La croissance et l’emploi avant tout

Priorités et résultats de la présidence russe du G20

©G20 Russie 2013

La Fédération de Russie a pris la présidence du G20 le 1er décembre 2012, alors que l’ensemble des organisations internationales et des pays avaient revu à la baisse les prévisions de croissance pour l’année suivante. Dans ce contexte, des mesures rapides et coordonnées pour accompagner la reprise s’imposaient, et nous avons décidé de recentrer les travaux du G20 sur la croissance et l’emploi, en visant des actions et des engagements très concrets que les dirigeants du G20 pourraient examiner et éventuellement approuver à Saint-Pétersbourg en septembre 2013. En nous appuyant sur les précédents résultats du G20, nous espérons avoir progressé vers cet objectif durant notre présidence.

Avant tout, nous avons souligné la nécessité de stimuler la croissance par des emplois et des investissements de qualité, puisque le chômage massif et la faiblesse des investissements des entreprises freinaient (et freinent toujours) la reprise.

La croissance par la relance des investissements

Nous avons donc fait de la relance de l’investissement une priorité de la présidence russe du G20. Les faibles perspectives de croissance ont sans aucun doute ralenti les investissements des entreprises, mais les difficultés d’accès à des financements à long terme, notamment au crédit bancaire, ont aussi joué un rôle. C’est pourquoi nous avons réfléchi aux moyens de revoir l’ensemble du système financier afin de privilégier le financement de l’économie réelle, en particulier des investissements productifs à long terme. Il s’agissait de redonner leur fonction traditionnelle aux banques – accorder des prêts – et aux marchés d’actions. En parallèle, nous avons également cherché comment exploiter des sources nouvelles et différentes de financements à long terme, notamment la masse croissante d’actifs détenue par les investisseurs institutionnels –– fonds de pension, fonds souverains et compagnies d’assurance. L’OCDE a apporté dans ce domaine une contribution essentielle, en rédigeant les « Principes de haut niveau sur le financement des investissements à long terme par des investisseurs institutionnels » qui feront partie d’une série de mesures présentée aux dirigeants du G20 à Saint-Pétersbourg.

La croissance par l’investissement dans la création d’emplois

Nous avons placé l’emploi en première ligne, en étudiant et en soutenant activement les solutions auxquelles peuvent recourir les pays du G20 pour remédier à un chômage record. Pour donner une idée de la crise actuelle, notons qu’il faudrait créer 67 millions d’emplois dans l’ensemble des pays pour ramener le ratio emploi/ population à son niveau antérieur.

Avec le soutien des organisations internationales, notamment de l’OCDE, nous avons examiné les progrès accomplis par les membres du G20 dans la concrétisation de leurs engagements en matière d’emploi, considéré la création d’emplois sous l’angle des mesures de politiques monétaire et budgétaire, et étudié les possibilités d’activation du marché du travail ciblant les groupes vulnérables. Nous avons défini et partagé diverses mesures, expériences et bonnes pratiques examinés par les ministres du Travail réunis en juillet à Moscou dans l’optique de favoriser la création d’emplois plus nombreux et de meilleure qualité, notamment en encourageant des réformes structurelles des marchés des produits et de l’emploi, propres à stimuler la croissance en assurant une meilleure coïncidence des compétences et des opportunités d’emploi, et en renforçant l’employabilité par un enseignement de qualité et des programmes efficaces de formation continue. L’OCDE a publié dans ce domaine un rapport important, « Activation Strategies for Stronger and More Inclusive Labour Markets in G20 Countries », qui donne des exemples des bons résultats obtenus au moyen de mesures d’activation adaptées à des groupes vulnérables spécifiques dans des pays du G20 avancés et émergents.

La croissance par l’ouverture des échanges et des investissements

Alors que les responsables des politiques n’ont plus guère d’instruments budgétaires et monétaires à leur disposition, nous sommes convaincus qu’un environnement réglementaire efficace favoriserait la croissance. En particulier, une libéralisation plus poussée des échanges serait un puissant stimulant de la croissance économique mondiale, sans peser sur les finances publiques. C’est pourquoi le renforcement du commerce multilatéral, dans le cadre de notre deuxième objectif général de croissance par une réglementation efficace, figurait parmi nos priorités. Sortir de l’impasse des négociations commerciales du Cycle de Doha constituait sans doute un objectif trop ambitieux et lointain pour le G20, mais nous tenions à ce qu’il adresse, sous notre présidence, un signal fort à la neuvième Conférence ministérielle de l’OMC qui se tiendra à Bali (Indonésie) en décembre 2013.

Je pense que nous avons accompli des progrès intéressants et je tiens à remercier l’OCDE et l’OMC qui, par leurs travaux novateurs sur les chaînes de valeurs mondiales et les échanges en valeur ajoutée, ont apporté une contribution décisive aux débats. En jetant un regard neuf et factuel sur l’évolution des échanges internationaux, et en soulignant qu’il importe autant de pouvoir importer des produits de qualité que d’exporter pour réussir sur les marchés internationaux, ces travaux ont confirmé la nécessité d’intensifier la libéralisation multilatérale.

