Échanges: au-delà du Made in Japan

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Les échanges ont toujours été un pilier de l’économie japonaise, mais une intégration aux marchés mondiaux plus poussée stimulerait la croissance à long terme.

Il y a 50 ans, le 28 avril 1964, le Japon devenait membre à part entière de l’OCDE. La même année, Tokyo accueillait les Jeux olympiques d’été. Ces deux événements témoignaient très clairement du renouveau du Japon après les destructions de la guerre. À la fin des années 1980, le Japon était devenu la deuxième économie mondiale, et bien que la Chine l’ait dépassé en 2010, il devrait demeurer au cours des décennies à venir l’une des principales économies mondiales.

Le Japon n’est ni géographiquement étendu ni riche en ressources naturelles. C’est pourquoi les échanges ont contribué de façon décisive au développement économique du pays. La première Étude économique
du Japon, réalisée par l’OCDE juste après son adhésion, soulignait le remarquable taux de croissance des exportations japonaises. Le textile a dominé les années 1950, l’acier et les navires la décennie suivante, les voitures et l’électronique grand public, les années 1980. Plus récemment, la composition des exportations et importations continue d’évoluer à mesure que de nouveaux acteurs s’implantent sur le marché mondial et que la technologie progresse.

La fragmentation internationale de la production sur les chaînes de valeur mondiales (CVM) est une caractéristique principale de l’économie mondiale actuelle. Une voiture japonaise est, par exemple, assemblée dans plusieurs usines dans le monde, et les composants, pièces et autres intrants, notamment la construction mécanique et la conception, ajoutent de la valeur au produit tout au long de la chaîne de production. Ce phénomène est étroitement lié aux progrès des technologies de l’information et de la communication, et à l’intégration internationale par les accords commerciaux. La véritable valeur
du flux de biens et services dans ces chaînes de production mondiales n’est cependant pas toujours exprimée par les statistiques classiques du commerce international. Par exemple, une voiture japonaise terminée peut être exportée depuis l’usine d’assemblage final en Malaisie, mais la majeure partie de la
valeur en termes de composants électroniques et de conception a pu être initialement produite au Japon. Les indicateurs OCDE-OMC des échanges en valeur ajoutée (ÉVA) offrent un aperçu de l’intégration du Japon et de sa spécialisation dans ces CVM. L’approche ÉVA suit la valeur ajoutée par chaque secteur et chaque pays dans la chaîne de production et la leur attribue ensuite.

L’analyse des échanges en termes de valeur ajoutée montre que la part de la valeur ajoutée nationale dans les exportations japonaises atteint 85 %, un chiffre relativement élevé par rapport aux autres pays de l’OCDE (graphique page précédente). Cela reflète en partie la spécialisation du Japon dans la création et la production de pièces et composants perfectionnés qui sont exportés vers les pays émergents pour l’assemblage final. Cela illustre aussi d’autres facteurs, tels que sa position géographique (proche des économies dynamiques de « l’usine du monde », par exemple), et surtout la taille et la diversité
de son économie, ce qui lui permet davantage de s’approvisionner en intrants produits nationalement. La part de la valeur ajoutée nationale dans les exportations japonaises est similaire à la somme de celles des États-Unis et de l’Union européenne, bien que sa baisse par rapport aux 93 % de 1995 souligne l’intégration plus poussée du Japon dans les chaînes de valeur mondiales. Autrement dit, la part extérieure des exportations japonaises a plus que doublé entre 1995 et 2009. Les indicateurs ÉVA apportent aussi une autre vision des flux d’échanges bilatéraux. La Chine est le premier partenaire commercial du Japon en termes bruts, loin devant les États-Unis au deuxième rang. Mais en termes de valeur ajoutée, les positions s’inversent, ce qui reflète mieux la nature des relations d’offre et de demande sous-jacentes.

Les indicateurs ÉVA révèlent aussi que les services ont un rôle important dans les processus de production et constituent une source potentielle importante de compétitivité des biens, ainsi que des exportations de services. En termes de valeur ajoutée, les services représentent environ 40 % du total des exportations japonaises (graphique ci-dessus), soit plus du double de la part des exportations de services enregistrées dans les statistiques classiques du commerce extérieur (environ 15 %). Ce chiffre reste relativement faible par rapport à la moyenne des pays de l’OCDE (48 %). Cela s’explique en partie par la forte spécialisation du Japon dans les exportations de produits manufacturés par rapport à d’autres pays de l’OCDE (les exportations de services des États-Unis ou du Royaume-Uni sont relativement élevées, par exemple), mais aussi peut-être par l’intégration verticale relativement plus importante des activités industrielles et commerciales au sein des entreprises japonaises, notamment la conception, la recherche-développement, la commercialisation et les ventes. En d’autres termes, il y aurait une marge de progression dans le secteur manufacturier par l’externalisation de quelques-unes de ces activités secondaires.

Comment les politiques commerciales japonaises pourraient-elles tirer parti des ÉVA ? Après 20 ans d’apathie économique, les performances récentes du Japon sont encourageantes. Pour garantir une croissance économique durable à long terme, une plus forte intégration du Japon à l’économie mondiale sera indispensable. L’accès à des intrants importés moins chers ou de meilleure qualité et à l’investissement étranger peuvent améliorer la productivité et la compétitivité. Une concurrence accrue dans les services stimulerait leur innovation et leur productivité, en retard par rapport à l’industrie ces dernières années. Au Japon, les services représentent environ trois quarts de la valeur ajoutée nationale totale, et l’industrie profiterait aussi d’intrants plus efficaces grâce à l’externalisation. La situation est sur le point de changer. Le Japon a signé 13 accords commerciaux régionaux (ACR) ces 10 dernières années, couvrant 19 % des exportations et importations japonaises. Selon la Stratégie de revitalisation du Japon de 2013, ce pourcentage doit être porté à 70 % d’ici 2018 par la mise en place d’ACR avec les principaux partenaires commerciaux. Pour atteindre cet objectif, le Japon a engagé des négociations avec les pays du Partenariat transpacifique (TPP), dont les États-Unis, et avec l’Union européenne. Ces pourparlers sont la preuve encourageante de la volonté du Japon d’ouvrir ses marchés.

Alors qu’il célèbre le 50e anniversaire de son adhésion à l’OCDE, le Japon a su renouveler ses fondamentaux économiques et ouvrir des perspectives prometteuses. Le pays devrait s’être totalement remis des récentes catastrophes naturelles et des « décennies perdues » de stagnation économique quand il accueillera les Jeux olympiques en 2020. Quelle meilleure vitrine que cet événement pour mettre en valeur les nombreux atouts du pays : sa population agréable et éduquée, son mode de vie sophistiqué et sa gastronomie saine mondialement reconnue. Entre temps, il lui est possible de continuer à tirer profit d’une intégration plus poussée dans l’économie mondiale. Participer davantage à la mondialisation stimulerait non seulement le potentiel de croissance japonais, mais permettrait aussi au pays de mieux affronter les chocs à venir.

Références

Échanges en valeur ajoutée du Japon, note par pays : http://oe.cd/tiva

OCDE (2013), Économies interconnectées : Comment tirer parti de chaînes de valeur mondiales, Éditions OCDE, http://oe.cd/gvc

Thompson, Lyndon (2013), « Bénéficier des échanges en valeur ajoutée », L’Observateur de l’OCDE n°295, T2 2013

Voir aussi www.oecd.org/japon

©L'Observateur de l'OCDE n° 298, T1 2014




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