L’OCDE et le Japon: célébrer 50 ans d’adhésion

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L’année 1964 a été riche en événements mémorables dans le Japon d’après-guerre. Je n’étais alors qu’un écolier de 10 ans, mais je revois encore l’animation qui régnait dans les rues lors de la mise en service du train à grande vitesse Shinkansen (une quinzaine d’années avant le TGV français) et des Jeux olympiques de Tokyo, tandis que nos vies étaient placées sous le signe du progrès, abstraction faite de l’odeur nauséabonde des gaz d’échappement et du vacarme de la circulation. C’est aussi l’année où le Japon d’après-guerre a été pleinement reconnu en tant que membre important de la communauté internationale. Il a ratifié l’article 8 du FMI, accueilli pour la première fois l’Assemblée annuelle du Fonds monétaire international et du Groupe de la Banque mondiale, et enfin achevé le processus d’adhésion à l’OCDE. Or, à ce moment-là, le PIB par habitant du Japon ne représentait qu’un quart de celui des États-Unis, et deux tiers de celui de l’Argentine. On peut donc considérer que son admission à l’OCDE (le Japon fut le premier pays membre en dehors des continents européen et américain) était davantage due à une volonté de le considérer comme un partenaire à la hauteur des débats plutôt qu’à sa prospérité économique.

Douze ans plus tard, en 1976, j’ai rejoint le ministère des Finances où, un jour, j’ai découvert au sous-sol un énorme dossier d’archives contenant le travail accompli en vue de l’adhésion à l’OCDE. Il avait fallu veiller au respect des conditions requises dans divers domaines tels que les affaires financières, la fiscalité et l’aide, en passant par les Codes de l’OCDE sur la libération des mouvements de capitaux. Les efforts et l’enthousiasme de mes prédécesseurs transparaissaient à chaque page.

À cette époque, marquée par le choc pétrolier des années 1970, l’OCDE jouait un rôle moteur dans les efforts déployés pour remédier au déséquilibre de la balance courante dans les pays développés. En témoignent notamment la création (finalement abandonnée) du Fonds de soutien financier de l’OCDE, sur lequel j’ai travaillé en arrivant au ministère des Finances, et la principale conférence financière internationale, sous l’égide du Groupe de travail n° 3 (GT3) du Comité de politique économique (CPE) de l’OCDE, dont les préparatifs m’incombaient (voir aussi l’article de Kumiharu Shigehara). J’étais sur des charbons ardents, car la documentation pour la conférence du GP3 tardait à arriver par avion tandis que l’échéance approchait rapidement.

Jusqu’au milieu des années 1980, j’ai eu la chance d’être détaché par deux fois auprès du Secrétariat de l’OCDE : la première, en tant qu’économiste, auprès de ce qui est maintenant le Département des affaires économiques, et la seconde, auprès du service chargé des questions de fiscalité internationale. Les 24 pays membres de l’OCDE formaient alors un ensemble homogène, tandis que les pays non membres et en développement étaient quasiment hors-champ.

De retour à l’OCDE un quart de siècle plus tard, j’ai été surpris par les changements intervenus dans l’intervalle. Non seulement le nombre de pays membres était passé de 24 à 34, mais la distinction entre pays membres (majoritairement développés) et non membres (principalement nations émergentes et en développement) n’avait plus cours dans les débats de l’OCDE. Pour ces derniers, on parle d’ailleurs aujourd’hui de « pays partenaires ». C’est dans la logique des choses. Après tout, les discussions sur le vieillissement de la population au Japon et en Corée intéressent également d’autres pays asiatiques, comme la Thaïlande ou même la Chine. Par ailleurs, la juste répartition des revenus entre aussi en jeu dans la croissance des pays émergents, et les questions de fiscalité concernant les entreprises multinationales ne sauraient être abordées sans la participation des pays en développement.

Alors que l’économie mondiale est plus interconnectée que jamais, il faut constater qu’il n’y a que peu, voire pas de problèmes de fond limités à un seul pays, ni de solutions dépourvues d’effet au-delà des frontières. Si l’OCDE reste à même d’appréhender de telles évolutions planétaires, le Japon a beaucoup à gagner des débats qui y sont menés, et les points forts des mesures japonaises serviront alors de référence à d’autres pays dans le monde entier grâce à la diffusion par l’OCDE des « pratiques exemplaires ». Pour cela, nous devons faire notre possible pour comprendre la situation au Japon et y répondre en nous plaçant dans une perspective mondiale toujours plus large. Les efforts déployés il y a 50 ans pour l’adhésion seront alors amplement récompensés.

Voir www.oecd.org/fr/japon/

Voir aussi www.oecd.org/fr/japon/rintaro-tamaki.htm

©L'Observateur de l'OCDE n° 298, T1 2014




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