D’où l’importance d’assurer la mise en œuvre intégrale de toutes les mesures de facilitation des échanges en cours de négociation dans le cadre du Cycle de Doha –– résultat jugé « à portée de main » –– sur lesquelles la conférence de Bali se concentrera. Selon l’OCDE, ces mesures permettraient une baisse des coûts commerciaux pouvant atteindre 10 % dans les économies avancées, et jusqu’à 16 % dans les pays en développement.

L’ouverture des marchés s’est effectuée en grande partie au niveau régional. Les accords commerciaux régionaux (ACR) doivent être compatibles avec le système multilatéral et axés sur les activités de création d’échanges. Par conséquent, nous avons souligné qu’il fallait aussi des mesures de renforcement de la transparence des ACR afin de mieux comprendre leur structure et leurs caractéristiques, et d’aider les entreprises à anticiper et à s’adapter aux changements.

En poursuivant, avec l’OMC et la CNUCED, ses travaux de suivi des nouvelles mesures protectionnistes dans les domaines de l’investissement et des échanges, l’OCDE permettra aussi aux dirigeants de s’appuyer sur des bases solides pour renouveler au Sommet de Saint-Pétersbourg, comme l’espère la présidence, leur engagement de combattre le protectionnisme.

La croissance dans un cadre efficace et transparent, et un environnement fiscal performant et juste

L’un des objectifs clés de notre présidence a été de restaurer la confiance dans le système économique international et d’encourager la croissance par la confiance et la transparence. Après cinq ans de crise et une hausse massive du chômage et de la pauvreté, le plus urgent est de rétablir la confiance des citoyens à l’égard des gouvernements et des marchés. Pour y parvenir, nous devons en particulier lutter avec efficacité et intransigeance contre la corruption, obstacle majeur à la croissance de l’économie mondiale. Nous devons aussi remédier à la fraude fiscale et à l’érosion des bases d’imposition, et veiller à ce que les riches individus et multinationales paient leur juste part d’impôt.

La présidence russe s’est employée à mettre en œuvre le plan d’action 2013–2014 de lutte contre la corruption, adopté il y a un an. Sous la direction conjointe de la Russie et du Canada, le Groupe de travail sur la lutte contre la corruption a élaboré des normes et des outils pour aider les pays à mettre en œuvre certains de leurs engagements essentiels. En particulier, il a adopté des Principes directeurs sur l’application de l’infraction de corruption transnationale ainsi que sur la lutte contre la sollicitation de pots-de-vin, et des Principes de haut niveau sur l’assistance juridique mutuelle. L’OCDE, grâce à ses compétences et à son expérience du suivi de la Convention anti-corruption et de ses examens de l’intégrité, a joué un rôle déterminant dans l’élaboration de ces trois textes. En outre, la présidence russe a lancé une réflexion sur la nature et l’avenir des objectifs du G20 en matière de lutte contre la corruption. À son initiative, le Groupe a adopté un cadre stratégique qui guide ses travaux à moyen terme, et a pu examiner les objectifs fondamentaux de l’engagement du G20 dans cette lutte en s’appuyant sur un document de l’OCDE consacré à la corruption et à la croissance.

Des progrès notables ont également été accomplis dans le domaine de la fiscalité internationale. Nul besoin de souligner le rôle décisif de l’OCDE dans ce domaine ! Nous avons fait un grand pas en avant avec l’adoption du « Plan d’action G20/OCDE sur l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices » qui vise à lutter contre la planification fiscale agressive et la double non-imposition des entreprises multinationales. En matière de fraude fiscale, nous avons également bien avancé, le G20 reconnaissant maintenant l’échange automatique de renseignements à des fins fiscales comme la nouvelle norme mondiale.

La croissance et le développement inclusif

Il importait également d’accentuer les efforts du G20 en faveur d’une accélération de la croissance dans les pays en développement. Comme l’avaient demandé les dirigeants à Los Cabos (Mexique), nous avons entrepris une évaluation complète et précise de la mise en œuvre – presque terminée – du Plan d’action pluriannuel de Séoul sur le développement, qui fait partie du rapport du G20 sur le suivi des engagements en matière de développement. Nous avons aussi jeté les bases des travaux à venir du G20 sur le développement, en formulant la Stratégie de développement de Saint-Pétersbourg. Ce n’est qu’un rapide tour d’horizon des nombreuses initiatives mises en place par la Fédération de Russie au cours de sa présidence du G20, mais il témoigne des multiples facettes de la contribution de l’OCDE à nos travaux et à nos efforts de l’année passée. Au nom des autorités russes, je tiens à remercier de leur aide précieuse Angel Gurría, Secrétaire général de l’OCDE, Gabriela Ramos, son Sherpa pour le G20, et tous les agents qui ont pris part aux travaux du G20.

Voir www.g20.org

Voir aussi www.oecd.org/fr/russie

©L'Observateur de l'OCDE n° 295, T2 2013




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