleurs et leurs conditions de travail. »

*Mme Khadija Farhana a beaucoup écrit sur les questions de développement, notamment pour DEVEX, The Networker, Digital Development Debates, The Guardian et la Banque asiatique de développement. Elle est membre de l’International Environmental Communication Association, DEVEX. Les opinions exprimées sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de l’OCDE ou de ses pays membres. 

©L'Observateur de l'OCDE n°299, T2 2014




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