Réaliser le potentiel de l’Afrique

L’Afrique peut-elle maintenir sa récente performance économique et mieux tirer parti de ses abondantes ressources ?

Depuis 2000, le PIB de l’Afrique progresse au rythme annuel moyen de 5,1 %, soit près de trois fois la croissance de la zone OCDE durant la même période. Ce rythme devrait se maintenir, malgré les difficultés récentes de certains pays et les vents contraires de l’économie mondiale.

La crise mondiale a pesé sur la croissance en Afrique, surtout par le biais de la baisse de la demande mondiale et des prix des produits de base, du ralentissement des flux d’investissement, mais aussi de la non-concrétisation de promesses d’aide. Les perspectives demeurent cependant souriantes. L’économie africaine devrait progresser de 4,8 % en 2013 et de 5,3 % en 2014, entraînée par une augmentation de la production agricole, des services dynamiques et une production pétrolière et minière en expansion.

Le récent dynamisme économique de l’Afrique s’est appuyé sur des politiques macroéconomiques rationnelles et de solides partenariats avec les grands marchés émergents. Le continent réagit désormais mieux aux chocs et a bénéficié d’une forte demande de produits de base, d’une accélération de l’investissement et d’une meilleure intégration dans les chaînes de valeur mondiales. Les exportations africaines ont quasiment quadruplé en valeur depuis 2000, pour frôler 582 milliards USD en 2011. L’amélioration de la gestion macroéconomique n’y est pas étrangère, et le déficit budgétaire moyen du continent est désormais proche de zéro.

Malgré ces progrès, le continent se heurte toutefois encore à diverses difficultés structurelles.

Presque 78 % de la population d’Afrique subsaharienne vit dans la pauvreté, et 49 % en dessous du seuil de pauvreté (1,25 dollar par jour en 2010). L’Afrique sera probablement la seule région en développement à ne pas atteindre l’Objectif du millénaire pour le développement consistant à réduire de moitié la pauvreté à l’horizon 2015, et elle aura également du mal à atteindre les autres objectifs. Un tiers seulement des Africains a accès à l’assainissement, et un autre tiers n’a pas accès à l’eau potable. Dans ces conditions, la lutte contre les maladies reste une rude bataille.

En outre, les difficultés rencontrées par les États fragiles, dont 200 millions d’habitants ont besoin d’un soutien constant, soulignent l’importance de l’aide au développement et la nécessité pour les donneurs d’inverser la tendance au recul de l’aide.

L’éducation et la création d’emplois sont aussi des priorités. Environ 40 millions de jeunes sont sans travail, leur taux de chômage avoisinant 25 % en Égypte et 50 % en Afrique du Sud. L’Organisation internationale du travail estime que l’Afrique a créé 73 millions d’emplois entre 2000 et 2008, dont 16 millions seulement en faveur des 15-24 ans.

Les inégalités posent également un grave problème, car les disparités de richesse en Afrique sont parmi les plus criantes au monde. En 2010, six des dix pays les plus inégaux au monde se situaient en Afrique subsaharienne. Même avec l’accélération de la croissance, ces inégalités ne se réduisent que lentement.

Les inégalités entre les sexes, dont l’Afrique subsaharienne détient le record, constituent un autre obstacle au progrès. La productivité et la croissance s’en ressentent. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, si les agricultrices avaient accès aux mêmes ressources productives que les hommes, la productivité agricole permettrait de sortir 150 millions d’individus de la faim.

L’Afrique doit transformer ses structures économiques pour que sa population bénéficie d’une croissance plus forte et plus inclusive. Mais comment parvenir à une telle transformation ?

Les ressources naturelles – énergétiques, minérales ou agricoles – du continent lui confèrent un solide avantage comparatif à partir duquel agir. L’OCDE préconise une action à quatre niveaux :

Le premier niveau consiste à adopter des mesures pour améliorer les infrastructures, la logistique et les qualifications, et favoriser le développement du secteur privé. Par exemple, si les problèmes d’infrastructure, de rareté de l’eau, de déficit des qualifications et de pénurie d’énergie étaient résolus en Afrique du Sud, le secteur minier pourrait connaître une croissance annuelle de 3-4 % jusqu’en 2020 et générer au moins 300 000 emplois.

Le deuxième niveau consiste à renforcer le secteur des ressources naturelles en investissant davantage dans des activités à valeur ajoutée et dans le savoir-faire, pour générer plus de recettes publiques et plus d’emplois pour les Africains.

Le troisième niveau implique une gestion plus efficace et durable des ressources naturelles, mettre en place une fiscalité transparente et équitable, promouvoir la concurrence et lutter contre la corruption publique et privée.

Le quatrième niveau consiste à accroître la productivité agricole et développer les interactions avec les industries extractives.

L’heure est venue pour l’Afrique d’une meilleure utilisation de ses ressources naturelles et d’une croissance plus inclusive. L’OCDE est engagée à travailler avec les responsables africains. Nous pouvons partager notre expérience et aider à formuler des politiques meilleures par le dialogue et nos forums mondiaux. Avec les mesures et l’approche stratégique appropriées, les progrès sociaux et économiques récents pourraient augurer d’une prospérité constante et durable en Afrique.

Voir www.observateurocde.org/angelgurria

Voir aussi www.oecd.org/fr/apropos/secretairegeneral

www.oecd.org/fr/afrique  

©L'Observateur de l'OCDE n° 296, T3 2013




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