Vers une reprise durable plus équitable

Un optimisme prudent et de bon aloi se dessine à l’occasion des préparatifs du Sommet du G20 à Saint-Pétersbourg en septembre, incitant les gouvernants à s’attacher de nouveau à coordonner leurs programmes d’action nationaux pour relever des défis mondiaux urgents.

La reprise économique s’installe peut-être enfin, même si nous restons confrontés aux suites de la pire crise du siècle. Il est maintenant urgent de se fixer un cap et de cibler notre action pour relancer l’emploi et affronter les conséquences sociales de la crise. La situation n’est pas sans risques. Les économies avancées, notamment les États-Unis, le Japon et plusieurs pays de l’UE, montrent des signes de reprise encourageants, mais les grandes économies émergentes laissent apparaître certaines fragilités. En effet, elles ne pouvaient qu’être affectées par l’atonie de la demande dans les économies avancées, nous rappelant au passage que nous faisons tous partie de la même économie mondiale.

Les économies avancées doivent au plus vite transformer le redressement de l’activité en reprise économique durable, en engageant de vastes réformes. Certes, l’amélioration des perspectives économiques atténuera les tensions sur les finances publiques et contribuera à faire reculer un chômage record, mais les séquelles de la crise sont telles – environ 93 millions de sans-emploi dans les pays du G20, dont un tiers de chômeurs de longue durée – que nous devons agir sans relâche.

Quant aux marchés émergents, ils doivent stimuler la demande intérieure et accélérer les réformes, tout en forgeant le consensus national et les mécanismes institutionnels nécessaires pour combattre la pauvreté et les inégalités. Surtout, les États doivent rassurer, par des politiques d’ouverture et de transparence, des citoyens redoutant que les acquis sociaux de la dernière décennie ne soient perdus et les enseignements de la crise, oubliés.

La Russie a fait du rétablissement de la croissance l’axe majeur de sa présidence du G20. Il faudra pour cela stimuler la croissance par l’investissement, les échanges et l’amélioration des conditions d’ensemble, notamment dans le domaine fiscal. La croissance doit aussi être plus inclusive.

Dans la plupart des pays du G20, les inégalités se creusent. Entre 2007 et 2010, les inégalités de revenus marchands ont augmenté en moyenne dans la zone OCDE de 1,4 point. Nous devons remédier à ces disparités par des stratégies pour l’emploi et le retour à l’emploi et par des aides aux plus vulnérables, tout en assurant une reprise durable. Compte tenu des dégâts causés au tissu social par la crise, une croissance sans équité n’est pas envisageable.

L’OCDE et d’autres organisations internationales ont apporté leur concours au G20 en proposant des stratégies pragmatiques pour aider les dirigeants à faire avancer le débat sur plusieurs fronts. Je citerai cinq domaines où une action déterminée contribuerait à rendre la reprise durable et plus équitable.

Premièrement, il faut favoriser l’intégration et pour cela, valoriser les compétences, ouvrir les perspectives, améliorer l’accès à l’emploi et la mobilité des travailleurs, et donc rendre les systèmes de prélèvements et de prestations plus équitables et favorables à l’activité, mais aussi investir davantage dans le bien-être des individus au lieu d’affecter les bénéfices au financement de primes excessives et de structures de rémunération faussées.

Deuxièmement, il faut améliorer le soutien aux plus vulnérables– jeunes, femmes, travailleurs peu qualifiés, chômeurs de longue durée et minorités ethniques – et les aider à trouver des emplois décents. Il existe quantité de choses à faire : incitations fiscales, contrats spéciaux ou d’apprentissage et autres dispositifs décrits dans nos rapports au G20. Les initiatives prises dans les économies émergentes montrent que des mesures sociales simples, comme l’allocation pour enfant à charge en Afrique du Sud et la Loi sur la promotion de l’emploi en Chine, peuvent contribuer à cet objectif.

Troisièmement, nous devons réformer les systèmes bancaires pour dynamiser le crédit et rétablir la confiance. Il reste du chemin à parcourir pour renforcer la réglementation du secteur financier, prévenir les risques de contagion et le risque systémique, séparer les activités des banques d’affaires et de dépôt et réduire les risques de défaillance liés aux opérations sur produits dérivés. Compte tenu de son importance pour la réalisation d’objectifs plus généraux, l’investissement à long terme, vecteur d’une reprise durable, doit également être nourri. Dans cette optique, et à la demande de la présidence russe du G20, nous avons élaboré les premiers Principes de haut niveau G20/OCDE sur le financement des investissements à long terme.

Quatrièmement, les pays doivent recourir aux échanges pour acquérir les connaissances, compétences et technologies nécessaires à une croissance durable. L’économie mondiale change, et les politiques traditionnelles d’échanges et d’investissement étranger doivent évoluer. Nos travaux réalisés avec l’OMC et la CNUCED montrent que la structure des échanges s’est modifiée, et repose désormais sur des « chaînes de valeur mondiales » reliant des économies en développement, émergentes et avancées à travers des processus de production complexes à plusieurs niveaux. En analysant les échanges en valeur ajoutée, nous pouvons mettre en évidence l’absurdité du protectionnisme et montrer que faire obstacle aux importations nuit aussi aux exportations. À Saint-Pétersbourg, l’OCDE présentera un premier rapport sur les conséquences, en termes de perspectives et défis pour l’emploi et le développement, des échanges en valeur ajoutée. Nous devons comprendre comment les pays peuvent progresser dans ces chaînes de valeur et adapter leurs politiques de développement.

Cinquièmement, nous devons adapter nos systèmes fiscaux à l’ère du numérique. Les recettes fiscales sont cruciales pour l’action publique. Les transferts de bénéfices et la planification fiscale agressive auxquels se livrent les multinationales – certes licites en vertu des dispositions en vigueur – ont érodé les bases d’imposition dans plusieurs pays du G20. L’OCDE a donc lancé en juillet 2013 un plan d’action complet et ambitieux de révision des règles, des normes et du cadre de la transparence fiscale internationale.

À Saint-Pétersbourg, les dirigeants du G20 commenteront ce plan d’action et examineront les progrès accomplis en termes d’échange automatique de renseignements à des fins fiscales, au moment où nous nous acheminons vers une nouvelle norme internationale unique, plus stricte. Précurseur dans ce domaine, l’OCDE a été à l’origine d’avancées importantes, notamment grâce aux travaux du Forum mondial sur la transparence fiscale, qui devraient constituer une base pour la suite.

En 2008, nombre d’entre nous ont trouvé une consolation dans le vieil adage selon lequel une crise est trop précieuse pour être gâchée, mais cela vaut également pour la reprise économique actuelle. Nous devons travailler ensemble et ne pas perdre cette occasion de nous engager sur la voie d’un avenir meilleur. Nous espérons voir le Sommet du G20 de Saint-Pétersbourg déboucher sur de véritables résultats.

www.observateurocde.org/angelgurria

www.oecd.org/fr/apropos/secretairegeneral

Voir aussi www.oecd.org/fr/economie

©L'Observateur de l'OCDE n° 295, T2 2013




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