La dignité et les individus

© OECD/Herve Cortinat

Parler de dignité, c’est parler des hommes. La dignité est une valeur intrinsèque de l’homme, elle lui est innée. La dignité naît aussi des relations entre les hommes. Nous n’y pensons pas ou n’y prêtons guère attention au quotidien parce que nos familles, nos amis, ont la chance de mener une vie relativement privilégiée. D’autant qu’il est difficile de savoir vraiment combien de personnes ont des conditions de vie difficiles – sans compter que leurs voix sont moins souvent entendues.

L’OCDE compile des statistiques, des indicateurs et des analyses qui font appel à de grandes quantités de chiffres : PIB en euros, dépenses de santé en dollars, taux d’abandon scolaire, années d’éducation, chiffres du chômage. Mais derrière ces données, il y a des individus, faits de chair et de sang.

À bien y réfléchir, le chiffre 100 n’est pas toujours égal à 100. Quelle différence entre un groupe de 100 personnes pleines d’assurance, qui se font confiance et ont une solide formation de base, et un groupe de 100 personnes peu sûres d’elles, méfiantes et n’ayant aucune formation élémentaire !

Si vous faites partie du premier groupe, vous pourrez certainement réussir par les voies traditionnelles. Vous aurez sans doute plus d’obstacles à surmonter si vous appartenez au second.

La plupart des gens estiment que subvenir à ses besoins, pouvoir exploiter ses talents et jouir d’une certaine sécurité est primordial. Avoir un emploi régulier et décent est souvent essentiel pour réaliser ces objectifs. Une période de chômage prolongée peut donc fragiliser les gens dans leur estime de soi et leur dignité. Les chômeurs – particulièrement les jeunes chômeurs – ont besoin de notre soutien. Il nous appartient, en tant que sociétés, de ne ménager aucun effort pour créer des emplois, élaborer des programmes du marché du travail, rendre les prestations sociales accessibles aux chômeurs et doter ceux-ci des compétences adéquates.

J’ai mentionné la première constitution de la Norvège, l’une des plus démocratiques de son époque. Mais il y a 200 ans, la démocratie telle que nous la concevons aujourd’hui n’existait nulle part : en effet, le vote était alors réservé à quelques hommes et refusé aux femmes.

Peut-être qu’il y a 200 ans, les femmes ne percevaient pas le déni du droit de vote comme une atteinte à leur dignité. Aucune femme au monde ne jouissait alors de ce droit, la situation pouvait donc être jugée normale. Mais, il y a 120 ans, quelques femmes progressistes ont commencé à penser qu’il n’était pas juste de dénier leurs droits civiques fondamentaux. Elles étaient traitées comme des êtres humains inférieurs.

Dans deux semaines, le 11 juin, la Norvège célèbre le centenaire de l’octroi du droit de vote aux femmes. La Norvège est le quatrième pays au monde à avoir adopté le suffrage universel, donnant ainsi aux femmes et aux hommes les mêmes droits démocratiques. D’autres pays membres de l’OCDE, la Nouvelle Zélande, l’Australie et la Finlande, ont été à l’avant-garde dans ce domaine. Il y a 100 ans, une telle décision était sans précédent et suscitait la controverse ; aujourd’hui, inverser la tendance serait évidemment impensable.

Pourtant, de nos jours, alors que tous nos pays ont adopté le suffrage universel, « le défi de l’égalité » s’est déplacé. Beaucoup reste à faire dans l’ensemble de nos pays, tant pour assurer l’égalité hommes-femmes que pour faire en sorte que le milieu d’origine d’un individu ne limite pas injustement ses perspectives.[...]

[On peut aussi tirer] trois enseignements qui valent pour d’autres organisations et pour la société en général.

Premièrement, si un édifice est bâti sur des valeurs comme la dignité, la confiance et l’égalité, la construction sera plus solide. Deuxièmement, nos dirigeants doivent être clairvoyants et déterminés, et un leader doit savoir diriger – et être un modèle – aussi dans des domaines plus abstraits comme les relations interpersonnelles. La question de la dignité doit être fondamentale et non juste la cerise sur le gâteau.

Dernier enseignement, l’aspiration à devenir une société plus inclusive, plus civilisée et plus humaine est permanente. Nous devons nous y atteler sans relâche, individuellement et collectivement. C’est une tâche ardue mais extrêmement gratifiante. [...]

Extrait de l’allocution d’ouverture de la Semaine de l’OCDE, « L’humain avant tout : emploi, égalité et confiance – et dignité », 28 mai 2013. Le texte intégral est disponible sur www.oecd.org/forum

Voir aussi www.oecd.org/fr/norvege

©L'Observateur de l'OCDE n° 295, T2 2013




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