Construire un monde inclusif, résilient et responsable

Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE

« Des économies résilientes et des sociétés inclusives : donner à chacun  les moyens de l’emploi et de la croissance » : le thème de la Réunion du Conseil au niveau des ministres (RCM), tenue à Paris les 6 et 7 mai derniers, en parallèle avec le Forum de l’OCDE (5 et 6 mai), était particulièrement pertinent alors que l’incertitude économique  mondiale, le chômage et le creusement des inégalités soulignent la  nécessité de donner à tous les moyens de réaliser leur potentiel.

Qui mieux que le Japon, qui présidait cette année la RCM à l’occasion  du cinquantenaire de son adhésion à l’OCDE, peut incarner la notion de résilience? Confronté à des catastrophes naturelles et à une  récession économique prolongée, ce pays a toujours su rebondir. Nous  avons eu l’honneur d’accueillir le Premier ministre, M. Shinzo Abe, et de bénéficier de son analyse passionnante des réformes structurelles  entreprises pour revitaliser l’économie japonaise.

Comme le Japon, tous les pays de l’OCDE et ses pays partenaires sont déterminés à sortir renforcés de la crise et à bâtir un avenir plus  résilient et plus inclusif. La RCM et le Forum l’ont affirmé avec force et clarté : les décideurs doivent agir sans attendre pour stimuler la  reprise mondiale et s’assurer que les bénéfices en sont largement  répartis grâce à une croissance plus inclusive.

Lors de notre réunion annuelle, les ministres ont souligné leur  engagement à mener des politiques susceptibles de créer des emplois  de qualité, améliorer le bien-être, protéger l’environnement, restaurer la confiance et donner à chacun les moyens de participer activement à  la société. Ils ont notamment adopté la Déclaration relative à l’échange  automatique de renseignements en matière fiscale entre pays et  juridictions, qui définit une norme internationale permettant  d’accentuer les efforts de transparence financière et de lutte contre la fraude fiscale. Pour encourager une croissance verte, ils ont souscrit à la Déclaration sur le changement climatique, qui aidera l’OCDE à  définir les différentes mesures requises pour atteindre l’objectif « zéro émission nette de carbone » à l’horizon 2050, et contribuera au succès de la Conférence des Nations Unies sur le changement  climatique (COP 15), à Paris en 2015. Les ministres ont aussi invité  l’Organisation à approfondir ses travaux sur la protection de la vie  privée sur internet, et ont adopté la Recommandation de l’OCDE sur la gouvernance des risques majeurs, d’origine humaine ou naturelle.

Les ministres ont aussi pu débattre de la manière dont l’éducation et  les compétences peuvent autonomiser tous les citoyens − notamment  les femmes, les jeunes et les seniors – et ont salué le rapport All on Board : Making Inclusive Growth Happen, qui analyse les moyens de  garantir un meilleur partage des chances de s’épanouir dans la santé  et le bien-être. Ils se sont aussi penchés sur les premières conclusions  et recommandations des initiatives sur les Nouvelles approches face  aux défis économiques (NAEC) et sur la croissance inclusive, qui tirent  les leçons de la crise pour encourager une évaluation sans a priori des  différentes politiques possibles.  

Ce n’est là qu’un échantillon des moments forts de la réunion  ministérielle de l’OCDE, dont les déclarations et les conclusions sont disponibles sur www.oecd.org/fr/rcm et dont ce numéro de  L’Observateur de l’OCDE donne un aperçu. Il en ressort que notre action  est dictée par la détermination à restaurer la motivation et la confiance,  si indispensables au progrès. Les citoyens, ayant perdu confiance dans  la politique, les banques, les médias, et même dans leur prochain,  ressentent un sentiment de découragement. Il appartient aux décideurs  politiques de regagner cette confiance.

Mais ils n’y parviendront pas seuls. Les entreprises, qui créent des  emplois, de la richesse et des débouchés, animent le développement  mondial et influencent idées et mentalités, doivent les épauler dans  cette tâche. Il faudra travailler ensemble à l’amélioration constante  des règles concernant notamment la fraude fiscale, les marchés publics, la diligence raisonnable dans les chaînes d’approvisionnement, la  gouvernance d’entreprise, les conflits d’intérêts, le lobbying et la  corruption. Il faudra également renforcer l’état de droit et la bonne  gouvernance, dans le public comme dans le privé, et tirer parti de tout l’arsenal offert par l’OCDE : conventions et principes, cadres de référence, examens par les pairs et mécanismes de normes non  contraignantes, rassemblés dans notre initiative CleanGovBiz.  

Comme en témoigne le dossier de cette édition, il est essentiel  d’améliorer la conduite des entreprises. Cet impératif a été souligné lors de la RCM et a inspiré le message clé du Forum mondial sur la  conduite responsable des entreprises et de la réunion ministérielle  informelle, tenus à l’OCDE les 26 et 27 juin : les entreprises  internationales doivent faire plus que le strict minimum. Que ce soit  avec leurs salariés, leurs sous-traitants, leurs clients, les autorités  fiscales ou dans le secteur de l’environnement, elles doivent agir de  façon responsable tout au long de leurs chaînes d’approvisionnement.

Les Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises  multinationales sont à cet égard un instrument très utile : ils offrent aux entreprises un cadre de référence juste, solide et internationalement reconnu, tout en donnant au public la possibilité de se faire entendre via les points de contact nationaux.  

L’effondrement du Rana Plaza au Bangladesh en 2013, tuant plus d’un  millier d’ouvriers confectionnant des vêtements destinés aux marchés  occidentaux, a tragiquement rappelé l’interconnexion des marchés et  l’importance vitale de la conduite responsable des entreprises. J’exhorte  les employeurs, les syndicats et la société civile à joindre leurs forces  pour veiller au respect des principes directeurs partout dans le monde,  dans l’intérêt de tous.

Les nuages de la crise se dissipent, mais, pour que la tempête s’éloigne,  secteurs public et privé doivent redoubler d’efforts − à l’échelle locale,  nationale et mondiale − afin de bâtir ensemble le monde inclusif,  résilient, heureux et sûr que nous désirons et méritons tous.

©L'Observateur de l'OCDE N° 299 T2 2014

Voir aussi:

Les éditoriaux d'Angel Gurría

www.oecd.org/fr/apropos/secretairegeneral




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