Immigration : balayer une idée reçue

©Mike Segar/Reuters

Dans les menaces relayées par les tabloïds, les immigrés occupent une place de choix. Parcourez les pages ou les commentaires en ligne des journaux les plus virulents, et vous verrez les immigrés accusés de voler des emplois, ou encore de fuir le travail et de « vivre aux crochets de l’État ».

Ces opinions représentent peut-être des extrêmes, mais elles reflètent une certaine ambivalence, voire l’hostilité du public envers les immigrés dans un certain nombre de pays de l’OCDE. Les témoignages sont légion. Un chroniqueur de The Economist rapporte une rencontre entre un parlementaire britannique et un membre de sa circonscription : « Je ne suis pas raciste, dit Phil, chômeur habitant le quartier difficile de Greenwich à Ipswich, mais il faut faire quelque chose à leur sujet ».

Les enquêtes le confirment : selon une étude de 2011 menée dans cinq pays européens et aux États-Unis, au moins 40 % des personnes interrogées dans chaque pays considéraient l’immigration « davantage comme un problème que comme une chance ». Plus de la moitié des personnes interrogées dans ces pays étaient en accord avec la proposition selon laquelle les immigrés étaient une charge pour les services sociaux. Cette idée que les immigrés vivraient des prestations de l’État semble largement répandue. Mais est-elle vraie ?

D’après une nouvelle étude de l’OCDE, ce n’est pas le cas. Dans les pays de l’OCDE en général, les impôts payés par les immigrés s’équilibrent plus ou moins avec ce qu’ils perçoivent sous forme d’allocations. Même là où les immigrés ont effectivement un impact sur les deniers publics (un « impact budgétaire »), celui-ci ne dépasse 0,5 % du PIB que dans 10 pays de l’OCDE, et a davantage tendance a être positif que négatif. En bref, selon le rapport, « les immigrés ressemblent beaucoup au reste de la population » pour ce qui est de leur impact budgétaire.

Il est frappant de voir à quel point cela est vrai pour l’ensemble des pays de l’OCDE, même s’il existe bien sûr des variations qui reflètent en grande partie la nature de l’immigration dans les différents pays. Par exemple, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande recourent largement à l’immigration sélective, et attirent ainsi beaucoup d’immigrés relativement jeunes et instruits. Dans d’autres pays, du Nord de l’Europe notamment, les immigrés humanitaires comme les réfugiés et les demandeurs d’asile sont plus nombreux.

Cela dit, de nombreux pays ont récemment commencé à attirer des immigrés qualifiés, en partie pour la valeur économique de leurs compétences, mais aussi parce que ce type de politique est mieux accepté par la population. Ainsi, au Royaume-Uni, où la résistance face à l’immigration est relativement forte, une enquête a révélé que 64 % des personnes interrogées souhaitaient réduire l’immigration des travailleurs peu qualifiés, mais que ce pourcentage tombait à 32 % lorsqu’il s’agissait des immigrés hautement qualifiés. En effet, l’une des craintes fort répandues à propos des immigrés peu qualifiés est qu’ils vivent des prestations publiques.

Mais encore une fois, le rapport de l’OCDE est surprenant : comme les immigrés en général, les immigrés peu qualifiés ne représentent ni un fardeau ni un bénéfice pour les finances publiques. De fait, ils sont moins susceptibles d’avoir un impact budgétaire négatif que la population nationale équivalente.

Brian Keeley

Cet article a initialement été publié sur www.OECDinsights.org en juin 2013

Voir www.oecd.org/fr/migrations

Voir aussi http://www.oecd.org/fr/els/mig/statcles.htm

©L'Observateur de l'OCDE n° 295, T2 2013




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