Les bienfaits actifs de l’habitat passif

Rory Clarke

Imaginez une maison qui se chauffe toute seule l’hiver. Pensez aux économies en termes de facture énergétique et d’émissions de carbone. De telles maisons existent déjà. Le concept de constructions à haute efficacité énergétique, dites « maisons passives », est né dans les années 1990, pour s’affirmer ensuite comme concept de niche dans l’architecture des années 2000. La maison passive a-t-elle aujourd’hui trouvé sa place comme solution de construction durable ? 

Brian McGarry, chargé de cours en économie qui a bâti cette année dans les Pyrénées une maison de famille sur ce modèle, a en tout cas été conquis. Alors qu’il s’apprête à y passer son premier hiver, nous lui avons demandé de nous tenir au courant. Les maisons passives fonctionnent-elles vraiment ?

En février 2012, lorsque j’ai acheté un terrain dans un village des Pyrénées situé à 1 200 m d’altitude à la frontière francoespagnole, je n’avais jamais entendu parler de maison passive et je m’apprêtais, sans grand enthousiasme, à construire ma maison moi-même. Je savais ce que je voulais : une maison confortable, agréable à l’oeil et économiquement raisonnable, dans un bel environnement. Je savais en outre que je ne voulais pas d’un projet coûteux susceptible de tourner au cauchemar pour un bâtisseur novice.

Ce que je ne savais pas, c’est que je me laisserais persuader de construire une maison sur mesure en blocs préfabriqués, répondant aux normes d’efficacité énergétique d’une construction passive. Certaines économies européennes exigent déjà des performances énergétiques proches de ces niveaux, mais la simplicité et la logique du projet se sont révélées évidentes : cette maison s’annonçait plus facile et plus rapide à construire, moins coûteuse et plus agréable à vivre. L’objectif n’était pas de répondre à des critères tels que ceux du Passivhaus Institut en Allemagne, mais d’inclure les concepts fondamentaux d’une gestion énergétique passive dans mon projet : une enveloppe étanche et extrêmement isolante, de larges fenêtres double ou triple vitrage (si possible remplies de gaz argon) orientées au sud, qui exploitent passivement l’énergie solaire, un système de ventilation avec récupération de chaleur, et un système de chauffage simple et bon marché composé d’un poêle à bois moderne, d’un chauffe salle de bain et d’un radiateur d’appoint portable pour les journées froides et sans soleil. La maison présentait peu de contraintes architecturales, un faible risque de dépassement budgétaire, puisque j’optais pour une structure préfabriquée répondant à des spécifications strictes, et d’excellentes références écologiques. De plus, son coût n’excédait pas celui d’une construction classique.

Certaines objections pouvaient bien entendu m’être opposées, notamment concernant le prix de revente des maisons innovantes sur un marché conservateur, et le risque d’essuyer les plâtres en adoptant des technologies relativement nouvelles en Espagne et en France.

Un architecte allemand m’a recommandé un jeune collègue catalan, Josep Bunyesc. En 2009, Bunyesc a dessiné la première maison répondant aux critères d’habitat passif en Espagne, construite en collaboration avec un industriel pionnier des structures en bois, Fustes Sebastia. J’ai été très impressionné par les maisons que j’ai visitées, et séduit par leur fonctionnalité, leur confort et l’ampleur de leurs volumes, ainsi que par l’efficience, la qualité et le coût de la méthode de construction. J’ai ensuite dessiné les plans avec mon architecte, ce qui a été la phase la plus longue du projet.

Le reste a été étonnamment vite : les plans ont été transmis sur clé USB à une usine automatisée de découpe de bois et d’assemblage en Espagne : 22 éléments de parois et de toiture isolés ont été fabriqués et la plupart des fenêtres ont été posées en trois semaines, et le tout a été transporté par camion sur mon terrain de l’autre côté de la frontière française. La maison a été ensuite assemblée sur place par une entreprise locale spécialisée, Ecobois.eu, qui en une semaine a terminé la structure en dépit des intempéries de février 2013.

Quelles sont jusqu’ici les principales performances de cette maison ? Après six mois de fonctionnement, notre maison se révèle à la fois peu coûteuse et remarquablement confortable : il n’a pas été difficile de conserver la fraîcheur durant les mois chauds en maintenant les volets ou les rideaux fermés. Le mois de décembre est arrivé avec les rigueurs du climat d’altitude, et nous n’avons eu aucun mal jusqu’ici à rester au chaud. La température demeure homogène dans toutes les pièces, aucune n’est plus froide ou plus chaude, et grâce à la dynamique du système de chauffage passif, la maison reste tiède même si elle est vide lorsque le soleil brille régulièrement. Y arriver par une nuit froide après une absence prolongée n’a, jusqu’ici, posé aucun problème.

Cette année, l’hiver a débarqué en force au mois de novembre dans les Pyrénées, avec d’abondantes chutes de neige et des températures tombant jusqu’à – 8ºC. La maison a réagi sans effort à ce froid précoce, et le radiateur d’appoint n’a pas encore servi. Au-delà de ses mérites économiques et écologiques, ce type de construction a également amélioré notre qualité de vie.

Brian McGarry rendra compte tous les mois de son premier hiver dans sa maison passive des Pyrénées sur le site www.oecdobserver.org/.

Que pensez-vous de l’habitat passif ? Faites-nous part de vos commentaires en ligne ou écrivez-nous sur observer@oecd.org. Inscrivez-vous à nos alertes électroniques sur le site Internet. 

Voir www.oecd.org/fr/eco/perspectives/priximmobilier.htm et www.oecd.org/newsroom/46917384.pdf

© L’Observateur de l’OCDE n° 297 T4 2013




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