Le vrai prix du carbone

Mazzzur. Licence accordée à Shutterstock.com

Le dioxyde de carbone (CO2) est un gaz à longue durée de vie. Près de la moitié du CO2 émis en 2013 sera encore présent dans l’atmosphère dans un siècle, de sorte que sa concentration – donc son potentiel de réchauffement – augmentera au fil du temps. 

Sauf si l’on parvient à stopper son accumulation. L’OCDE invite tous les pays à atteindre cet objectif : ramener à zéro les émissions d’ici le milieu du siècle. Pour y parvenir, ils devront rapprocher davantage le prix explicite des émissions de CO2 de leur coût réel, tout en privilégiant les solutions les plus économiques.

Aujourd’hui, le prix explicite du carbone est bien trop bas, et les incitations à la réduction des émissions sont donc insuffisantes. Dans la plupart des pays, les faibles taxes sur l’essence et le gazole ne rendent pas pleinement compte des coûts sanitaires et environnementaux de l’utilisation d’un véhicule. Lors des tentatives pour attribuer un prix explicite aux émissions de carbone, celui-ci a souvent été faussé par des mesures contradictoires. Par exemple, certains gouvernements s’emploient à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), tout en accordant des subventions aux consommateurs et aux producteurs de combustibles fossiles, subventions estimées à plus de 500 milliards USD par an dans le monde. Que peuvent faire les gouvernements pour corriger cette situation ? Tout d’abord, ils doivent adopter des mesures pour affecter un prix explicite au carbone. Ceci peut se faire par des taxes sur les émissions de carbone ou sur les combustibles fossiles, ou par des systèmes d’échange de droits d’émission, c’est-à-dire par l’échange d’un volume plafonné de quotas d’émission sur un marché ouvert, comparable à un marché boursier.

Bien que généralement beaucoup plus économiques que les autres instruments de limitation des émissions de GES, ces mesures peuvent susciter une opposition politique. L’expérience montre cependant que l’on peut atténuer cette résistance en annonçant l’adoption de ces instruments suffisamment tôt pour que l’industrie s’y prépare, et en compensant d’éventuelles retombées négatives sur la compétitivité par des mesures d’accompagnement telles que la redistribution de recettes fiscales vers l’industrie. À cet égard, une bonne stratégie de communication est essentielle, non seulement pour sensibiliser le public aux risques des changements climatiques en l’absence d’une réduction forte des émissions, mais aussi pour l’informer quant à l’utilisation des recettes fiscales. Au Canada, la province de Colombie-Britannique a ainsi pu appliquer son projet de taxe carbone : initialement hostile, l’opinion publique est devenue majoritairement favorable à cette taxe peu après sa mise en place (voir la section Livres, page 45).

Les gouvernements doivent être bien conscients de ce qu’une panoplie optimale de mesures doit recouvrir. Les mesures non tarifaires pouvant aussi, comme les taxes et les systèmes d’échange, contribuer à attacher un prix au carbone, les gouvernements doivent dresser un inventaire précis des mécanismes qui agissent implicitement sur la tarification du carbone, sans quoi le coût de réduction des émissions pourrait devenir prohibitif. Dans le secteur de l’électricité, par exemple, les subventions d’équipement représentent un coût moyen de 176 € par tonne d’émissions de CO2 évitées ; ce coût est de 169 € dans le cas des tarifs d’achat (contrats à long terme avec des producteurs d’énergie, normalement basés sur le coût de la production d’énergie renouvelable), mais de seulement 10 € dans celui des systèmes d’échange. Les subventions d’équipement et les tarifs d’achat sont toutefois bien plus répandus, malgré leur coût plus élevé. En outre, les gouvernements doivent réexaminer l’ensemble de leur politique budgétaire pour s’assurer de sa cohérence avec leur politique climatique. Ils doivent ainsi veiller à ce que les transferts budgétaires et les dépenses fiscales n’encouragent pas, directement ou indirectement, l’utilisation ou la production de combustibles fossiles. Dans les pays de l’OCDE, ce sont surtout les exonérations de taxes sur l’énergie qui sont en cause, plutôt que les subventions directes.

Consommateurs, producteurs et investisseurs doivent comprendre que les actions visant à établir un prix explicite des émissions de carbone s’inscrivent dans le cadre d’un objectif plus large : la lutte contre le changement climatique et ses effets néfastes. Elles sont donc profitables à tous. Face à ce défi, les gouvernements ne doivent pas relâcher leurs efforts, malgré le contexte économique difficile : il en va de la crédibilité des politiques climatiques.

Voir www.oecd.org/fr/environnement/cc et www.oecd.org/environment/climate-carbon.htm

© L’Observateur de l’OCDE n° 297 T4 2013




Données économiques

Courriel gratuit

Recevez les dernières nouvelles de l’OCDE :

Flux Twitter

Abonnez-vous dès maintenant

Pour recevoir notre édition papier en anglais par courrier


Edition en ligne
Editions précédentes

Ne manquez pas

  • G20: « Le temps est venu d’accroître les dépenses publiques » (Le Monde)
  • En France, les inégalités salariales se réduisent chaque année. Les salaires des femmes cadres de moins de 30 ans sont « seulement » inférieurs de 5 % à celui des hommes, selon l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) dans une étude publiée en mars 2015.Les réseaux féminins ont-ils encore un rôle à jouer dans le monde du travail ? (Le Monde)
  • Pourquoi les fils d’immigrés ne réussissent-ils pas à l’école aussi bien que leurs sœurs? Un article du journal Le Monde.
  • L'intégration rapide des réfugiés est la clé de la croissance économique en Europe, selon le FMI et l'OCDE, présents à Davos, le forum économique mondial qui se déroule du 20 au 23 janvier. Lire l'article du Monde ici.

  • Expliquez-nous... l'OCDE par FranceInfo
  • "Nous avançons à une vitesse d'escargot" sur le climat, estime Ban Ki-moon. Le secrétaire général des Nations Unies confie au journal Le Monde son optimisme sur la conclusion d’un accord international permettant de contenir le réchauffement en cours, en dépit des obstacles.
  • La France est "l'un des pays où l'anxiété en classe est la plus fortement ressentie" explique Eric Charbonnier, analyste à l'OCDE.
  • Après le vote des mesures sociales demandées par l'Union européenne et le FMI, prévu pour le 22 juillet au soir, le gouvernement grec "va reprendre immédiatement les négociations avec les institutions, UE, BCE et FMI, qui doivent durer jusqu'au 20 août au plus tard".
  • Peut-on réduire l'immigration légale? Le député français de l’Yonne Guillaume Larrivé, membre de l'opposition, a proposé que les parlementaires fixent des plafonds d’immigration annuels. Thomas Liebig, spécialiste des migrations internationales à l’OCDE, analyse cette proposition pour le journal La Croix.
  • "Les 40% les plus pauvres, les classes moyennes, manquent de moyens pour investir dans le capital humain", explique à L'Express l'économiste Michael Förster, spécialiste des inégalités à l'OCDE.
  • La lutte contre le travail au noir franchit un nouveau seuil. Selon le bilan 2014 publié par Les Echos, le montant total des redressements imposés par les Urssaf pour « travail dissimulé » s’est élevé à 401 millions d’euros, contre 320 millions l’année précédente.
  • Le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon rallie le soutien de l’OCDE: « 2015 est une année des plus cruciales pour l’humanité ».

Articles les plus lus

Blog OECD Insights

NOTE: Les articles signés expriment l’opinion de leurs auteurs
et pas nécessairement celle de l’OCDE ou de ses pays membres.

©Tous droits réservés. OCDE 2016