Vers une nouvelle ère d’innovation

Train ©Reuters

Il y a 50 ans, le Japon entrait dans une période de post-reconstruction après la Seconde Guerre mondiale, consolidait les bases de sa croissance économique et faisait son retour sur la scène internationale. Dans ce contexte, son adhésion à l’OCDE fut un symbole fort, tout comme le furent les Jeux olympiques de Tokyo : le Japon avait transformé son image internationale grâce aux améliorations des infrastructures physiques, des transports et des services. Un nouveau réseau de voies rapides traversait Tokyo, la capitale était désormais à quatre heures d’Osaka grâce au fulgurant Shinkansen, et la télévision couleur faisait son apparition.

Cette évolution ne doit rien au hasard. Elle est le fruit de la détermination d’un certain nombre d’efforts individuels et d’investissements dans la technologie et le capital humain. Pendant la phase de rattrapage des années 1960, les sociétés japonaises ont naturellement privilégié les innovations progressives plutôt que radicales, comme leur statut de « suiveuses » le leur imposait. Avec cette stratégie, la complémentarité des institutions avec, notamment, les systèmes d’éducation et de formation, s’est structurée et renforcée. En somme, les Japonais avaient le sentiment d’avancer vers une « vie meilleure ».

Un demi-siècle plus tard, après une longue stagnation économique, le Premier ministre Shinzo Abe affirme que « le Japon est de retour ». Sa stratégie de revitalisation économique, troisième pilier de la politique surnommée « Abenomie » avec une politique monétaire audacieuse et une politique budgétaire flexible, se concentre sur les réformes structurelles et l’innovation. La reconstruction qui fait suite au séisme dévastateur de 2011 entre dans une nouvelle phase : aux mesures d’urgence succède une stratégie d’avenir. De plus, Tokyo a été sélectionnée pour accueillir les Jeux olympiques et paralympiques de 2020. Le Japon semble réellement entrer dans une nouvelle ère de post-reconstruction, comme il y a 50 ans, lors de son adhésion à l’OCDE. Mais cette fois, l’environnement international est totalement différent, et pourrait nécessiter des mesures radicales plutôt que progressives.

La création de valeur sous forme de biens ou de services ne relève plus d’une seule entreprise ou d’un seul pays, mais de plusieurs sites liés par des chaînes de valeur mondiales (CVM). Aujourd’hui, l’essentiel est d’avoir la capacité de concevoir et d’orchestrer l’intégralité du processus, et d’être capable de mobiliser les bons acteurs, tout au long de ces chaînes et dans le monde entier. De la même façon, le concept de « centre de gravité économique » devient caduc: les activités, toujours plus intégrées et interdépendantes, traversent les frontières géographiques, les disciplines et les secteurs, et on peut désormais faire appel aux talents de nouveaux acteurs issus de pays émergents et en développement. Les CVM sont en quelque sorte le résultat de cette nouvelle donne.

Les CVM se fondent sur le réseau. Il s’agit d’un phénomène plus général sous-tendu par Internet. De nouvelles opportunités de création de connaissance, d’activités et de valeur sociale apparaissent quotidiennement. Nous entrons dans une nouvelle ère d’innovation, avec ses bons et ses mauvais côtés.

Cela ne pouvait pas mieux tomber. Sur un plan structurel, une majorité de pays de l’OCDE est, comme le Japon, confrontée au vieillissement de la population, un problème réel qui a d’importantes répercussions en termes de main-d’œuvre, de dépenses de santé et de qualité des systèmes de sécurité sociale, entre autres. Si nous voulons maintenir, voire améliorer la qualité de vie de chaque citoyen, nous devons nous intéresser à toute idée innovante, notamment celles qui sont liées à l’ingénierie sociale.

Le Japon est capable de faire d’un écueil une opportunité. Il l’a prouvé lors des deux chocs pétroliers consécutifs qui ont marqué les années 1970, et doit le prouver à nouveau aujourd’hui. Il lui faut mobiliser sa puissance d’innovation technologique et intellectuelle, réajuster l’équilibre hommes-femmes et tirer profit du nouvel environnement actuel en termes de connectivité, de lieux et de personnes. Le Japon doit exploiter pleinement l’énorme potentiel de son capital humain et intellectuel. La perspective est enthousiasmante, et il incombe aux dirigeants actuels de la concrétiser. Le 50e anniversaire de l’adhésion du Japon à l’OCDE est le moment parfait pour s’atteler à cette tâche.

Pour plus d’informations sur la Stratégie de revitalisation du Japon, voir www.kantei.go.jp

Voir www.oecd.org/fr/innovation

©L'Observateur de l'OCDE n° 298, T1 2014




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