L’éducation au Japon : apprendre à évoluer

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Le Japon représente l’une des plus belles réussites mondiales en matière d’éducation. Peut-il se maintenir à ce niveau ? Oui, avec de nouvelles approches.

Le système éducatif japonais est l’un des meilleurs au monde. Il se classe régulièrement parmi les plus performants selon le PISA de l’OCDE*, la plus grande enquête internationale sur les compétences des élèves de 15 ans en termes de qualité des acquis, d’égalité d’accès à l’éducation et d’optimisation des ressources.

L’engagement résolu du Japon en faveur de l’éducation a nourri une croissance économique rapide dans l’après-guerre et, grâce à son capital humain de grande qualité, le pays est l’un des principaux acteurs de la production de biens de haute technologie à forte valeur ajoutée. Dans les années 1980, le Japon pouvait se féliciter d’avoir rattrapé les nations les plus industrialisées, tant sur le plan économique qu’en termes de système éducatif. Et lorsque la Loi fondamentale sur l’éducation a été révisée en 2006,
la situation avait considérablement changé depuis son adoption en 1947. L’espérance de vie des hommes était passée de 50 à 79 ans et celle des femmes, de 54 à 85 ans. La scolarisation dans l’enseignement secondaire atteignait 98 %, contre 43 % en 1947. Le taux d’inscription à l’université avait grimpé de 10 % à 49 %.

Mais il est plus simple de rattraper son retard et de lancer un mouvement que de dessiner un nouvel avenir. Il existe des préoccupations croissantes au Japon quant à un déclin des normes morales et de la motivation des élèves, ainsi qu’à un recul du pays sur le front de l’innovation. Alors que des experts occidentaux se rendent au Japon pour s’inspirer de la réussite de son système éducatif, de nombreux Japonais craignent que les performances des élèves ne se traduisent plus par une réussite professionnelle et personnelle. Où sont nos prix Nobel, demandent-ils ? Où sont les génies capables de créer les Microsoft, Apple, Sony ou Nikon de demain, ou de lancer des industries entièrement nouvelles dans lesquelles la compétence japonaise en robotique, par exemple, s’exprimerait pleinement ?
 
Si le Japon a aussi bien réussi dans l’éducation, c’est qu’il croit en la capacité de chaque enfant. D’ailleurs, l’origine sociale a relativement peu d’influence sur les résultats des élèves. Cependant, l’enquête PISA suggère que cette égalité est menacée. Le Japon, qui s’efforce de transférer le pouvoir de décision en matière d’éducation aux établissements scolaires et aux autorités locales, doit désormais prendre des mesures en faveur de l’égalité pour attirer les meilleurs enseignants vers les écoles les plus en difficulté et les chefs d’établissement les plus compétents vers les structures les moins performantes. Il faut une direction d’établissement efficace et une valorisation plus marquée de l’informel, afin de garantir un processus décisionnel réactif et une liberté d’action permettant aux autorités éducatives locales et aux établissements de réagir aux changements de situation et d’environnement.

De nombreux pays envient le Japon pour ses normes éducatives ambitieuses et claires à tous les niveaux, et pour sa chaîne de transmission cohérente qui permet d’atteindre les objectifs visés grâce à la qualité des systèmes et pratiques pédagogiques, ainsi que des approches de l’apprentissage.

Quel est donc le problème? D’abord, le rapide déclin de la population en âge d’être scolarisée, qui élargit considérablement les possibilités d’accès à l’enseignement et réduit ainsi la motivation traditionnellement liée aux forts enjeux. Le Japon devra donc réfléchir à de nouvelles structures incitatives pour maintenir l’attractivité des études aux yeux des jeunes et de la société. En outre, les individus changeant d’emploi plus fréquemment, la performance professionnelle aura plus d’influence sur la carrière que le seul parcours scolaire ou universitaire. Il est peut-être encore plus important de noter que, si l’enquête PISA montre que le Japon a réussi à motiver les jeunes vers l’apprentissage, le pays est encore loin derrière d’autres systèmes éducatifs avancés dans ce domaine. Une réforme des programmes sera nécessaire si le Japon veut réaliser son ambition et passer d’une approche fondée sur les matières traditionnelles à une démarche axée sur les compétences. Ce n’est qu’à cette condition qu’il rejoindra les systèmes éducatifs les plus performants du monde.
 
La qualité de l’enseignement représente un autre défi. L’expérience des programmes d’études intégrés montre que le succès ne dépend pas que des innovations apportées aux programmes scolaires, mais aussi de la capacité des enseignants à les utiliser. Il ne fait aucun doute que les attentes face aux enseignants japonais continuent de croître. On leur demande d’inculquer aux élèves les compétences requises pour devenir des citoyens et des travailleurs actifs du XXIe siècle, de personnaliser les expériences d’apprentissage pour que chaque élève ait une chance de réussir et de gérer la diversité croissante des classes ainsi que les différences dans les styles d’apprentissage. Ils doivent en outre se tenir au fait des innovations en matière de programmes, de pédagogie et de ressources numériques.

Face à ces exigences, le Japon devra repenser de nombreux aspects de ses stratégies de perfectionnement des enseignants, notamment l’optimisation du vivier dans lequel les candidats sont sélectionnés ; les systèmes de recrutement et les modes de sélection des personnels ; le type de formation initiale reçue par les recrues avant de prendre leurs fonctions ; le suivi et l’encadrement dont elles bénéficient ainsi que la formation et le soutien qu’elles reçoivent ; la rémunération ; et l’aide proposée aux enseignants en difficulté pour qu’ils s’améliorent, ainsi que la possibilité d’accéder à des statuts et des responsabilités plus élevés pour les meilleurs enseignants.
 
Ces dernières décennies, le Japon a eu tendance à réduire les effectifs en classe plutôt qu’à investir dans la qualité des enseignants. Un rééquilibrage est peut-être aujourd’hui nécessaire, et nos rapports proposent à cette fin un éventail de méthodes. Une chose est sûre : les performances résultent de ce qui se passe en classe, et seules les réformes appliquées en classe ont une chance d’aboutir. L’implication des enseignants dans l’élaboration et la mise en œuvre des réformes éducatives est donc essentielle, et la réforme scolaire ne fonctionnera que si elle est soutenue par la base.

Concrètement, le Japon a encore beaucoup à faire pour atteindre son objectif de donner aux élèves « le goût de vivre », objectif auquel le tremblement de terre de 2011 a donné un haut degré d’urgence et un sens entièrement nouveau. Au cours des prochaines décennies, le but devrait être de bâtir un système éducatif qui ne conditionne plus les diplômes à la restitution d’un contenu éducatif, mais équipe les jeunes de compétences utiles tout au long de leur vie ; qui s’attache moins à des valeurs situationnelles (faire tout ce que la situation actuelle permet de faire) qu’à des valeurs durables ; qui favorise les compétences et la cohésion sociales plutôt qu’une concurrence acharnée lors des examens ; et qui ne forme plus uniquement à servir la nation mais prépare à la citoyenneté locale, japonaise et mondiale.

*Programme international pour le suivi des acquis des élèves

Références


Schleicher Andreas (2013), « Les leçons de l’enquête PISA », L'Observateur de l’OCDE, n° 297 T4, voir : www.observateurocde.org

Voir www.oecd.org/PISA

Voir aussi www.oecd.org/fr/japon

©L'Observateur de l'OCDE n° 298, T1 2014




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