La croissance et l’emploi avant tout

L’OCDE au sommet du G20 de Saint-Pétersbourg

©OCDE

La tenue du sommet des chefs d’État et de gouvernement à Saint-Pétersbourg les 5 et 6 septembre a marqué le point d’orgue de la présidence russe du G20 – « premier forum de coopération économique internationale ». La Russie a mis à profit la position privilégiée que lui conférait la présidence d’un groupe représentant 80 % du PIB mondial et parfois surnommé le « comité directeur » de l’économie mondiale pour apporter une contribution notable à la reprise de l’économie mondiale.

Le gouvernement russe, sous la conduite avisée de ses équipes de sherpas et de financiers, a en effet assumé cette responsabilité de façon ambitieuse et novatrice, en élaborant un programme cohérent avec beaucoup de détermination. C’est à juste titre qu’il a mis l’accent sur la promotion de la croissance, compte tenu des perspectives toujours très incertaines pour de nombreux pays du G20, des graves conséquences sociales de la crise et de la faiblesse du redressement des échanges et de l’investissement. Les dernières analyses de l’OCDE concluent que la reprise mondiale a été particulièrement lente par rapport aux évolutions passées et que, après cinq ans de crise, les pays du G20 n’ont toujours pas rattrapé les niveaux de production antérieurs.

Partenaire de longue date du G20, notre organisation a été honorée d’apporter une contribution active à la présidence russe. Le thème de la croissance développé par la présidence avec notre soutien a permis de définir les grands défis auxquels doit faire face l’économie mondiale, et d’élaborer des mesures adaptées et concrètes pour les relever.

Réformes structurelles, emploi et investissement

Avec beaucoup d’efficacité, la présidence russe a défini plusieurs leviers indispensables pour remédier aux difficultés nées de la crise et encourager la croissance. Le premier point est la nécessité pour toutes les économies du G20 de procéder à des réformes structurelles. Depuis quelque temps déjà, l’OCDE a montré que, compte tenu de la marge d’action limitée qu’offrent les instruments monétaires et budgétaires, des réformes structurelles sont nécessaires pour assurer une croissance plus forte, plus durable et mieux partagée. En nous appuyant sur notre publication annuelle Objectif croissance, nous avons aidé le G20 à suivre la mise en oeuvre des engagements de réformes structurelles pris par les pays au sommet de Los Cabos. Nous avons aussi pris une part active à la mise au point et au renforcement de la composante politiques structurelles du nouveau plan d’action de Saint-Pétersbourg que les chefs d’État et de gouvernement du G20 s’apprêtent à adopter.

Vient ensuite l’initiative phare de la présidence russe : le financement des investissements, qui vise à redynamiser les investissements, en particulier à long terme, en exploitant les sources traditionnelles et nouvelles de financement. L’OCDE a apporté une contribution décisive à cette initiative et présentera aux dirigeants du G20 des principes de haut niveau destinés à aider les responsables politiques à créer un environnement incitant les investisseurs institutionnels à s’engager à plus long terme.

La création d’emplois et le renforcement des politiques de l’emploi sont également au coeur des préoccupations de la présidence russe, ce qui n’est pas surprenant, les pays du G20 comptant aujourd’hui 93 millions de chômeurs. Avec nos collègues de l’Organisation internationale du travail (OIT), nous avons continué de soutenir les efforts du G20 dans ce sens, notamment en formulant des conseils spécifiques sur les activités de création d’emplois, les mesures d’activation et le soutien aux populations les plus vulnérables. Dans ce contexte, nous avons participé à la quatrième réunion des ministres du Travail et de l’Emploi du G20 et à la première réunion conjointe des ministres du Travail et des Finances, qui se sont tenues à Moscou en juillet 2013.

Les travaux du G20 sur l’accès aux services financiers, la protection des consommateurs de services financiers et l’éducation financière viennent utilement compléter la réforme financière, en permettant aux citoyens de mieux comprendre des instruments financiers complexes et les risques auxquels ils s’exposent en y recourant. L’OCDE a formulé des recommandations sur l’application efficace des principes de haut niveau du G20 sur la protection financière des consommateurs et sur l’éducation financière, qui ont été approuvés, respectivement, aux sommets de Cannes et de Los Cabos. Elle a aussi contribué activement à l’évaluation (globalement positive) des trois années de mise en œuvre du Plan d’action pluriannuel de Séoul sur le développement (rapport sur le suivi des engagements pris par le G20 en faveur du développement) et à l’élaboration d’une feuille de route pour les prochains travaux du G20 dans ce domaine (Stratégie de développement de Saint-Pétersbourg). Nous continuons de penser que le G20 a beaucoup à offrir aux pays à faible revenu en leur permettant de tirer profit d’une économie mondiale plus forte et des accords qui peuvent être conclus dans le cadre du G20.

Créer un environnement réglementaire favorable à la croissance

La création d’emplois de qualité et le renforcement des investissements sont essentiels pour stimuler la croissance, mais il faut aussi tenir compte des insuffisances de la réglementation qui ont contribué à la crise, et créer un environnement réglementaire favorable à une croissance plus forte mais durable. Il faut également veiller à ce que le système financier joue le rôle qui lui est dévolu, en finançant des activités productives et en entraînant l’économie. L’OCDE a formulé à cet égard des propositions très concrètes sous la présidence russe pour atteindre son objectif de croissance grâce à une réglementation efficace.

