Le papier fait de la résistance

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Dès 1984, le film Ghostbusters annonçait la fin du livre papier avec cette réplique culte : « Gutenberg est mort, vous savez ? ».

Mais 30 ans plus tard, les livres imprimés se portent bien : ils représentent encore en moyenne 80 % du chiffre d’affaires et près de 100 % des bénéfices des éditeurs d’ouvrages grand public.

Ils sont en revanche en perte de vitesse dans l’édition d’ouvrages de référence et l’édition scientifique, technique et médicale (STM), qui ont pris le virage numérique plus vite et plus franchement.

Dans les années 1980, les grands éditeurs d’ouvrages de référence commercialisent les premiers produits numériques, et l’édition STM accorde sa préférence au format PDF dans les années 1990. Depuis 2000, les publications exclusivement numériques sont bien accueillies, et rien n’a détrôné le PDF. Pour autant, si la production et la diffusion numériques ont résolu bien des problèmes, le papier conserve certains avantages.

Certes, les informations faisant l’objet de publications régulières (revues, journaux) ou de mises à jour régulières (encyclopédies) doivent être diffusées le plus rapidement possible, et il est évidemment plus long de produire et diffuser une version papier qu’une version numérique. Mais le contenu de romans tels que les Harry Potter ou le Da Vinci Code, n’est soumis à aucune de ces contraintes. Pour ces ouvrages, le papier reste adapté.

Quid des coûts de production et de diffusion physiques ? Sans eux, les éditeurs d’ouvrages de référence ou STM pourraient économiser des dizaines, voire des centaines de dollars par unité. Pour les hebdomadaires, cela représenterait 50 à 100 USD par abonné. Le jeu en vaut particulièrement la chandelle pour les publications dont le contenu n’est valable que pour une durée limitée. Les grands noms de l’édition grand public sont moins concernés : grâce à leurs processus optimisés, produire et diffuser une fiction leur coûte moins de 2 USD.

En termes de formats, les éditeurs STM utilisent souvent le même fichier PDF pour la diffusion papier et numérique. Les canaux de diffusion de contenus numériques n’utilisent généralement pas de fichiers PDF. Les éditeurs doivent donc créer un livre électronique (e-book) en plus de la version papier. Pour compliquer encore les choses, le marché mondial de l’édition compte plus de 30 types de tablettes, applications ou formats couramment utilisés. Pour un bon niveau de fidélité lors de la conversion à d’autres formats, les éditeurs peuvent utiliser le format EPUB. Mais s’ils veulent proposer des fichiers permettant d’exploiter pleinement les fonctionnalités des liseuses et offrant un confort de lecture exceptionnel, ils devront investir dans la création de fichiers spécifiques optimisés pour chaque support. À ce niveau de coûts, la version électronique finit souvent par revenir beaucoup plus cher que la version papier.

Pour le lectorat de l’édition STM, l’accessibilité est l’un des grands avantages du numérique. Avec l’expansion des ordinateurs en réseau et d’Internet, plus besoin d’aller en bibliothèque pour consulter une publication. À la fin des années 1980 déjà, la plupart des scientifiques pouvaient accéder, par des ordinateurs en réseau, aux ressources STM (gratuitement en général, l’abonnement étant payé par la bibliothèque de leur établissement).

Les ouvrages grand public numériques tirent aussi profit de cette accessibilité. Fini, le livre acheté faute de mieux au kiosque de l’aéroport avant d’embarquer ! Aujourd’hui, les voyageurs ont accès à des catalogues en ligne. Seul problème : à la différence des PDF, consultables sur n’importe quel ordinateur, on ne trouve pas des tablettes partout, elles sont chères et ne sont pas interchangeables.

Sur le marché actuel de l’e-book, les contenus achetés via certains canaux ne peuvent être lus que sur des supports spécifiques à ces canaux. Même les plus doués le diront : transférer ses iBooks sur un Kindle ou un Samsung Galaxy, et inversement, relève de l’exploit.

Pour les publications universitaires en revanche, le PDF reste un format fiable qui traverse toutes les évolutions technologiques. Le lecteur de publications de référence ou STM s’accommodera aussi bien d’un format PDF que d’une version papier. Le PDF a des avantages par rapport au traditionnel imprimé, sans aucun des inconvénients. La lecture sur écran n’en est même pas un puisque la plupart des personnes impriment leurs PDF pour les lire.

Mais pour le lecteur d’ouvrages grand public, versions électronique et papier ne se valent pas. Les tablettes et liseuses non plus. Globalement, ces dernières sont toujours plus complexes d’utilisation qu’un livre classique, et même avec les liseuses les plus populaires comme le Kindle, la navigation est plus laborieuse que dans un livre, où il suffit de tourner les pages. Le réglage de la taille des polices et le rétroéclairage n’y changent rien : le papier demande moins d’effort que l’électronique.

Faute de formats davantage normalisés, d’une meilleure portabilité des bibliothèques et de supports électroniques offrant une lisibilité égale ou supérieure à celle des livres, et tant que l’équation coûts/recettes ne convaincra pas les éditeurs, le papier aura de beaux jours devant lui, du moins dans l’édition grand public. Mais de nombreuses entreprises s’emploient à aplanir, par la technologie, les obstacles au numérique. Globalement, l’édition numérique est promise à un brillant avenir.

*Typéfi propose des solutions de composition automatisée pour contenu imprimé et web. Voir typefi.com

Voir www.oecd.org/internet/ieconomy/#sthash.4l5Kw79w.dpuf

© L’Observateur de l’OCDE n° 297 T4 2013 




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