Naître fille : mauvais karma ?

L’OIT estime qu’au moins 2,45 millions de personnes dans le monde sont actuellement victimes d’exploitation au travail, et qu’en outre 1,2 million font l’objet d’un trafic d’êtres humains chaque année, tant au niveau international que dans leur propre pays. Parmi elles, 80 % sont des femmes et des filles, selon l’ONU.

La traite d’êtres humains et l’esclavage sont des activités illégales extrêmement lucratives, arrivant en troisième position après le trafic d’armes et de drogue au niveau mondial. C’est ce qu’indique une estimation onusienne souvent citée – même si l’ONU n’indique pas de source précise, peut-être à cause de la difficulté à obtenir des données sur les activités criminelles inhérente au sujet, ou parce que les estimations incluent d’autres activités comme le convoi illégal d’immigrés dans un pays. Le département d’État américain définit la traite des être humains comme tout comportement criminel lié au travail forcé et à l’exploitation d’êtres humains à des fi ns sexuelles, fondamentalement tout comportement visant à réduire ou à maintenir une personne en état de servitude.

Pourquoi la traite des êtres humains perdure-t-elle, et pourquoi les femmes en sont-elles les premières victimes ? Économie, culture et traditions, les explications sont multiples. En ce qui concerne l’économie, la situation peut être appréhendée au plan local comme au plan international. La traite et l’esclavage moderne sont mus par les mêmes rouages qui sous-tendent d’autres aspects de la mondialisation, comme la mobilité accrue, le moindre coût des déplacements et la facilité d’organisation de réseaux internationaux. La traite des femmes et des jeunes filles est alimentée par la pauvreté (selon certaines estimations de l’ONU, près de 70 % des pauvres dans le monde sont des femmes) et l’absence de perspectives. Mais les normes sociales qui considèrent les femmes comme des êtres inférieurs, la religion notamment, jouent également un rôle. D’après la Banque mondiale, la prostitution féminine dans la région du Mékong serait en partie liée au fait que, selon le bouddhisme Theravada, les femmes et les filles sont incapables d’atteindre le stade de l’illumination. Alors que les hommes peuvent témoigner gratitude et respect à leurs parents en devenant moine et en suivant la voie de la spiritualité, beaucoup de jeunes femmes pensent qu’elles doivent se sacrifier pour le bien de leur famille, de leur village et pour leur propre karma.

Comme le souligne un petit guide publié par l’OCDE, la traite des êtres humains va souvent de pair avec les violations des droits humains fondamentaux – droit à l’autonomie personnelle, droit de ne pas être tenu en esclavage ou en servitude, droit à la liberté et à la sûreté de sa personne, droit de ne pas subir de traitement cruel ou inhumain, droit à la sécurité et à l’hygiène dans le travail et droit de circuler librement. Les gouvernements eux-mêmes peuvent être fautifs car, souvent, ils choisissent d’emprisonner, de poursuivre ou d’expulser les personnes victimes de la traite d’êtres humains au motif, par exemple, qu’elles contreviennent aux lois sur l’immigration, la prostitution ou la mendicité. Les autorités ne voient parfois dans les victimes que des témoins jetables dont la seule valeur est leur utilité dans la lutte contre les trafiquants.

Patrick Love

Ceci est un extrait adapté. Pour accéder à la version complète, voir www.oecdinsights.org.

Voir également www.oecd.org/parite

©L'Observateur de l'OCDE n° 294, T1 2013




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