Le pétrole brésilien en profondeur

Le Brésil est en passe de devenir l’un des premiers producteurs mondiaux de pétrole. Toutefois, l’enthousiasme suscité par la découverte de deux immenses champs pétroliers est tempéré par des difficultés d’accès et un coût d’extraction élevé. Pourtant, grâce à ces découvertes, le Brésil est désormais en bonne place dans la course mondiale à l’énergie. 

Le Brésil regorge de ressources naturelles qu’il gère avec prudence. Décidément favorisé par la nature, il détient aujourd’hui la plus grande réserve de pétrole découverte en plus de dix ans, qui pourrait le placer parmi les premiers producteurs mondiaux de pétrole.

Son problème : l’accès à ses réserves pétrolières. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), plus de 90 % de ces réserves se trouvent en mer, et la plupart sont classées en « offshore profond ». Elles se distinguent non seulement par leur étendue, mais aussi par leur profondeur : enfouies à 7 km sous la surface de l’océan, elles nécessitent de forer 5 km de roche ainsi qu’une couche de 2 km de sel datant du Crétacé. Les champs « antésalifères » de Lula et de Libra ont été découverts en 2007 dans le bassin de Santos, au sud-est du Brésil. Le plus petit, Lula, renfermerait 6,5 milliards de barils de pétrole ; Libra, d’une superficie de 1 548 kilomètres carrés, en contiendrait 12 milliards. Leur exploitation, d’une difficulté extrême, exigera de lourds investissements et le déploiement des technologies avancées de forage en offshore profond. À plein régime, Libra ajoutera 1,4 million de barils supplémentaires à la production actuelle du Brésil (2 millions de barils par jour).

Le Brésil est, et restera, l’un des plus gros consommateurs d’énergies renouvelables puisque ces dernières représenteront normalement 43 % du mix énergétique en 2035. L’AIE observe que l’éthanol de canne à sucre brésilienne sert à produire 15 % environ des carburants depuis les années 1990. Mais la demande d’énergie fossile augmente rapidement.

Selon l’Agence, la demande d’énergie primaire devrait augmenter de 80 %, principalement dans l’industrie (80 %) et les transports (77 %). Elle est largement satisfaite grâce aux quelque 90 milliards USD investis chaque année, dont les deux tiers vont au secteur pétrolier. Les champs de Lula et de Libra auront besoin de davantage, car leur développement devrait coûter 186 milliards USD.

En mai, le Brésil a mis aux enchères les droits d’exploitation du champ de Lula. L’appel d’offres, qui portait sur le pétrole et le gaz, est le premier que le pays ait organisé en cinq ans. Un deuxième a eu lieu en octobre pour le champ de Libra. Outre Petrobras, les compagnies Royal Dutch Shell, Total, China National Offshore Oil Corporation (CNOOC) et China National Petroleum Corporation (CNPC) ont répondu. D’autres compagnies, notamment de Colombie, d’Inde, du Japon et de Malaisie, y ont également participé.

Bien que Libra soit encore plus prometteur que Lula, les enchères d’octobre ont déçu. Selon l’agence brésilienne du pétrole et du gaz (ANP), une dizaine de compagnies seulement y ont participé. On en attendait 40. À cela, plusieurs raisons : non seulement les entreprises se méfient du fameux custo brasil – lourdeurs administratives et chausse-trappes du système fiscal, infrastructures et logistique insuffisantes – mais Libra, malgré son potentiel, est un pari risqué. Sa production, et donc sa rentabilité, sont loin d’être assurées.

Les compagnies étrangères ont beau récriminer contre la décision du gouvernement de privilégier l’entreprise publique Petrobras lors de l’attribution des droits, les gisements sont tout simplement trop grands pour être ignorés. Les pays en quête de matières premières ne sont assurément pas près de se détourner du Brésil. Entre 2005 et 2013, par exemple, la Chine a investi 18,2 milliards USD dans le secteur énergétique brésilien, soit 70 % de ses investissements locaux, afin d’acquérir les technologies et le savoir-faire en offshore profond qui font défaut aux entreprises publiques chinoises. La Chine préfère d’ordinaire investir dans la production, quitte à payer un peu plus cher pour éviter les risques liés à l’exploration et au forage. Au Brésil, elle se montre plus audacieuse en s’aventurant dans les premières phases d’exploitation. Et pour cause : Libra renferme suffisamment de pétrole pour satisfaire sa consommation pendant trois ans.

Ses relations commerciales avec le Brésil avantagent la Chine. L’AIE rappelle que, de 2000 à 2011, leurs échanges ont été multipliés par 33, atteignant 77 milliards USD. Aujourd’hui, la Chine est le premier partenaire commercial du Brésil. Cette relation a renversé l’équilibre des exportations brésiliennes, faisant reculer la part des biens manufacturés au profit des produits primaires, exportés pour moitié vers la Chine. Cette évolution suscite des inquiétudes : une baisse de l’activité industrielle pourrait rendre le Brésil vulnérable aux variations des cours internationaux des matières premières.

Le gouvernement, pressé de développer le gisement de Libra, pourrait toutefois prendre des risques excessifs. Petrobras s’est engagé à verser 40 % des 100 milliards USD exigés, malgré la forte hausse de son endettement. L’abandon nécessaire des puits secs ou non rentables, ainsi que des coûts d’exploration phénoménaux, menacent sa situation financière. La décision d’accorder des concessions à des compagnies étrangères a suscité la protestation des syndicats brésiliens, qui redoutent que le Brésil ne cède ses actifs nationaux. En réalité, Petrobras a remporté plus que prévu, soit 40 %, estime l’AIE. La Chine, cependant, a créé la surprise. Si Shell et Total ont chacune une participation de 20 %, CNOOC et CNPC doivent respectivement se contenter de 10 %.

Conformément à une nouvelle loi adoptée cette année, les redevances financeront l’éducation. Si sa bonne étoile ne l’abandonne pas d’ici 2035, le Brésil pourrait devenir le sixième producteur mondial de pétrole. Lyndon Thompson

Références

Agence international de l’énergie (2013), World Energy Outlook, Éditions OCDE

Mourougane, Annabelle (2011), « Gérer le boom des ressources naturelles », L’Observateur de l’OCDE n° 287, T4. 

De Oliveira Neto, Claire (2013), « Chinese oil firms, Europe’s giants win Brazil auction », 21 octobre, Agence France-Presse 

© L’Observateur de l’OCDE n° 297 T4 2013




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