En matière de réglementation financière, nous avons souligné la nécessité d’achever la remise en état du système financier et de veiller à ce que les banques jouent de nouveau leur rôle. Nous nous sommes prononcés pour des réformes structurelles ambitieuses du secteur bancaire, en particulier pour la séparation et le cloisonnement des activités à risques (produits dérivés) et plus traditionnelles (activités de détail). Nous avons aussi recommandé une recapitalisation appropriée des banques dans les économies avancées, notamment dans la zone euro, en évaluant leurs besoins de capitaux frais sur la base d’un ratio de levier simple. Nous nous félicitons que ces propositions audacieuses, déjà anciennes, trouvent progressivement leur place sur l’agenda des décideurs et des responsables des réglementations des pays du G20.

Une autre priorité, sur laquelle les pays du G20 peuvent influer de façon décisive, consiste à renforcer la croissance par le maintien de l’ouverture des marchés aux échanges et aux investissements. Nous avons ainsi continué, avec l’OMC et la CNUCED, d’assurer le suivi des mesures protectionnistes dans les pays du G20 et de diffuser des analyses soulignant les avantages, en termes d’emploi et de croissance, des régimes ouverts aux échanges et aux investissements. Au cours de la présidence russe, nos travaux sur les chaînes de valeur mondiales et les échanges en valeur ajoutée ont encore davantage confirmé l’intérêt économique d’une libéralisation multilatérale plus poussée et de l’avancement des négociations sur des questions comme la facilitation des échanges, en montrant que le protectionnisme était voué à l’échec dans un monde toujours plus interconnecté.

Restaurer la confiance

Enfin, et surtout, nous nous félicitons que la présidence russe ait mis l’accent sur la relance de la croissance par la confiance et la transparence. En effet, la faiblesse de la reprise en cours s’explique en partie par une perte de confiance des citoyens et des acteurs économiques à l’égard des institutions – pouvoirs publics et marchés – en raison de la crise.

À la demande des dirigeants du G20, l’OCDE contribue amplement à cet objectif par ses travaux sur la transparence fiscale internationale et les solutions à envisager face à l’érosion de la base d’imposition et au transfert de bénéfices. L’optimisation fiscale agressive, ainsi que l’évasion et la fraude fiscales, présentent des risques graves, non seulement pour les recettes fiscales, mais aussi sur le plan de la souveraineté et de l’équité fiscales dans tous les pays du G20. Pour le sommet de Saint-Pétersbourg, l’OCDE a mis au point en collaboration avec les membres du G20 un Plan d’action complet et ambitieux sur l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices, qui prévoit de revoir les règles, les normes et la transparence de la fiscalité internationale, en particulier la double (non-)imposition et les prix de transfert. En outre, le G20, avec le soutien de l’OCDE, s’est engagé à adopter l’échange automatique de renseignements à des fins fiscales, que les dirigeants du G20 vont probablement désigner comme la nouvelle norme mondiale au sommet de Saint-Pétersbourg. Les accords conclus entre pays du G20 en faveur de règles fiscales plus strictes sont l’une de ses réalisations majeures, et nous sommes fiers d’avoir joué un rôle central dans ces négociations.

L’OCDE plus que jamais partenaire naturel du G20

Le crédit et la confiance accordés par la présidence russe à nos contributions témoignent non seulement de la profondeur, de la portée et de la qualité de nos travaux, mais aussi de sa volonté de faire véritablement progresser les objectifs économiques internationaux. Par sa collaboration étroite avec elle, l’OCDE a pu contribuer largement aux objectifs du G20 dans le cadre d’une relation profitable de part et d’autre. Au-delà de ces résultats significatifs, nous avons eu le plaisir de travailler avec une équipe russe pleine de talent, et je saisis cette occasion pour féliciter Xenia Youdaeva et Svetlana Lukach, de l’équipe des sherpas, ainsi que Sergueï Storchak et Andreï Bokarev, du groupe Finances, qui ont su concevoir ce programme de grande qualité en s’appuyant sur l’excellent travail des experts de l’OCDE. Du côté de notre Organisation, je voudrais attirer l’attention sur les travaux de fond et les contributions de valeur des directions de l’OCDE dans les domaines de la fiscalité, de l’emploi, des échanges, de l’investissement, du développement, de l’environnement, de la lutte contre la corruption et de l’éducation financière, sur le rôle moteur de Pier Carlo Padoan, représentant de l’OCDE auprès du G20 Finances, Chef économiste et Secrétaire général adjoint, et sur la coordination et le soutien assurés par le Bureau du Sherpa, à savoir Nicholas Pinaud ainsi qu’Andreas Schaal, devenu chef du Bureau lorsque Fabrizio Pagani a été nommé Sherpa de l’Italie et conseiller diplomatique du Premier ministre Enrico Letta.

Les préparatifs solides et stratégiques du sommet augurent bien de ses résultats et nous sommes heureux d’en être partie prenante.

Voir www.oecd.org/g20

Voir aussi www.oecd.org/fr/economie

©L'Observateur de l'OCDE n° 295, T2 2013




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